Il y a des matchs qui basculent dans la légende par leur enjeu, mais aussi par l’impression qu’ils laissent. Celui du 22 mai 1988, entre les Celtics et les Hawks, appartient à cette catégorie. Un Game 7 de demi-finale de conférence Est, au Boston Garden, théâtre idéal pour un duel devenu mythique entre Larry Bird et Dominique Wilkins.
À l’époque, Atlanta rêve de faire tomber la citadelle. Les Celtics restent sur quatre finales NBA de suite et Boston est encore le lieu où les ambitions adverses viennent souvent se fracasser. Mais les Hawks arrivent avec une vraie armada : Dominique Wilkins au sommet de son art, Doc Rivers à la mène, Tree Rollins, Kevin Willis, Antoine Carr, Randy Wittman ou encore Spud Webb. Une équipe spectaculaire, physique, assez forte pour croire à l’impossible.
Surtout que « Nique » connaît cette frustration des immenses talents bloqués par plus fort qu’eux. Comme Michael Jordan face aux Pistons, il bute encore et encore sur le dernier mur. En 1988, pourtant, la fenêtre semble ouverte.
« Larry Bird avait fait une prédiction », se souvenait Dominique Wilkins. « Il avait garanti une victoire lors du Game 7. Je me rappelle être entré dans le vestiaire et Tree Rollins a attiré mon attention là-dessus. J’ai dit : ‘Si tu n’es pas prêt à combattre, à aller à la guerre, alors ne viens pas. Car peu importe qui viendra face à moi, ce soir va être une longue soirée.’ »
Larry Bird contestera ensuite avoir « garanti » la victoire. Disons plutôt qu’il avait un bon pressentiment. À ses yeux, de « bonnes choses » arrivaient généralement quand les Celtics rentraient chez eux.
« On peut décrire la moitié de leurs shoots marqués comme des mauvais tirs »
Il ne s’était pas trompé. Boston s’impose 118-116, au bout d’un match irrespirable. Dominique Wilkins termine avec 47 points à 19/33 au tir, longtemps un record pour un Game 7 avant les 50 points de Stephen Curry face aux Kings en 2023. Larry Bird, lui, inscrit 34 points à 15/24, dont 20 dans le dernier quart-temps. Le tout dans une séquence devenue l’une des plus célèbres de l’histoire des playoffs : deux superstars qui se rendent panier pour panier, comme si le reste du match s’était soudain effacé.
« Aucun des deux n’a pris de shoots faciles », expliquera Doc Rivers. « On peut décrire la moitié de leurs shoots marqués comme des mauvais tirs. C’était ça qui était tellement impressionnant. Ils en sont arrivés à un point où ils cherchaient ces shoots, ils tentaient leur chance. Et ils les mettaient. »
C’est peut-être aussi ce qui rend ce match si particulier : il ne raconte pas seulement une victoire de Boston ou une défaite cruelle d’Atlanta. Il raconte deux joueurs qui refusent de céder. Dominique Wilkins, flamboyant, attaque encore et encore le cercle ou sanctionne à mi-distance. Larry Bird, lui, répond avec cette assurance presque insolente, jusqu’à prendre le dernier mot dans le money-time.
Ce Game 7 est aussi un carrefour. Pour Larry Bird, c’est l’un de ses derniers très grands sommets avant que les blessures ne viennent progressivement l’handicaper. Pour Dominique Wilkins et les Hawks, c’est une occasion manquée qui restera comme un tournant. Le journaliste Bob Ryan estimera qu’une victoire d’Atlanta ce soir-là aurait « changé tout le cours de l’histoire des Hawks ». Elle n’est jamais venue. Mais le duel, lui, n’a jamais disparu.
« Les gens m’en parlent tout le temps, c’est incroyable », racontait Spud Webb. « Même quand je joue au golf avec des gars, ils me demandent ce que cela fait, un Game 7 au Garden. On ne peut pas l’expliquer, il faut le vivre. »
Ou, trente-huit ans plus tard, le raconter encore.
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