Brahim Diaz s’apprête à entamer une nouvelle saison au Real Madrid avec un scénario devenu familier : beaucoup de concurrence, peu de garanties et la sensation qu’il faudra encore se battre pour chaque minute. Mais cette fois, l’équation semble plus corsée que jamais.
L’attaque déjà pléthorique du Real Madrid s’est densifiée cet été avec le retour du Brésilien Endrick, l’arrivée du grand espoir espagnol Carlos Espi et surtout l’investissement massif consenti pour Yan Diomandé, recruté pour 125 millions d’euros et devenu au passage le joueur africain le plus cher de l’histoire.
Dans ce contexte, une question s’impose : Brahim Diaz a-t-il encore vraiment intérêt à s’accrocher au Real ?
Un obstiné… qui a déjà eu raison
Ce n’est pas la première fois que Brahim Diaz est présenté comme un joueur de trop à Madrid.
Depuis son retour de son prêt long de trois ans à l’AC Milan à l’été 2023, le Marocain a régulièrement été annoncé sur le départ ou condamné à un rôle secondaire. Et pourtant, il a systématiquement trouvé le moyen de rester utile. Cette détermination, parfois perçue comme de l’obstination, a même fini par payer.
En effet, le natif de Malaga a dépassé les 30 matchs de championnat à chaque exercice sur ses trois dernières saisons madrilènes. Le tout en jouant un rôle important pour décrocher une Liga, une Ligue des champions et une Supercoupe d’Espagne .
Il y a un an encore, l’arrivée de Xabi Alonso aux commandes semblait devoir réduire son espace. Ce fut finalement l’inverse.
Profitant de la grave blessure de Rodrygo, il a terminé l’exercice comme titulaire dans un rôle de second attaquant et a signé 8 passes décisives en Liga. Et même dans une saison collective décevante, le Marocain a rarement fait tache.
Cette persévérance, qui avait été saluée par son ancien entraîneur Alvaro Arbeloa est donc difficile à totalement condamner.
La concurrence au Real donne le tournis
Le problème est que la configuration actuelle semble bien plus brutale.
Pour son retour sur le banc du Real Madrid, José Mourinho devrait s’appuyer sur un 4-2-3-1, offrant théoriquement quatre places offensives.
Trois devraient être bloquées par les intouchables Kylian Mbappé, Vinicius Junior (aux avant-postes) et Jude Bellingham (en meneur de jeu) tandis que Rodrygo, qui devrait revenir à la compétition d’ici septembre, cherchera à déloger sur l’aile un Yan Diomandé adoubé par Mourinho avant que Florentino Pérez ne casse sa tirelire pour lui.
Le crack Ivoirien, qui semble avoir été recruté pour s’installer rapidement, pourrait s’offrir un duel africain avec Diaz pour occuper l’aile droite… mais qui devra probablement mêler Endrick à la lutte. Revenu d’un prêt à Lyon, le jeune Brésilien pourrait être conservé dans l’effectif par Mourinho. Et ce n’est pas tout…
Car même au poste de meneur de jeu, la concurrence est rude. Le Turc Arda Güler s’est montré très performant en préparation et sera le principal concurrent pour suppléer Bellingham. Sans oublier Bernardo Silva ! S’il peut être utilisé un cran plus bas comme “8 et demi” par José Mourinho, le Portugais peut également prétendre à une place offensive.
Autant de joueurs créatifs et polyvalents qui devraient partir avec une longueur d’avance sur le Marocain. Ce dernier, de son côté, ne manque pas d’adaptabilité non plus. Il reste capable de jouer à droite (comme en sélection), à gauche, en numéro 10 ou en soutien d’un attaquant. Mais dans un contexte aussi rude, il sera difficile de trouver le moindre trou à boucher…
La préparation pourtant prometteuse de Brahim Diaz
Ce qui complique encore le débat, c’est que Brahim Diaz n’a absolument pas raté sa préparation.
Le Real est resté invaincu cet été avec quatre victoires, ainsi qu’un nul face à la Fiorentina. Diaz a profité de l’arrivée tardive de Diomandé pour jouer titulaire lors des trois derniers matchs amicaux, contre Ferencváros, La Corogne et Schalke.
Face au Deportivo, il a inscrit un superbe but décisif. Aligné à droite dans une attaque comprenant Güler, Vinicius et Mbappé contre Schalke, il s’est montré sérieux, discipliné et particulièrement impliqué dans le travail défensif avant de céder sa place à Diomandé à l’heure de jeu.
Ce genre de détail compte énormément avec Mourinho.
Le Special One valorise les joueurs capables d’accepter les efforts sans ballon, de fermer leur couloir et de respecter rigoureusement les consignes. Sur ce plan, Diaz lui a donné peu de raisons de se plaindre. Mais est-ce que cela suffira ?
La Juventus, Milan, Liverpool… mais Diaz veut rester
Plusieurs portes de sortie existent pourtant au mercato.
En juin, la Juventus s’était renseignée et Luciano Spalletti apprécierait particulièrement son profil. L’AC Milan, où Diaz a passé trois saisons, aimerait également le rapatrier. Liverpool a lui aussi été associé au Marocain.
Mais pour l’instant, le joueur ne veut rien entendre.
Son intention reste claire : rester au Real Madrid et se battre pour sa place sous les ordres de Mourinho.
C’est d’ailleurs cohérent avec toute sa carrière madrilène.
Brahim n’a jamais réellement considéré son statut de remplaçant potentiel comme une fatalité. Là où d’autres joueurs auraient privilégié un club garantissant davantage de minutes, lui semble toujours convaincu de pouvoir retourner la hiérarchie au sein ce qu’il considère être le plus grand club au monde.
Cette mentalité l’a déjà récompensé… mais elle pourrait aussi finir par lui coûter.
Et le Maroc dans tout ça ?
La situation intéresse forcément Mohamed Ouahbi.
Après le Mondial, le sélectionneur marocain avait lancé un message très clair à ses joueurs :
« Nos joueurs sont capables de se transcender en sélection mais il faut aussi qu’ils le fassent en club, c’est ce qui nous fera grandir. On doit avoir des joueurs plus importants dans leur club. »
Une déclaration qui pouvait notamment concerner Brahim Diaz. Car avec les Lions de l’Atlas, son statut semble quasiment intouchable. Il demeure la vedette offensive de l’équipe, malgré un comportement parfois jugé trop individualiste pendant la Coupe du monde.
Surtout, Ouahbi veut désormais que ses cadres ne soient plus simplement performants en sélection : il souhaite qu’ils occupent aussi un rôle majeur au quotidien dans leurs clubs.
Et c’est là que le choix de Diaz pose question. Rester au Real offre une exposition maximale, un environnement ultra-compétitif et la possibilité de gagner les plus grands trophées.
Mais une saison à jouer essentiellement les bouts de matchs – et encore – irait à l’encontre du message envoyé par Ouahbi… avec les conséquences que cela pourrait impliquer.
Persévérant… ou trop têtu ?
Sur le papier, partir au mercato serait donc le choix le plus rationnel.
À 27 ans, Brahim Diaz n’est plus un jeune talent qui peut patienter plusieurs saisons en espérant qu’une fenêtre s’ouvre. Il entre dans une période où il doit théoriquement démarrer la plupart des matchs et devenir un véritable cadre.
Pour rester important au Real, Brahim Diaz devra probablement attendre les blessures, les baisses de forme ou les erreurs de ceux placés devant lui. Il connaît cette situation mieux que personne.
Reste à savoir si cette fois encore, son obstination se transformera en persévérance récompensée… ou si elle finira enfin par atteindre ses limites.




