Les passionnés de sport éprouvent un besoin presque désespéré, voire pathologique, de romantiser les rivalités. Nous voulons croire que les hommes qui se sont battus côte à côte sur les plus grandes scènes du monde finissent par partager une bière dans les vestiaires, en plaisantant au sujet des batailles qu’ils viennent de livrer. Pendant des années, les médias du tennis se sont employés à présenter le « Big Three » comme une fraternité harmonieuse. Mais Novak Djokovic n’a visiblement aucune envie de se prêter à ce récit artificiel aux allures de conte de fées.
Après une victoire inaugurale éprouvante et très disputée face à Ugo Humbert aux Swiss Indoors de Bâle — un tournoi organisé dans ce qui fut, au sens propre, le jardin de Roger Federer — le joueur aux 24 titres du Grand Chelem a été invité à revenir sur sa relation avec le maître suisse, désormais retraité. Les deux géants se sont affrontés à 50 reprises en près de deux décennies, avec un léger avantage pour Djokovic, vainqueur de 27 de ces duels contre 23 pour Federer. Ils ont disputé vingt finales et marqué toute une époque du sport professionnel.
Mais lorsque les médias locaux l’ont poussé à livrer quelques anecdotes sentimentales, Djokovic a répondu avec une franchise aussi froide que rafraîchissante. Il a clairement expliqué que, si le respect qu’il porte à Federer est immense, leur amitié dans les vestiaires n’a tout simplement jamais existé.
« Ma relation avec Federer a toujours été strictement professionnelle », a déclaré Djokovic, dissipant le vernis de communication habituellement de mise lors de ce type de conférence de presse. « Je l’ai toujours tenu en très haute estime — et c’est encore le cas — parce qu’il a énormément contribué au sport auquel j’appartiens. Il a ouvert la voie aux joueurs de la génération suivante, et je lui en suis reconnaissant. Mais nous n’avons jamais eu de relation en dehors des courts. »
Cette confession sans détour contraste fortement avec les adieux émouvants de la Laver Cup 2022, au cours desquels les images de Roger Federer et Rafael Nadal, en larmes et se tenant la main, avaient fait le tour du monde. Djokovic était présent ce soir-là et lui avait apporté son soutien sur le court, mais il a toujours été l’observateur extérieur de la bromance entre « Fedal ». Et, à vrai dire, il semble parfaitement assumer cette situation.
« En réalité, c’est ainsi que les choses doivent être, puisque nous avons toujours été des rivaux », a conclu Djokovic.
Sa position assumée met en lumière la réalité brutale et solitaire du très haut niveau. Pour dominer à ce point, traquer sans relâche les records de Federer puis finir par les battre, il faut un instinct de conquête qu’une amitié aurait peut-être contribué à atténuer. Ils n’étaient pas des collègues, mais deux prédateurs au sommet, se disputant exactement les mêmes ressources rares. Au fond, l’histoire n’a pas besoin qu’ils aient été amis en dehors des courts. Le legs de leurs cinquante affrontements acharnés suffit largement à écrire leur place dans l’histoire du tennis.














