Brahim Hemdani savait que son passé finirait par le rattraper. Pour sa première conférence de presse comme sélectionneur de l’Algérie, le successeur de Vladimir Petkovic a immédiatement été confronté à l’un des épisodes les plus discutés de sa carrière : son histoire aussi tardive qu’éphémère avec les Fennecs.
À peine installé et déjà soumis à la pression du poste. Hemdani venait pourtant de dévoiler une première liste globalement bien accueillie, marquée par un renouvellement conséquent après le Mondial 2026. Mais avant même de pouvoir être jugé sur ses résultats, le technicien de 48 ans a dû répondre à une question particulièrement directe.
« Vous avez tourné le dos à l’équipe nationale »
Un journaliste algérien n’a pas pris de pincettes :
« Comment, en tant que sélectionneur, allez-vous convaincre des joueurs de rejoindre la sélection alors que vous-même, lorsque vous jouiez, vous avez tourné le dos à l’équipe nationale ? »
Une attaque frontale qui a d’abord fait sourire Hemdani. « C’est bien, vous êtes direct. J’aime les gens directs », a-t-il rétorqué.
Le sujet n’est pas nouveau. Passé notamment par l’Olympique de Marseille et les Glasgow Rangers, Hemdani a réalisé l’essentiel de sa carrière au plus haut niveau sans porter le maillot algérien. Longtemps convoité par les Verts, il n’a finalement rejoint la sélection qu’en 2008, à 30 ans, pour une aventure limitée à quatre apparitions.
Le nouveau sélectionneur n’a pas cherché à réécrire cette partie de son histoire.
« Quand vous faites une carrière, vous faites des choix. J’assume mes choix. » a-t-il conclu.
Le contexte très différent de l’Algérie des années 2000
Son cas doit aussi être replacé dans son époque. L’Algérie du début des années 2000 traversait une période beaucoup plus compliquée sportivement et en termes d’organisation que celle d’aujourd’hui. Les Fennecs avaient, entre autres, souffert de l’instabilité générale du pays pendant la « décennie noire » entre 1992 et 2002. La guerre civile avait alors affecté toutes les strates de la société, et le sport et le football en avaient pâti.
Cela ne suffit évidemment pas à effacer les critiques. D’autres binationaux de sa génération, à commencer par Djamel Belmadi, avaient choisi de rejoindre les Verts dans ce contexte difficile. Mais Hemdani ne cherche visiblement pas davantage d’excuses.
« J’ai connu le haut niveau en tant que joueur, les compétitions à enjeu aussi. J’ai une envie d’être dans ce vestiaire et de créer une force collective pour aller chercher des objectifs élevés », a-t-il poursuivi. Au moins, les choses sont dites.
Hemdani assume déjà la pression
Le nouveau sélectionneur sait surtout que ce premier échange donne le ton de ce qui l’attend : « On n’accepte pas ce poste si on n’est pas prêt à affronter la presse et la pression populaire. » reconnaît-il.
Sa première liste lui offre néanmoins des premiers retours plutôt favorables. Douze Mondialistes sont absents et plusieurs joueurs reviennent. Une manière d’incarner immédiatement le renouvellement annoncé.
Hemdani prévient toutefois que personne n’est définitivement condamné : « La sélection correspond à un moment T. Personne n’a été écarté, seules les performances serviront de critères. »
Et il ne compte pas courir après l’unanimité : « Je ne cherche pas à faire l’unanimité. Ce qui m’intéresse est une relation forte avec mes joueurs et des résultats positifs. »
Après cette première conférence de presse mouvementée, le message est clair : Hemdani assume son passé. Il lui reste désormais à convaincre par son présent.




