Avant d’affronter à nouveau la Serbie, mais cette fois, à domicile à Orléans demain dimanche à 18h (sur la Chaîne l’Equipe), Freddy Fauthoux est revenu sur la défaite du match aller, mais aussi sur son groupe à géométrie très variable, à l’image de l’arrivée tardive vendredi soir de Timothé Luwawu-Cabarrot, retenu par son nouveau club du Real Madrid, mais qui fera partie des douze joueurs sur la feuille de match pour la revanche dans le Loiret.
«Je prends l’image d’un puzzle que l’on monte par les côtés»
Freddy, l’un des défis majeurs de votre fonction de sélectionneur consiste à construire un collectif dans un laps de temps des plus réduits, quelles sont vos méthodes pour y parvenir ?
On essaie le plus rapidement possible de mettre les joueurs sur des situations où ils peuvent montrer leurs points forts. On peut faire évoluer les joueurs mais on ne changera jamais leur nature, le jeu qu’ils ont en club pendant la saison. Les séances collectives de vidéo sont plus importantes, forcément. On fait des sessions individuelles aussi de temps en temps. Car on veut créer des automatismes visuels, et réduire aussi les formes de jeu pour favoriser ces automatismes dans des systèmes plus réduits.
Comment construisez-vous votre groupe, sachant qu’il faut évidemment viser les grandes compétitions, tout en ne lésinant par sur la phase de qualification à ces mêmes grandes compétitions, un sacré numéro d’équilibriste ?
Tout évolue forcément. On a énormément de joueurs qui évoluent à l’étranger, et en NBA notamment. On suit tout le monde, on attend des éclosions, des progressions, tous ces joueurs font partie de notre réflexion. Ces deux fenêtres [cet été] étaient l’occasion de vraiment voir plusieurs joueurs NBA, mais aussi Euroleague et de les voir jouer ensemble. Ces matchs à venir sont importants, ça va être important de voir notre réaction face à la Serbie demain. On veut entre guillemets « gagner du temps », même si on n’est pas encore officiellement qualifié [à la prochaine Coupe du Monde], on veut essayer de gagner du temps parce qu’on n’a pas les joueurs ensemble longtemps. A Pau par exemple, on a fait les premiers entrainements à 7. (…) Je prends l’image d’un puzzle que l’on monte par ses différents côtés. En l’occurrence, par rapport à la première fenêtre, il y a la moitié de l’équipe qui n’est plus la même ! C’est un vrai exercice qui m’est proposé. On construit des choses en juin, juillet, on en construit d’autres en ce moment, en espérant qu’un jour, quand on aura tout ce petit monde réuni, on pourra terminer le puzzle.
La relation entre les tours jumelles, Victor Wembanyama et Rudy Gobert, alimente beaucoup d’attentes, est-ce qu’elle avance et évolue dans le bon sens ?
C’est une association qui mettra du temps à porter ses fruits, pour plusieurs raisons. La première, c’est que Victor joue quasiment tout le temps en 5 pendant la saison, et c’est sûrement là qu’il est le plus fort et le plus à l’aise. Nous, on le resitue sur un autre poste. Et puis, c’est une association qu’on va utiliser sur des situations de jeu précises, pour certaines oppositions particulières. Parfois, on ne l’utilisera pas du tout et d’autres fois, beaucoup plus. On n’a pas beaucoup d’entraînements, je le répète, donc ce n’est pas évident, mais ils ont développé des automatismes. Peut-être aussi qu’on idéalise un peu cette association. En tout état de cause, on va continuer à expérimenter.
Après deux semaines d’entraînement et un match face à un adversaire de haut niveau, c’est forcément délicat mais quelles sont vos premières conclusions tactiques à ce stade ?
On n’a pas fait un grand match collectif en Serbie. On a été trop approximatif, on a perdu beaucoup de ballons qui ont généré des points faciles pour les Serbes. On n’était pas très bien organisé, on voyait que c’était assez brouillon sur les mises en place offensives. C’est pour ça qu’on a fait beaucoup de vidéo car on doit rectifier les choses rapidement pour progresser vite. C’est un match de prépa, ça doit nous entraîner à gagner, en n’oubliant pas que l’objectif principal de cette fenêtre, c’est de battre la Slovénie et la Suède. On doit progresser énormément, que ce soit en attaque et en défense.
«On aurait aimé voir par exemple Zaccharie et Bilal avec Evan et Victor»
Malgré ces aléas, est-ce que vous arrivez à voir plus nettement les contours que la sélection définitive prendra pour la prochaine Coupe du monde ?
De plus en plus. On en parlait justement avec Pascal [Donnadieu, son assistant] à la fin de l’entraînement. Certaines choses nous apparaissent plus naturellement qu’il y a six mois par exemple. Le fait de les avoir vus, même si c’était séparément, ça nous aide. Mais bon, on aurait aimé voir par exemple Zaccharie et Bilal avec Evan et Victor, ça aurait été intéressant à évaluer. Je ne dis pas que c’est la meilleure combinaison mais on aurait aimé s’en rendre compte de visu. Je vois plus clairement ce à quoi pourrait ressembler la sélection finale dans un an.
Concrètement, pouvez-vous nous dire combien d’entraînements vous avez pu faire ?
Sur les deux semaines, on a fait lundi, mardi, mercredi. Je ne compte pas celui de dimanche. Avec aujourd’hui, c’est notre cinquième entraînement. Voilà ! Ce n’est pas simple pour les joueurs. Pour nous, techniciens, ça parait simple parce qu’on prépare une série d’exercices à faire et les joueurs doivent les exécuter. On essaie de faire des choses précises pour gagner du temps mais pour les joueurs, c’est très compliqué. Parce que, déjà, ça fait longtemps qu’ils n’ont pas joué. Il faut qu’ils puissent retrouver toute leur confiance dans leur jeu, tout en essayant de s’intégrer à un collectif, et à des exercices bien spécifiques. C’est difficile de trouver sa place aussi. Mais c’est pareil pour tout le monde. On doit continuer à travailler pour être prêt pour la Slovénie et la Suède. Ces matchs de préparation sont un gros entraînement pour nous.
Quel est votre regard sur le retour en Bleu d’Evan Fournier, après une césure de deux ans, mais plus encore, après une saison de feu avec l’Olympiakos ?
Ce qui est sûr, c’est qu’Evan est un joueur que j’attendais avec impatience. C’est un joueur de classe mondiale et il l’a prouvé cette année en terminant MVP des Finales d’Euroleague. C’est important qu’il soit présent sur ces fenêtres, pour apporter son talent et son expérience. C’est dommage que certains autres joueurs ne soient pas là, parce que je voulais les voir avec lui sur le terrain. Quand il est là, il a évidemment un rôle de leader, offensif bien sûr mais aussi beaucoup par l’expérience. J’attends de lui qu’il parle aux autres joueurs plus jeunes.
Quand vous étiez vous-même international, peu de joueurs Français évoluaient à l’étranger, ou en NBA. Aujourd’hui, vous avez à votre disposition beaucoup de joueurs français qui sont dans des clubs majeurs d’Euroleague, et de NBA, n’est-ce pas un bien et un mal, sachant qu’ils sont peut-être plus difficile à réunir de ce fait ?
C’était un autre temps en effet [rires]. Mais à notre époque, il n’y avait pas cette histoire de fenêtre. On se retrouvait tout le temps pendant l’été. Il y avait déjà Tony, Boris, Mickaël. Tout se déroulait l’été donc c’était beaucoup plus simple de créer une équipe puisque tout se déroulait en même temps. Là, c’est autre chose mais c’est pour ça que j’aime louer l’état d’esprit de tous les joueurs qui participent au fenêtre, en novembre, en février. Chaque stage, je mets en avant ces joueurs qui aident l’Equipe à se qualifier. Entre 25 et 30 joueurs qui jouent pendant les fenêtres, on doit finir avec 12 seulement. Il faut saluer leurs efforts aussi.
Propos recueillis à Orléans




