Quand on mesure 1m85 dans la NBA actuelle, il faut savoir se montrer ingénieux pour faire sa place. En passe d’entamer sa troisième saison dans la Grande Ligue, le meneur Jamal Shead a déjà trouvé ce petit quelque chose qui lui permet de se rendre précieux aux Raptors.
Il a d’ailleurs été contraint de s’adapter dès ses premiers pas au sein de la franchise canadienne. Habitué à se faufiler à travers les écrans posés en NCAA, le meneur s’est heurté à un véritable mur dès sa première séance d’entraînement, en la personne de Jakob Poeltl. Résultat : une contusion à la hanche et une bonne leçon…
« Ce n’était absolument pas de sa faute, c’était la mienne », s’est toutefois rappelé Jamal Shead, deux ans après la collision. « J’essayais de faire comme à l’université, de passer l’écran comme j’en avais l’habitude. Son genou était juste là et je suis allé directement le percuter, au lieu de me redresser pour passer au-dessus de l’écran, comme j’ai appris à le faire depuis. Ce moment m’a fait prendre conscience qu’il y avait des joueurs bien plus costauds en NBA et que je devais trouver une autre façon de franchir les écrans. »
« Je ne cherche pas à lutter »
Pour cela, le Texan a rapidement pu compter sur l’aide d’un certain Davion Mitchell. Défenseur réputé dans la Grande Ligue, le désormais meneur du Heat s’est mué en mentor pour aider Jamal Shead.
« J’ai observé Davion et je lui ai posé tout un tas de questions, du genre : ‘Eh mec, c’est quoi ton secret pour réussir à passer au-dessus des écrans ?’ Et il m’a répondu : ‘Je n’y arrive pas à tous les coups, mais la plupart du temps, j’essaie de me redresser pour me frayer un passage. Et si quelqu’un te touche quand tu fais ça, il y a de grandes chances qu’il commette une faute sur toi.’ Et là, je me suis dit : ‘Ah ouais, pas bête !’ », se souvient Jamal Shead. « Depuis, j’essaie d’appliquer cette technique, probablement depuis le deuxième match de ma saison rookie. »
Une stratégie qui demande forcément d’autres qualités : savoir anticiper les écrans, rester au contact du porteur de balle et, parfois, accentuer les contacts pour obtenir les coups de sifflet.
Autant de domaines dans lesquels Jamal Shead excelle. La saison passée, il était ainsi le deuxième joueur de NBA ayant provoqué le plus de fautes offensives, dont une grande majorité sur des écrans illégaux.
« La plupart du temps, j’essaie simplement de rester parfaitement face au porteur de balle. Et généralement, lorsqu’un écran illégal est sifflé, c’est parce qu’on m’a fait dévier de ma trajectoire », explique le meneur. « D’habitude, les joueurs essaient de lutter pour passer au-dessus des écrans. Moi, je ne cherche pas à lutter. Soit tu poses un écran parfait, soit je tombe, et dans la plupart des cas, c’est de ta faute. »
« On ne peut pas dire que je simule »
De quoi apporter une arme supplémentaire à la défense de Toronto, menée ces dernières saisons par Scottie Barnes, et renforcée cet été par le retour de Kawhi Leonard. Au milieu de ces références défensives, Jamal Shead a donc trouvé sa place grâce à sa malice, mais aussi à son agressivité constante sur le porteur de balle.
« J’essaie de passer au-dessus de tous les écrans et d’être aussi physique que possible. Je suis un véritable poison pour le porteur de balle », analyse-t-il. « Et pour poser cet écran, le joueur adverse doit venir très haut, en courant, tandis que le porteur de balle se retrouve un peu dans l’urgence, à essayer de ne pas perdre le ballon. Ça crée beaucoup de désordre. Et dès que je sens un contact, je me dis : ‘OK, si tu es mal placé, je tombe.’ C’est assez facile quand tu joues avec autant d’intensité. Parce que lorsque tu défends aussi agressivement, il faut forcément que quelqu’un vienne te décrocher du porteur de balle, et pour y parvenir, il faut poser un très bon écran. »
Pour autant, le meneur refuse d’être considéré comme un « floppeur ». À ses yeux, son petit gabarit explique aussi pourquoi il finit si souvent au sol lorsqu’il percute un écran posé par un intérieur adverse. Même s’il reconnaît volontiers en rajouter parfois…
« On ne peut pas dire que je simule, parce que je mesure 1,83 m pour 91 kilos, alors que tous ces gars qui posent les écrans font dans les 2,13 m pour 118 kilos. Donc, même si j’en rajoute un petit peu, je ne pense pas qu’on me sifflera une faute pour simulation. Au bout du compte, le bénéfice du doute sera toujours en ma faveur », conclut-il.














