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Russell Westbrook, le joueur qu’on aimait détester

NISPORT STAFF Par NISPORT STAFF
15 août 2026
dans Basketball
Temps de Lecture :11 min de lectures
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Russell Westbrook, le joueur qu’on aimait détester
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«Toutes les choses qu’il réussit à un niveau très élevé en arrière-plan ne sont pas toujours remarquées. En revanche, ses erreurs sont très visibles, donc les gens peuvent facilement les pointer du doigt. Je trouve que c’est dommage de voir à quel point les gens peuvent le critiquer.» Ces quelques mots récents signés Chris Finch concernent Rudy Gobert, et pourtant, ils pourraient parfaitement s’appliquer à Russell Westbrook.

Il y avait toujours une bonne raison de critiquer Russell Westbrook. Un tir à 3-points pris beaucoup trop tôt. Une perte de balle dans le « money time ». Une possession jouée à cent à l’heure alors que son équipe aurait eu besoin de ralentir. Un regard noir adressé à un journaliste. Un triple-double soupçonné d’avoir été fabriqué à coups de rebonds abandonnés par ses coéquipiers.

Pendant près de vingt ans, Russell Westbrook aura ainsi été l’un des joueurs que l’on aimait le plus… détester.

Et c’est peut-être au moment où sa carrière s’achève que l’on mesure le mieux ce qu’il a représenté. Parce que derrière les débats sur son efficacité, son tir ou sa capacité à conduire une équipe au titre se cache l’un des joueurs les plus singuliers de l’histoire de la NBA. Un joueur qui n’a jamais triché avec ce qu’il était.

Le héros resté à Oklahoma City

Au commencement, pourtant, Russell Westbrook était surtout fascinant. Lorsque le Thunder débarque parmi les candidats au titre au début des années 2010, Kevin Durant est le génie offensif et Westbrook l’incarnation de cette jeunesse qui joue sans frein.

Il court plus vite que tout le monde, saute plus haut que la plupart des intérieurs et attaque le cercle avec une violence rarement observée à son poste. Comme Derrick Rose, sur la côte Est, ses dunks ressemblent parfois davantage à des règlements de comptes qu’à des paniers.

Mais le premier grand tournant de sa carrière intervient en 2016. Kevin Durant quitte Oklahoma City pour rejoindre Golden State. Dans l’Oklahoma, le départ est vécu comme une trahison. Westbrook, lui, reste.

D’un coup, il n’est plus simplement le lieutenant turbulent de Kevin Durant. Il devient le visage d’une franchise et même, pour une partie du public, celui d’une certaine idée de la fidélité. Sa réponse sportive sera démesurée.

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La saison qui a changé le triple-double

En 2016/17, Russell Westbrook tourne à 31.6 points, 10.7 rebonds et 10.4 passes de moyenne. Personne n’avait terminé une saison en triple-double depuis Oscar Robertson en 1962. À l’époque, la performance semble presque irréelle. Westbrook enchaîne les fins de match folles, les remontées impossibles et les paniers décisifs. Son triple-double à 50 points à Denver, conclu par un tir de la victoire, devient le résumé parfait de cette saison. Il décroche logiquement le trophée de MVP.

Puis il recommence. Et encore. Au point de banaliser quelque chose qui ne l’avait jamais été.

Avec quatre saisons terminées en triple-double de moyenne et le record historique de triple-doubles en carrière, Westbrook a changé notre rapport à cette statistique. C’est d’ailleurs l’un des paradoxes de son héritage : il a tellement accumulé les triple-doubles qu’il a fini par diminuer la valeur symbolique de son propre exploit.

russell westbrook

 

« Stat-padding »

Les critiques apparaissent alors de plus en plus nettement. On scrute les rebonds laissés par Steven Adams. On décortique ses possessions. On lui reproche de chasser les statistiques et le terme « stat-padding » lui colle à la peau.

Ses échecs en playoffs après le départ de Kevin Durant alimentent encore davantage le procès. Avec Paul George puis Carmelo Anthony, Oklahoma City ne franchit pas le premier tour. Damian Lillard finit même par mettre un terme à l’aventure du Thunder avec son fameux tir à 3-points quasiment depuis le logo.

Peu à peu, la question change. On ne demande plus à quel point Russell Westbrook est fort. On se demande si l’on peut gagner avec lui. À Houston, Washington puis Los Angeles, chaque défaut devient plus visible. Son tir extérieur est irrégulier. Son jeu sans ballon limité. Son goût du risque provoque des pertes de balle parfois incompréhensibles.

Et surtout, son corps ne lui offre progressivement plus le même avantage.

Los Angeles, ou la transformation en bouc émissaire

Son passage aux Lakers marque sans doute le point le plus bas de sa réputation. Associé à LeBron James et Anthony Davis, Westbrook doit permettre aux Lakers de retrouver les sommets. L’expérience tourne au fiasco. Le « Big Three » fonctionne mal et le meneur devient rapidement le symbole de tous les problèmes de l’équipe.

Chaque tir qui frappe le haut de la planche devient viral. Chaque perte de balle est découpée sur les réseaux sociaux. Le surnom « Westbrick » quitte les tribunes et les forums pour devenir quasiment indissociable de son nom. La critique sportive se transforme parfois en humiliation publique.

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C’est aussi là que se situe une partie essentielle de son héritage et de sa «légende». Peu de superstars de son niveau ont connu une telle inversion de leur image. Le MVP que l’on célébrait pour son intensité est désormais moqué pour cette même incapacité à lever le pied. Ce qui faisait sa grandeur devient son principal défaut.

Il n’a jamais su jouer autrement

Comparable au personnage du Diable de Tasmanie, Russell Westbrook n’a jamais eu de bouton permettant de passer de 100% à 70%. C’était parfois son problème. Mais c’était aussi toute sa beauté.

Il jouait un match de janvier à Charlotte avec la même rage qu’un Game 7. Il pouvait hurler après un dunk alors que son équipe était menée de quinze points, arracher un rebond au milieu de trois intérieurs ou partir en contre-attaque à une vitesse absurde après 35 minutes passées sur le parquet. Chez lui, l’intensité n’était pas une stratégie. C’était une identité.

Cela explique aussi pourquoi son déclin a été aussi difficile. Là où d’autres stars vieillissantes ont pu s’appuyer sur leur tir, leur taille ou leur maîtrise du tempo, Westbrook devait apprendre à exister sans ce qui l’avait rendu exceptionnel : une supériorité athlétique presque permanente.

Et accepter de devenir un joueur de complément lorsque l’on a été MVP n’a rien d’évident.

russell westbrook

Un joueur beaucoup plus aimé dans les vestiaires

Il existe d’ailleurs un décalage intéressant entre la perception extérieure de Russell Westbrook et celle de nombreux joueurs qui l’ont côtoyé. Le public voyait parfois un joueur égoïste obsédé par ses statistiques. Ses coéquipiers ont très souvent décrit l’inverse : un partenaire généreux, extrêmement professionnel et particulièrement attentif aux joueurs situés au bout du banc. Maxime Raynaud, aux Kings, en a témoigné. Nikola Jokic aussi.

Même son rapport compliqué aux médias participe à ce paradoxe. Westbrook pouvait être glacial en conférence de presse et extraordinairement impliqué dans sa communauté quelques heures plus tard. Le personnage public n’a jamais raconté toute l’histoire, celle d’un entrepreneur davantage fier de son école et de la réussite des élèves que de ses triple-doubles.

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Russell Westbrook n’aura pas été le meneur parfait. Il n’a jamais été un grand shooteur. Il a parfois confondu vitesse et précipitation. Il a perdu des matchs en voulant absolument les gagner. Et son obsession pour le triple-double a parfois donné des arguments à ses détracteurs. Mais gommer ces défauts reviendrait presque à gommer Westbrook lui-même.

Son héritage ne réside justement pas dans la perfection. Il réside dans l’excès. Excès de vitesse, d’énergie, de confiance, d’agressivité, de statistiques et parfois de mauvaises décisions.

Russell Westbrook aura été un joueur impossible à regarder avec indifférence. Il fallait choisir son camp. On pouvait admirer sa rage ou lever les yeux au ciel devant ses choix. Célébrer ses triple-doubles ou les considérer artificiels. Voir en lui un compétiteur exceptionnel ou un joueur incapable de comprendre ses propres limites.

Très souvent, on faisait même les deux dans le même match.

Un héritage finalement impossible à reproduire

Les chiffres resteront. Le trophée de MVP aussi. Les sélections au All-Star Game, les équipes All-NBA et surtout cette montagne de triple-doubles qui paraissait inaccessible avant qu’il décide de l’escalader. Mais la trace laissée par Russell Westbrook ne se résume pas à une ligne dans le livre des records.

Dans une NBA où l’efficacité est disséquée possession après possession et où les joueurs sont de plus en plus évalués à travers leurs pourcentages et leurs statistiques avancées, Westbrook aura été une anomalie magnifique. Un joueur capable de produire des chiffres historiquement grands tout en donnant en permanence des arguments à ceux qui doutaient de lui.

Il n’a pas révolutionné le basket comme Stephen Curry. Il n’a pas dominé son époque comme LeBron James. Il n’a pas accumulé les titres. Il a simplement été Russell Westbrook.

Sans filtre. Sans frein. Sans compromis.

Et c’est probablement pour cela qu’après avoir passé autant d’années à pointer ses défauts, beaucoup finiront par réaliser qu’ils vont terriblement regretter de ne plus pouvoir le faire.

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