Alors que les Girondins de
Bordeaux ont encore un peu plus sombré cet été, le départ de Yoann
Gourcuff à l’été 2010 sonne pour de nombreux supporters comme le
début de la fin.
Août 2010. Le soleil de fin d’été écrase le Haillan, mais
l’atmosphère y est glaciale. Yoann Gourcuff, l’artiste éclairé,
l’architecte du titre de 2009 et du parcours héroïque en Ligue des
Champions, claque la porte. Direction l’Olympique Lyonnais, le
rival rhodanien. Pour les Girondins de Bordeaux, ce départ n’est
pas un simple transfert de fin de mercato: c’est la rupture d’un
couple qui avait touché les étoiles, un divorce d’une brutalité
dont le club ne se relèvera jamais vraiment.
Pourtant, quelques mois plus tôt, la romance touchait au
sublime. Sous les ordres de Laurent Blanc, Gourcuff distillait un
football soyeux, fait de roulettes à la Zidane et d’inventions
magiques. Mais le printemps 2010 a tout brisé. L’annonce du départ
du « Président » vers l’équipe de France, le fiasco de
Knysna à la Coupe du monde, puis ce désir soudain de Gourcuff
d’aller voir ailleurs. La rupture devient inévitable, mais ses
modalités laissent un goût amer.
Face à la tempête et au désarroi des supporters, l’actionnaire
principal Nicolas de Tavernost tente de minimiser le traumatisme
avec une fermeté presque froide. Il martèle la ligne officielle
pour préserver les apparences. « On ne peut pas dire que
c’est un choix de Bordeaux de dégraisser l’effectif. Au contraire.
Après, des circonstances font qu’un joueur nous quitte. Bordeaux a
une bonne équipe, avec ou sans Gourcuff. Et je le confirme, les
Girondins veulent disposer d’une équipe de niveau Ligue des
champions. Je rappelle que cela n’a pas fonctionné en fin de saison
dernière malgré la présence de Blanc, Gourcuff ou
Chamakh. »
Le début de la fin
Derrière cette déclaration pragmatique se cache pourtant un aveu
d’impuissance. Bordeaux venait d’abandonner son cœur stratégique et
son symbole à un concurrent direct contre un chèque de 22 millions
d’euros. Le message se voulait rassurant, mais l’illusion allait
vite s’effondrer.
Ce départ de Yoann Gourcuff marquera le début d’une irréversible
descente aux enfers. Sans son maître à jouer et après le départ de
Marouane Chamakh, le club au scapulaire perd son âme, sa créativité
et son statut. Bordeaux, qui tutoyait les sommets européens
quelques mois plus tôt, ne remportera plus jamais le championnat de
France et cessera peu à peu de jouer les premiers rôles. Et pour de
nombreux supporters, cet été meurtrier constitue la première pierre
d’une lente agonie sportive, financière et institutionnelle, qui
mènera les Girondins, des années plus tard, à sombrer corps et
biens loin de l’élite du football français.




