En cas de victoire de San Antonio la nuit prochaine à Oklahoma City, Victor Wembanyama s’offrirait un parallèle prestigieux avec LeBron James : mener sa formation en Finales NBA à l’âge de 22 ans. Le « King » y était parvenu dans sa 4e saison dans la Grande Ligue, mais ses Cavs n’avaient pas fait le poids face aux Spurs d’un autre « frenchy » à l’époque, Tony Parker.
Cette trajectoire témoigne de la précocité phénoménale de « Wemby », dans sa 3e saison, et son équipe, en devançant largement le tableau de marche initialement imaginé par les observateurs. Après son Game 6 de patron, un journaliste français lui demande s’il parvient à prendre un pas de recul sur le parcours des Spurs réalisé jusqu’à maintenant.
Réponse sans équivoque et sans s’étendre : « Non, pas du tout. Et j’ai pas du tout envie. » On comprend derrière sa réponse que ce temps de réflexion n’est pas encore pour aujourd’hui. Les Spurs et leur star avancent avec une seule boussole : vivre l’instant présent. Un leitmotiv que le Français martèle inlassablement depuis qu’il évolue sous les projecteurs.
Après la défaite tricolore face aux Américains lors de la finale olympique de Paris 2024, Wembanyama évoquait, au-delà de sa « tristesse », son envie de « profiter de l’instant présent », mêlant sa fierté envers ses coéquipiers à une prise de conscience : l’équipe de France était si proche d’écrire une page d’histoire légendaire.
Il passe rarement à côté de deux matchs de suite
Autre contexte, au moment d’entamer sa première campagne de playoffs à la mi-avril, même logique. « Je ne peux pas m’empêcher de rêver [d’un long parcours en playoffs], mais on doit garder les pieds sur terre et rester dans l’instant présent », lâchait-il en amont de ce premier tour face aux Blazers.
Peut-être s’imaginait-il alors déjà, secrètement, guider les Texans jusqu’à la plus haute des marches. Mais sa priorité ce jour-là était plutôt de suivre sa routine, faire les choses dans le bon ordre et faire avec les résultats qui s’en suivent.
Cette faculté à occulter le passé et ne pas se projeter trop vite explique sans doute en grande partie pourquoi il passe rarement à côté de deux matchs consécutifs. Sa force réside dans sa capacité de réaction immédiate. Après son coup de coude sur Naz Reid lors du match 4 dans le Minnesota, le Français avait été royal lors de la rencontre suivante (27 points et 17 rebonds).
La même force de réaction a été à l’œuvre face au Thunder. Après sa sortie la plus délicate au tir de ces playoffs (4/15) lors du Game 5, le géant a eu beaucoup de mal à masquer sa frustration. En décidant de faire l’impasse sur la conférence de presse d’après-match, un exercice dont il est pourtant l’un des élèves modèles, il a envoyé un message clair.
Un choix du silence qui, « après une performance si terne ne manquera pas de susciter toutes sortes de critiques » écrivait The Athletic. Ce bruit extérieur n’a pas empêché le Français de signer ce grand match 6 pour remettre les compteurs à zéro et offrir à toute la planète basket le plus beau final imaginé : un Game 7.
La pression autour du « meilleur joueur du monde »
Mitch Johnson a vu dans la réaction de sa jeune star « le désir d’être à la hauteur du moment. Il n’est pas toujours parfait, et on doit parfois l’aider. Évidemment, il a 22 ans, mais sa passion et son désir d’être exactement là où il se trouve, aux avant-postes de tout cela, et d’assumer la responsabilité, le rôle et le fardeau de ce qu’il fait… Je ne sais pas quoi dire d’autre. »
« On ne voit pas beaucoup de gars dans leur troisième année, à ce stade, avec le niveau de responsabilité qu’il a dans notre équipe, être capables d’aborder ce moment avec l’aisance qui est la sienne », complète Harrison Barnes quand Julian Champagnie souligne que les Spurs et lui considèrent leur coéquipier comme « le meilleur joueur du monde. Je crois qu’il devrait le savoir. Il devrait le ressentir. »
Ressentir un niveau de pression face auquel il reste pourtant à l’aise, selon son coach, « peu importe le résultat et l’image que cela renvoie ». « Et je pense que sa plus grande progression cette année est peut-être là : ne pas attendre que ce soit parfait, ou ne pas forcément chercher à savoir quoi faire tout le temps, mais plutôt attaquer le moment présent, avoir la bonne approche et accepter les résultats, quels qu’ils soient. »
On peut parier que cette mentalité se ressentira dans ses déclarations d’après-match, peu importe l’issue de ce Game 7 et la qualité de sa prestation. Une philosophie qui lui permet de relativiser l’enjeu avec une étonnante légèreté : « Aujourd’hui, gagner en NBA, ce n’est pas plus important pour moi que de gagner en benjamins région à l’époque (sourire). »
| Victor Wembanyama | Pourcentage | Rebonds | |||||||||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Saison | Equipe | MJ | Min | Tirs | 3pts | LF | Off | Def | Tot | Pd | Fte | Int | Bp | Ct | Pts |
| 2023-24 | SA | 71 | 29:40 | 46.5 | 32.5 | 79.6 | 2.3 | 8.4 | 10.6 | 3.9 | 2.2 | 1.2 | 3.7 | 3.6 | 21.4 |
| 2024-25 | SA | 46 | 33:12 | 47.6 | 35.2 | 83.6 | 1.8 | 9.2 | 11.0 | 3.7 | 2.3 | 1.1 | 3.2 | 3.8 | 24.3 |
| 2025-26 | SA | 64 | 29:09 | 51.2 | 34.9 | 82.7 | 2.0 | 9.5 | 11.5 | 3.1 | 2.4 | 1.0 | 2.4 | 3.1 | 25.0 |
Comment lire les stats ? MJ = matches joués ; Min = Minutes ; Tirs = Tirs réussis / Tirs tentés ; 3pts = 3-points / 3-points tentés ; LF = lancers-francs réussis / lancers-francs tentés ; Off = rebond offensif ; Def= rebond défensif ; Tot = Total des rebonds ; Pd = passes décisives ; Fte : Fautes personnelles ; Int = Interceptions ; Bp = Balles perdues ; Ct : Contres ; Pts = Points.




