Le 12 octobre 1979 fait partie des soirées marquantes en NBA. Ce vendredi-là, la ligue entame ainsi une nouvelle saison sans encore se douter qu’elle vient d’ouvrir l’un des chapitres les plus importants de son existence.
À l’époque, la Grande Ligue traverse une période délicate. Les audiences télévisées déclinent, les salles peinent à se remplir et certains matchs de playoffs sont même diffusés en différé. Pour retrouver son attractivité, la NBA a besoin de nouvelles vedettes. Elle va en découvrir deux le même soir, à 4 000 kilomètres de distance…
Car après leur duel lors de la finale NCAA, Larry Bird et Magic Johnson font simultanément leurs premiers pas chez les professionnels. Et comme si cela ne suffisait pas, une révolution réglementaire débute également en NBA : l’adoption du tir à 3-points !
Chris Ford ouvre le bal à Boston
Au Boston Garden, les Celtics accueillent les Rockets de Moses Malone et Rick Barry. Tous les regards sont tournés vers Larry Bird, l’ailier de 22 ans dont l’arrivée suscite déjà énormément d’attentes.
Mais c’est un autre joueur de Boston qui entre le premier dans l’histoire. Alors qu’il reste 3 minutes et 48 secondes dans le premier quart-temps, Chris Ford décoche un tir derrière la nouvelle ligne à 3-points. Le ballon traverse le cercle et l’arrière devient, sans en mesurer la portée, le premier joueur à réussir un panier primé en NBA.
La nouvelle règle est encore loin de faire l’unanimité. « Au début, personne ne pensait vraiment au tir à 3-points », se souviendra Lenny Wilkens, alors entraîneur de Seattle.
Dave Cowens, coéquipier de Ford, reconnaîtra lui aussi le caractère presque accidentel de cette première : « Je ne pense pas que c’était un système prévu. C’est simplement arrivé comme ça. »
Quant à Larry Bird, il préférera en plaisanter : « J’étais pris à deux ou trois, alors je lui ai passé le ballon puisqu’il n’avait rien d’autre à faire ! »
Les Celtics s’imposent finalement 114-106, avec 14 points, 10 rebonds et 5 passes de Larry Bird en 28 minutes. Une première sortie encourageante pour celui qui sera élu Rookie of the Year quelques mois plus tard.
Magic Johnson saute dans les bras de Kareem Abdul-Jabbar
À l’autre bout du pays, Magic Johnson s’apprête lui aussi à découvrir la NBA. Premier choix de la Draft, le meneur de 20 ans accompagne les Lakers à San Diego pour défier les Clippers.
Face à World B. Free, auteur de 46 points, il réalise déjà une prestation impressionnante : 26 points, 8 rebonds, 4 passes et 4 contres. Mais c’est surtout son comportement dans les dernières secondes qui va marquer les esprits.
Alors que les Lakers sont menés d’un point, Kareem Abdul-Jabbar inscrit un « skyhook » décisif au buzzer pour arracher la victoire (103-102). Fou de joie, Magic Johnson se précipite sur son pivot et lui saute dans les bras comme si Los Angeles venait de remporter le titre ! Une réaction qui surprend le vétéran, beaucoup plus réservé.
« Rookie, tu te rends compte qu’il nous reste encore 81 matchs ? Ne refais plus jamais ça », lui lance Kareem Abdum-Jabbar dans le vestiaire, selon le récit que Magic Johnson livrera des années plus tard.
La réponse du jeune meneur est restée célèbre : « Kareem, si tu mets encore 81 tirs comme celui-là, je te sauterai encore 81 fois dans les bras ! »
Le ton est donné. Les Lakers viennent de trouver le joueur capable de transformer leur identité, et cette exubérance deviendra bientôt l’une des signatures du fameux « Showtime » de Los Angeles.
Une rivalité pour sauver la NBA
Ce soir-là, Larry Bird a même le temps de regarder les débuts de son rival à la télévision, profitant du décalage horaire entre Boston et la Californie.
Les deux hommes se connaissent déjà parfaitement. Quelques mois auparavant, Magic et Michigan State avaient dominé Bird et Indiana State en finale NCAA, devant une audience historique.
« Je savais que, quelle que soit son équipe et quelle que soit la mienne, nous allions nous battre pour tout ce qu’il y avait à gagner », expliquera plus tard Larry Bird.
La suite lui donnera raison. Magic Johnson devient champion NBA dès sa première saison, avec une performance légendaire lors du Game 6 des Finals. Un an plus tard, Larry Bird décroche à son tour le titre avec Boston.
Leur rivalité va d’ailleurs progressivement replacer la NBA au centre du paysage sportif américain, jusqu’à leurs trois affrontements en Finals, en 1984, 1985 et 1987.
Pendant ce temps, le tir à 3-points, d’abord considéré comme une curiosité, s’impose peu à peu comme une arme incontournable. En 1979/80, les équipes ne tentent encore que 2,8 tirs primés par rencontre en moyenne. Personne n’imagine alors l’importance que prendra cette ligne dans l’évolution du basket.
Le 12 octobre 1979, la NBA n’a donc pas seulement accueilli deux légendes. Elle a également posé les bases d’une transformation spectaculaire de son jeu, de son image et de sa popularité. Trois révolutions en une seule soirée…














