Ailier superstar dès ses premières années en NBA, élu meilleur rookie en 1995 et premier débutant à rafler le plus grand nombre de votes au All-Star Game, Grant Hill était en quelque sorte un savant mélange de Michael Jordan et LeBron James sur un terrain. Slasher et explosif sur le drive comme un Jordan jeune, et polyvalent et altruiste comme le King, il tournera à 22 points, 8 rebonds et 6 passes de moyenne sur ses six saisons dans le Michigan.
Mais, Grant Hill n’aura malheureusement pas le loisir de déployer son talent sur les parquets au-delà des années 2000, la faute à des blessures à répétition à la cheville. Un vilain bug qui a brisé un rêve énorme à Orlando, qui prévoyait non seulement l’arrivée de Hill et Tracy McGrady, le prodige local, mais aussi de Tim Duncan, l’intérieur star des Spurs.
«Cet été était fou. Tim et moi, on avait le même agent donc on est venu ensemble à Orlando. En vérité, Tim semblait encore plus déterminé que moi durant cette visite, il était partant [pour signer au Magic]. J’étais en béquilles donc c’était une autre histoire pour moi, d’autant que j’avais quand même les Nets, Chicago, San Antonio ou même le Heat avec qui je discutais déjà et qui sont venus me voir à Detroit. De l’autre côté, David Robinson est rentré précipitamment de ses vacances à Hawaii pour camper chez Tim jusqu’à ce qu’il décide de rester.»
Des erreurs majeures dans le protocole médical
Sur le banc, en civil, alors que Tracy McGrady passe de remplaçant anonyme à Toronto à superstar à Orlando, Grant Hill piaffe d’impatience de revenir au jeu. Et accompagner T-Mac dans une équipe du Magic qui a son coup à jouer dans la conférence Est.
«J’étais aux premières loges pour voir Mac prendre son envol et devenir une vraie superstar de la Ligue. Sa confiance en lui était incroyable, tant et si bien que je pense être revenu au jeu trop tôt, car je voulais tellement jouer avec lui. Son ‘hang dribble’ (dribble d’hésitation) est devenue une arme redoutable, on ne savait jamais s’il allait accélérer ou déclencher son tir. Il faisait partie de cette poignée de gars qui pensent, à juste titre, que personne ne peut l’arrêter dans la Ligue.»
A son apogée à Detroit, Grant Hill partageait cette sensation. Elle disparaitra à tout jamais avec ses blessures sous la tunique du Magic. Le septuple All Star raconte notamment que le staff médical d’Orlando ne lui a clairement pas rendu service avec une gestion des plus hasardeuses.
«C’était vraiment une période très difficile pour moi. Il y avait beaucoup d’anticipation à Orlando, mais je n’étais pas bien dans mon corps. A posteriori, je peux aussi dire qu’il y a eu des erreurs commises dans le protocole médical après mes opérations aux chevilles. Je me faisais botter les fesses par Monty [Williams] au camp d’entraînement ! Alors que je tournais à 40 points contre Orlando l’année d’avant avec Detroit», explique-t-il sur le podcast Cousins de Tracy McGrady et Vince Carter, avant d’ajouter. «D’un côté, personne ne m’a mis un pistolet sur la tempe et forcé à jouer, mais de l’autre, personne ne m’a dit non plus que je ne pouvais pas jouer. De la même manière, j’aurais dû personnellement connaître mon programme de rééducation, tout comme mon agent. Je ne sais pas ce qui s’est passé en interne mais ça a fini par briser ma carrière. Après quatre ans et trois autres opérations, je n’avais plus ce sentiment d’être le plus fort, ni physiquement ni mentalement. J’ai fait neuf saisons derrière, avec de la satisfaction et de la joie, j’étais même devenu un homme de fer. Mais je n’ai jamais pu retrouver le très haut niveau de mes premières années, et j’en suis en partie responsable.»
Le calvaire à Orlando
Limité à 4 petits matchs pour sa première saison à Orlando, puis 14 seulement la deuxième, et 24 la troisième, avant une nouvelle saison blanche (dans ses belles années, entre 28 et 31 ans), Hill n’aurait même pas effectivement pas dû être sur les planches ce 31 octobre 2000 au TD Waterhouse Center pour affronter les Wizards de Mitch Richmond et Juwan Howard.
«Ne pas pouvoir jouer à son niveau, et ne pas pouvoir jouer tout simplement, ça a fini par me blesser psychologiquement aussi. Je voulais tellement jouer avec Mac, on avait une vraie fenêtre à l’Est. Mais je n’ai pas pu et c’était affreux à vivre. Car il y a aussi eu des erreurs et je pense que beaucoup de mes pépins auraient pu être évités avec une meilleure gestion. Pour moi, la communauté des médecins ne m’a pas traité correctement. Après mon opération en mai 2000, j’ai fait deux mois de béquilles et je suis revenu au jeu pour Labour Day (en septembre), j’arrive et on m’a mis sur le terrain direct. On gagne notre premier match de la saison, Mac score 37 [32, ndlr] points et moi 20 [9 en fait, plus 10 passes, ndlr], le Magic gagne. Mais, après avoir lu USA Today, le médecin qui m’a opéré appelle la franchise : Grant ne doit pas être sur un terrain avant le mois de décembre !»
Hill a navigué dans un flou médical qui semble assez effarant, vingt-cinq ans plus tard. L’ancien champion NCAA avec Duke a vécu un véritable cauchemar de blessures et de rééducation à n’en plus finir. Et une poignée de passages sur le billard pour essayer de recoller les morceaux, littéralement.
«Je mettais de la glace toutes les heures, et tous les jours. Du lundi au jeudi par exemple entre deux matchs. Et sans garantie de pouvoir jouer en plus. Au camp d’entraînement, je ne jouais pas tous les jours. Les matchs de présaison, j’ai dû en faire trois sur huit. Je voyais selon la douleur que je ressentais à ce moment-là. Le staff du Magic disait que c’était une question de tissu cicatriciel, que ça allait passer… Mais ce n’est qu’après deux mois de saison, que j’ai enfin été arrêté. J’ai fait un mois de soins et je suis revenu. Mais pas bien. J’ai fait une IRM, et c’est là qu’on a découvert que je faisais une ‘non-union osseuse’, c’est-à-dire que mon os s’était reformé, mais en deux parties au lieu d’une. Et c’est ça qui a pris trois ans à soigner après… C’était très difficile à digérer, de savoir que le simple fait de ne pas avoir bien suivi le protocole avait créé toutes ces conséquences par la suite.»
Le regret Allan Houston
Sur les radars de la NBA tôt dans sa carrière, Grant Hill a connu ses premières heures de gloire avec la fac de Duke, champion ses deux premières saisons avant de se présenter à la Draft deux ans plus tard. C’est son profil d’ailier capable de tout bien faire, et surtout de manier le dribble, qui détonne alors.
«Depuis le lycée, j’ai toujours voulu porter la balle. A l’époque, les gars qui font mon gabarit étaient plutôt cantonnés à jouer dos au panier. Mais moi, je voulais mener et dribbler. Je regardais Mahmoud Abdul-Rauf [Chris Jackson à l’époque, ndlr] à LSU, et j’essayais de reproduire son dribble croisé, mais comme j’étais plus grand, ça ne donnait pas aussi bien. J’ai tout de même développé mon propre move, un dribble croisé avec un moment d’hésitation. C’est Quin Snyder, qui avait été assistant de Larry Brown en NBA (ndlr : aux Clippers), qui m’a confirmé lors de petits matchs à Duke que je devais l’intégrer à mon jeu, parce que je jouais encore dos à mon défenseur, comme Magic, Steve Smith, Jalen Rose. Mon truc, c’était de prendre les rebonds défensifs et de pousser la balle. Sur les trois ou quatre premiers appuis, si j’arrivais à dépasser les intérieurs adverses, je savais que j’avais de l’espace pour aller au bout. C’est un 3 contre 3 et on joue vite.»
Aux côtés de Joe Dumars le vétéran, et Lindsey Hunter, le jeunot à la mène, ou encore Allan Houston puis Jerry Stackhouse sur les arrières, Hill va remettre les Pistons sur le devant de la scène à l’Est. Mais jamais assez pour passer un tour de playoffs…
«Je trouve qu’on jouait bien ensemble avec Stack. On se complétait plutôt bien. Et puis, avant ça, on était aussi complémentaire avec Allan Houston. On a joué ensemble deux ans et on a passé une très belle année. Avec sa qualité de tir, en réception tir ou après un dribble, on se complétait. Son départ pour New York a vraiment été un coup. Les Pistons lui ont offert moitié moins que les Knicks, ce qui était débile. En termes de personnalité et de jeu, c’était le meilleur partenaire pour moi.»
Il en veut encore à Jason Kidd…
Elu rookie de l’année, à égalité avec Jason Kidd, une première à l’époque pour un trophée, Hill ne manque jamais l’occasion de signifier son déplaisir quant à cette décision. Un rare écart à sa réputation de ‘Mister Nice’.
«Je me suis fait voler. J-Kidd est mon pote, mais il le sait, je devais gagner seul [rire]. On jouait ensemble déjà au camp Nike des lycées. Et je ne me souviens pas de la moindre passe de sa part ! On s’est affronté plus tard dans un tournoi et Cal nous avait battus. Même si je dois toujours lui rappeler que j’avais un doigt de pied cassé. Et puis après, voilà qu’il est drafté juste devant moi. Et en plus, je dois partager le trophée avec lui. Je suis encore un peu amer.»
Commentateur télé, qui a notamment essayé de relancer l’émission mythique Inside Stuff, mais aussi GM de Team USA, en charge de former l’effectif américain pour la prochaine Coupe du monde, Grant Hill a également été intronisé au Hall of Fame après sa glorieuse carrière en 2018. La même année, il signait aussi un contrat à vie avec son équipementier historique, et pas commun, l’Italien Fila, aujourd’hui dans le giron d’Anta.
«Fila était une filiale de Fiat, qui possédait aussi Ferrari. Quand j’ai signé avec eux en 1996, ils m’ont filé une Ferrari grise, et je l’ai encore. Elle a 4 000 miles au compteur mais elle est encore là. Mais, en vérité, je voulais vraiment signer chez Nike. J’avais eu droit à ma visite, et un dîner avec Phil Knight, en 1994 quand j’étais encore à Duke. On avait avancé mais ils voulaient que je sois à la Grande Muraille de Chine, via satellite, pour la Draft. J’étais jeune et je n’ai pas tout compris immédiatement, je voulais être à la Draft, pas en Chine. Bref, le deal a capoté et c’est deux ans plus tard seulement que j’ai signé avec Fila à Baltimore, pas loin de chez moi. Quand j’ai vu le chiffre en bas du contrat [80 millions de dollars sur 7 ans], j’ai signé tout de suite. C’est devenu un contrat à vie depuis [signé en 2018].»
Grant Hill (Pistons)
Grant Hill (Magic)
Comment lire les stats ? MJ = matches joués ; Min = Minutes ; Tirs = Tirs réussis / Tirs tentés ; 3pts = 3-points / 3-points tentés ; LF = lancers-francs réussis / lancers-francs tentés ; Off = rebond offensif ; Def= rebond défensif ; Tot = Total des rebonds ; Pd = passes décisives ; Fte : Fautes personnelles ; Int = Interceptions ; Bp = Balles perdues ; Ct : Contres ; Pts = Points.




