À 62 ans, Jean-Pierre Papin
revient sur son immense carrière et évoque ce moment
« insupportable » qu’il ne digèrera sans doute jamais.
Quand il regarde dans le rétro, Jean-Pierre Papin voit ses buts
et ses trophées. Mais une énorme ombre vient systématiquement
noircir le tableau. Le plus gros regret de sa carrière tient en
seulement deux mots: « France-Bulgarie. » Il ne
précise pas l’année, tout le monde s’en souvient.
Nous sommes le 17 novembre 1993 et les Bleus reçoivent la bande
de Hristo Stoichkov au Parc des Princes. Quatre jours après avoir
laissé passer contre Israël (2-3) une belle occasion de se
qualifier pour la « World Cup 94 » aux Etats-Unis, une
deuxième chance s’offre aux Tricolores.
Le rêve s’est envolé pour Jean-Pierre Papin
Un point suffit alors aux joueurs de Gérard Houllier pour monter
dans l’avion. Eric Cantona ouvre le score (32e) et les
met sur la bonne voie, mais le train bleu déraille à peine cinq
minutes plus tard lorsqu’Emil Kostadinov égalise (37e).
Et termine complètement dans le décor en fin de rencontre.
Sur une contre-attaque éclair, consécutive à un centre mal dosé
de David Ginola que Gérard Houllier qualifiera ensuite de
« crime contre l’équipe », l’attaquant bulgare
signe un doublé d’une lourde frappe sous la barre transversale et
crucifie les Bleus (90e). Le rêve américain
s’envole.
Jean-Pierre Papin lors du match France-Bulgarie, le 17 novembre
1993 au Parc des Princes.
Trente-trois ans plus tard, « JPP » l’a encore en
travers de la gorge. « Ça reste, confie-t-il ainsi à
L’Equipe, qui diffusera sur sa chaîne un documentaire
retraçant sa carrière, le 19 octobre. C’est toujours une
cicatrice qui n’est pas fermée. Et je pense qu’elle ne se fermera
jamais. Jamais… »
« Quand il te manque un peu de jugeote à la dernière
seconde… »
« Pourquoi ? Parce qu’à un moment, il faut des
très mauvais souvenirs, poursuit le Ballon d’Or 1991, âgé de
62 ans. Celui-là, il a été insupportable. Tous les autres, je
suis arrivé à les gommer. Celui-là, je n’y suis pas arrivé. Il y a
toujours une petite fracture qui fait que ça
manque. »
« Tout ce qu’il s’est passé après (en 1998), c’était
bien. Mais nous, je pense qu’on avait une très belle équipe et
qu’on aurait pu aller très loin aussi, regrette-t-il. Mais
il nous manqué un peu de jugeote et quand il te manque un peu de
jugeote à la dernière seconde, on n’a pas le droit… »













