À quelques millimètres près, l’histoire aurait déjà pu basculer. En août 2024, Gabby Williams avait en effet le pied sur la ligne lorsque son dernier tir avait transpercé le filet, laissant les Bleues à un point des États-Unis (67-66) en finale des Jeux olympiques de Paris.
Deux ans plus tard, les deux équipes se retrouvent à Berlin, cette fois avec un titre mondial en jeu. Une première finale de Coupe du monde pour la France, qui n’était plus montée sur un podium mondial depuis 1953.
En face, Team USA vise un 12e titre mondial et un cinquième consécutif. Sur le papier, le poids de l’histoire reste donc très déséquilibré. Sur le terrain, beaucoup moins…
Trois raisons d’y croire pour les Bleues
1. Une défense qui peut faire perdre ses repères à Team USA
Depuis le début du Mondial, la France ne défend pas seulement pour empêcher l’adversaire de marquer. Elle défend également pour générer directement du jeu d’attaque.
Selon les données de la FIBA, les Bleues inscrivent ainsi 31 points par match après des pertes de balle adverses, soit près de dix de plus que leurs adversaires (21,4) !
Cette pression est devenue quasiment suffocante face à l’Allemagne. En demi-finale, les Françaises n’ont perdu que sept ballons, contre 25 pour les Allemandes, incapables de s’installer durablement dans leur jeu face aux prises à deux, aux mains qui traînent et aux changements incessants de rythme défensif.
La FIBA a d’ailleurs mis en avant cette énorme différence après la victoire française (86-64).
C’est précisément le type de rencontre qui peut gêner Team USA. L’Italie l’a démontré en phase de groupes en poussant les Américaines dans un match extrêmement physique et brouillon. Les joueuses de Kara Lawson n’avaient shooté qu’à 29% de réussite et avaient dû attendre le « money-time » pour s’imposer 55-52.
Les Bleues ont en tout cas leur identité bien en tête. « Il faudra garder notre énergie, notre intensité. […] C’est le genre de match où on ne peut pas trembler », rappelait Gabby Williams auprès de la FFBB avant la demi-finale.
C’était déjà de cette manière que la France avait failli renverser Team USA à Paris, lorsque son ultra-agressivité avait énormément perturbé Breanna Stewart et A’ja Wilson. Deux ans plus tard, Jean-Aimé Toupane semble disposer d’encore davantage de profils pour maintenir cette pression pendant 40 minutes.
2. Gabby Williams peut être la meilleure joueuse de la finale
Il y aura Breanna Stewart en face, mais la meilleure joueuse de cette Coupe du monde est peut-être française.
Avant la finale, Gabby Williams tourne à 18,4 points à 56,9% aux tirs, 5,2 rebonds, 3,4 passes et 2,8 interceptions en seulement 24,6 minutes. Plus impressionnant encore, la capitaine tricolore shoote à 48,4% à 3-points sur 6,2 tentatives par rencontre !
Un rôle de capitaine qu’elle a seulement endossé à quelques jours du début de la compétition, mais qui lui va comme un gant.
Surtout, elle arrive lancée. Face à l’Allemagne, elle a compilé 22 points, 5 rebonds, 5 passes et 4 interceptions, pour 31 d’évaluation, dans une rencontre où elle a donné le ton des deux côtés du terrain.
Pour la FIBA, Gabby Williams est même la favorite au trophée de MVP, alors que l’instance s’interroge sur l’identité de la joueuse américaine capable de véritablement la contenir.
Il y a aussi quelque chose de personnel dans cette finale. Gabby Williams avait inscrit 19 points lors du match pour l’or à Paris, avant ce fameux dernier tir à deux points.
« On a l’opportunité d’écrire l’histoire du sport français », a-t-elle lancé après la demi-finale auprès de BeBasket. Et ses coéquipières ne semblent pas davantage intimidées par les retrouvailles avec les championnes olympiques.
« Si c’est Team USA, on est la majorité à les avoir affrontées en WNBA donc on n’a pas peur d’elles », a notamment assuré Carla Leite.
La France dépend sans doute moins de Gabby Williams qu’en 2024, grâce à la multiplication de ses armes offensives. Mais lorsqu’une possession se grippe et qu’il faut créer quelque chose, elle reste la joueuse capable de tout faire : défendre sur la meilleure extérieure adverse, remonter le ballon, attaquer le cercle ou trouver un tir.
Pour faire tomber Team USA, avoir potentiellement la meilleure joueuse du parquet n’est pas un détail.
3. Une adresse à 3-points qui change le rapport de forces
C’est peut-être la statistique qui doit le plus inquiéter Kara Lawson. Après cinq rencontres, la France shoote encore à 44,2% derrière l’arc, contre seulement 31,8% pour Team USA. Un gouffre à ce niveau.
Et ce n’est plus un accident. Après le premier tour, les Françaises étaient encore à 48,5%, après avoir notamment pulvérisé le record d’une Coupe du monde avec 22 paniers primés face au Nigeria.
Une performance qui avait poussé Marine Johannès à appeler ses coéquipières à la prudence, consciente qu’il faudrait également savoir gagner lorsque les tirs ne rentreraient plus avec autant de facilité.
Mais cette adresse change totalement la façon dont les adversaires doivent défendre la France. Marine Johannès peut prendre feu en sortie de banc, Janelle Salaün et Leïla Lacan sanctionnent les aides, Carla Leite peut dégainer et Gabby Williams elle-même connaît une réussite exceptionnelle.
Face à la puissance américaine dans la peinture, cette menace constitue surtout un formidable facteur égalisateur. Une équipe capable d’inscrire quatre ou cinq tirs primés de plus que son adversaire peut ainsi compenser une différence importante au rebond ou dans les points inscrits près du cercle.
La FIBA en fait d’ailleurs l’une des principales clés de la finale : si la France continue de faire mouche de loin, Team USA pourrait devoir complètement revoir son plan défensif. Et ainsi laisser des ouvertures dans son dos ?
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Trois raisons de craindre Team USA
1. Breanna Stewart reste une arme dévastatrice
Ses statistiques ne sont pas spectaculaires parce que Kara Lawson répartit énormément les minutes, mais Breanna Stewart reste la joueuse autour de laquelle tout peut basculer.
La capitaine américaine affiche 11,0 points à 51,4%, 6,8 rebonds et 2,6 passes en seulement 21,7 minutes depuis le début du tournoi.
Et quand l’Espagne a fait trembler les Américaines en demi-finale, c’est encore elle qui a terminé meilleure marqueuse de son équipe avec 16 points lors de la victoire 76-66.
Le problème tient surtout à son absence de véritable faiblesse. À 1,93 m, Breanna Stewart peut attaquer face au panier, sanctionner à mi-distance, prendre position au poste bas ou écarter une intérieure française du cercle. Ses longs segments en font également une menace défensive permanente.
Pauline Astier, sa coéquipière au New York Liberty, connaît parfaitement le problème. Auprès de L’Équipe, elle résume : « C’est dur de l’arrêter. »
À cela s’ajoute un CV presque absurde : trois titres mondiaux, trois titres olympiques, le trophée de MVP de la Coupe du monde 2018 et celui des Jeux olympiques de Tokyo. Breanna Stewart évolue avec la sélection américaine depuis douze ans et n’a encore jamais connu la défaite en Coupe du monde ou aux Jeux olympiques…
Dans une finale où chaque possession peut devenir laborieuse, Team USA sait donc qu’elle dispose d’une joueuse capable de trouver une solution lorsque plus rien d’autre ne fonctionne.
2. Une densité et une puissance dans la raquette difficiles à contenir
C’est le domaine dans lequel l’écart statistique est le plus évident. Avant la finale, les États-Unis captent 45,4 rebonds par match, contre 37,8 pour la France.
Dès la fin du premier tour, la fédération américaine soulignait que Team USA dominait déjà la compétition avec 48 rebonds de moyenne.
Et ce n’est pas simplement une affaire de taille. Breanna Stewart, Napheesa Collier, Aliyah Boston, Angel Reese ou Kiki Iriafen permettent à Kara Lawson de multiplier les configurations sans perdre en puissance physique.
La profondeur de l’effectif américain était d’ailleurs l’un des grands arguments de Team USA avant même le début des matchs, malgré le forfait d’A’ja Wilson. Pour la France, l’enjeu sera donc double : sécuriser les possessions défensives et éviter les fautes. Une première défense réussie ne servira pas à grand-chose si les Américaines accumulent les rebonds offensifs et les deuxièmes chances…
Marième Badiane, Dominique Malonga et Janelle Salaün devront notamment tenir le choc sans se retrouver rapidement plombées par les fautes.
Cette domination potentielle près du cercle peut également déformer toute la défense française. Plus les Bleues seront obligées de se contracter dans la peinture, plus elles offriront de l’espace aux extérieures américaines.
3. L’expérience des matchs serrés
C’est paradoxalement l’un des enseignements les plus inquiétants du tournoi américain : Team USA n’a pas toujours été brillante, mais elle a appris à gagner lorsqu’elle joue mal.
Face à l’Italie, les Américaines ont dû s’arracher pour s’imposer, dans un match où elles n’ont shooté qu’à 29%.
Dans le money-time, ce sont les anciennes qui ont alors pris les commandes. Breanna Stewart a redonné l’avantage aux siennes, avant que Jackie Young et Chelsea Gray ne fassent la différence.
Team USA soulignait justement le rôle de Stewart, Young et Gray dans ces dernières minutes. Quelques jours plus tard, l’Espagne a encore poussé Team USA dans ses retranchements en demi-finale. Les deux équipes étaient à égalité 58-58 après trois quart-temps, avant que les Américaines ne remportent la dernière période 18-8 pour s’imposer 76-66.
À l’inverse, les Bleues ont remporté leurs cinq rencontres sans avoir encore eu à disputer un véritable money-time. Une domination qui est évidemment une force, mais qui laisse une inconnue avant le match le plus important du tournoi : comment cette équipe réagira-t-elle si le score est encore serré à trois minutes de la fin ?
Team USA connaît déjà la réponse. Après la frayeur italienne, les Américaines avaient justement insisté sur l’importance de leur expérience. Kara Lawson a ensuite continué de maintenir son groupe sous pression, allant jusqu’à adresser un nouveau rappel à l’ordre à ses joueuses avant la demi-finale.
Le groupe est renouvelé, mais ses cadres connaissent ces rendez-vous. Breanna Stewart, Chelsea Gray ou Napheesa Collier ont traversé suffisamment de finales et de rencontres couperets pour ne pas paniquer lorsque le jeu devient plus physique et les espaces disparaissent. Et derrière elles se trouve une série vertigineuse : Team USA aborde cette finale avec 35 victoires consécutives en Coupe du monde, quatre titres mondiaux de suite et aucune finale manquée depuis 2006 !
Rendez-vous à 20h00, sur TMC/TF1+ et beIN Sports 1 pour voir quels arguments pèseront le plus dans la balance…




