À 52 ans, Micah Nori a enfin obtenu son premier poste de « head coach » en NBA. Mais à Portland, c’est surtout son contrat qui fait parler car le technicien n’a qu’une seule année garantie, avec des « team options » pour les deux saisons suivantes. Son salaire de base est aussi très inférieur au marché, avec des bonus liés aux résultats.
De quoi inquiéter le syndicat des coachs mais, dans l’univers de Tom Dundon, la formule ressemble à une méthode. Le nouveau propriétaire des Blazers a déjà construit sa réussite NHL autour d’un entraîneur novice, lié affectivement à sa franchise, et payé bien en dessous du marché : Rod Brind’Amour, aux Carolina Hurricanes.
Quand Tom Dundon rachète l’équipe puis nomme Rod Brind’Amour comme coach en 2018, ce dernier n’a jamais dirigé d’équipe. La franchise sort de neuf saisons sans playoffs, et son ancien capitaine accepte un contrat à 600 000 dollars par an, l’un des plus bas de NHL. Le pari sera gagnant : des playoffs dès la première saison, finale de conférence, puis installation durable parmi les meilleures équipes de la ligue. Jusqu’au titre cette saison !
La lecture que l’on peut faire de sa méthode, c’est qu’il y a des frais incompressibles dans la gestion d’une franchise, en particulier pour les joueurs, et d’autres qui sont compressibles.
Le poste de coach en fait clairement partie à ses yeux car il y en a peu dans les franchises sportives US et qu’ils sont donc très convoités. Pour lui, l’inflation des salaires et des années garanties pour les entraîneurs ne semble pas se justifier, notamment parce qu’il y a d’autres leviers à activer dans le recrutement des coachs.
Pour Rod Brind’Amour, c’était le fait que Carolina ne soit pas un employeur comme les autres. « C’est mon équipe, c’est chez moi », disait-il, avant d’ajouter : « Cela n’a peut-être pas de prix. »
C’est cette « jurisprudence Brind’Amour » que Portland semble aujourd’hui tenter de transposer en NBA. Avant même le choix de Micah Nori, Joe Cronin avait préparé le terrain en expliquant que le salaire du futur coach dépendrait d’un « risque partagé ». « Si c’est un coach débutant… ce sera un certain montant », expliquait le GM.
Une formule beaucoup plus risquée en NBA
Le discours était clair : un entraîneur débutant ne peut pas obtenir les mêmes garanties qu’un coach chevronné. Avec Micah Nori, cette logique est allée jusqu’au bout. Les Blazers lui donnent l’opportunité dont il rêvait, mais gardent le contrôle total de l’expérience… d’autant qu’ils doivent toujours payer Chauncey Billups.
Cela ne veut pas dire que Micah Nori n’a été choisi que pour son prix. Assistant depuis plus de quinze ans en NBA, passé par Toronto, Denver, Detroit puis Minnesota, il s’est construit une solide réputation dans l’ombre, notamment pour sa capacité à créer du lien avec les joueurs. Pour les GM, il était d’ailleurs le meilleur assistant de la ligue. Et à Portland, où le projet reste centré sur le développement des jeunes, ce profil a du sens.
Mais c’est peut-être là que le contrat brouille le message. En théorie, les Blazers offrent enfin sa chance à un technicien respecté. En pratique, ils lui donnent cette chance avec si peu de garanties que l’opportunité ressemble surtout à un test grandeur nature, sans véritable filet de sécurité.
D’autant que Micah Nori n’est pas Rod Brind’Amour. Il n’est pas une icône locale et n’arrive pas avec l’aura d’un ancien capitaine, champion comme joueur avec la franchise. Il vient de l’extérieur, n’a pas d’attache particulière avec les Blazers, dans une franchise qui doit déjà gérer l’image d’un propriétaire obsédé par l’efficacité économique.
C’est précisément ce qui inquiète JB Bickerstaff, président du syndicat des entraîneurs, qui voit dans ce contrat une « claque » pour la profession. Selon lui, un coach avec un simple contrat d’un an risque d’être perçu comme un « professeur remplaçant », qui manquera d’appui pour faire face aux joueurs de son effectif.
Chris Finch, lui, défend le choix de son ancien assistant. « C’est une décision personnelle. Une décision business », rappelle l’entraîneur des Wolves, pour qui Micah Nori a décidé de parier sur lui-même.
À Carolina, Tom Dundon avait en effet trouvé la combinaison idéale : un coach sous-payé (dont le salaire a toutefois été revu à la hausse au fil de ses succès) mais ultra-légitime, une légende locale qui incarnait déjà totalement la franchise. À Portland, il reprend la même logique… mais pour en faire surtout sur un pari économique.




