Finalement, Jalen Duren n’aura pas à monter sur la balance tous les mois s’il décide de prolonger son bail à Detroit. Selon The Athletic, les Pistons ont en effet retiré des négociations leur étonnante clause liée au poids, envisagée dans leur offre de cinq ans et 200 millions de dollars.
La disposition n’avait même jamais été couchée sur papier mais son principe avait filtré : Detroit voulait pouvoir contrôler mensuellement le poids de son intérieur, sous forme d’incitations financières. Une demande d’autant plus étonnante que Jalen Duren, officiellement annoncé à 113 kilos, n’a jamais été publiquement confronté à un problème de poids. Au contraire, puisqu’il semble particulièrement affûté et « sec » depuis son arrivée en NBA.
La franchise estimait néanmoins qu’il aurait dû s’alléger après ses playoffs décevants. Le sujet est alors devenu public, en plein bras de fer contractuel.
Mais plus encore que la clause elle-même, c’est donc sa sortie en place publique qui pouvait être vexatoire : en dévoilant l’existence d’une telle demande, volontairement ou non, les discussions mettaient sur la place publique les réserves des Pistons concernant le professionnalisme et la condition physique de leur joueur. Une stratégie pour forcer Jalen Duren et son camp à ne pas prendre le maximum, qu’il réclame depuis le début ?
Dans l’histoire de la NBA, Jalen Duren est en tout cas loin d’être le premier à voir une disposition contractuelle devenir ainsi le symbole public de la défiance de son employeur.
Kevin Duckworth : « Il a essayé de m’humilier publiquement »
Le précédent le plus spectaculaire remonte à 1995 et implique les Washington Bullets. À l’époque, Kevin Duckworth est suspendu sans salaire après être monté à 144 kilos.
Son contrat ne comportait pas véritablement de poids maximal, mais lui imposait de se présenter à des pesées mensuelles et autorisait Washington à le suspendre s’il ne se maintenait pas en bonne condition physique. Le GM John Nash décide alors qu’il ne rejouera pas avant d’être revenu à 136 kilos.
Surtout, le dirigeant détaille publiquement la situation. « Ce type a essayé de m’humilier publiquement », réagit alors Kevin Duckworth. « Utiliser les journaux pour régler un problème d’équipe, c’est de mauvais goût. »
Le pivot estime même que le procédé a détruit sa relation avec la franchise.
« Maintenant, je n’ai plus aucune chance parce que chaque fois que j’entrerai en jeu, les huées vont recommencer. Rien de positif ne peut sortir de tout ça pour moi. »
Kevin Duckworth reconnaissait pourtant que les Bullets avaient des arguments contractuels pour agir. Ce qu’il contestait, c’était précisément la manière de le faire avec la transformation de son poids en affaire publique.
John Williams privé de salaire… sans clause de poids
Quelques années plus tôt, les Bullets avaient déjà poussé très loin le rapport de force avec John Williams.
En 1990, Washington cesse pendant plusieurs semaines de payer son ailier, alors blessé au genou, parce que la franchise juge son poids incompatible avec son retour. Problème : son contrat ne comporte aucune clause de poids.
« Nous lui avons dit qu’il devait être à 118 kilos avant de pouvoir jouer au basket en NBA », explique John Nash, déjà GM de la franchise. Lorsque John Williams annonce peser 132 kilos, le club maintient la pression.
L’année suivante, lorsqu’il rejoint finalement les Bullets à 138 kilos, Washington le place sur la liste des joueurs suspendus et commence à retenir son salaire. Le conflit autour de son poids et de sa rééducation durera quasiment deux ans avant son transfert en 1992…
Stanley Roberts directement menacé par son coach
En 1995, Stanley Roberts se retrouve aussi publiquement placé devant un objectif contractuel par les Clippers.
De retour après près de deux saisons perturbées par des blessures au tendon d’Achille, le pivot arrive au camp d’entraînement au-dessus du poids prévu par son contrat. Son coach Bill Fitch annonce alors directement dans la presse qu’il sera suspendu sans salaire s’il ne respecte pas cette clause avant le début de la saison.
« Son contrat précise dans quelle condition il doit être », explique Bill Fitch. « S’il ne la respecte pas, il commencera la saison sur la liste des joueurs suspendus. »
Stanley Roberts est également écarté des exercices avec contact. Et lorsqu’un journaliste demande où en est son joueur, Bill Fitch ne ménage pas son pivot : « Il est à des années-lumière (de pouvoir jouer). »
Le coach assure pourtant qu’il ne s’agit pas d’une menace mais « d’un objectif ou d’un défi ». Stanley Roberts finira par retrouver l’effectif sans être suspendu.
Le contrat de Dennis Rodman transformé en laisse financière
La défiance contractuelle ne concerne pas uniquement le poids. À Chicago, les Bulls avaient par exemple bâti les contrats de Dennis Rodman autour de son comportement et de sa capacité à rester disponible.
À partir de 1996, son contrat comprend des pénalités et des bonus liés au nombre de rencontres disputées. Avec une conséquence très concrète : chaque suspension ne lui coûte plus uniquement son salaire du match concerné, mais peut aussi déclencher la perte de plusieurs primes !
Après avoir donné un coup de pied à un cameraman en janvier 1997, Dennis Rodman est ainsi suspendu onze rencontres par la NBA. Entre salaire perdu et clauses contractuelles, la facture approche les deux millions de dollars.
Quelques mois plus tard, lors de nouvelles négociations, Chicago pousse encore plus loin le principe en proposant une multitude d’incitations. Dennis Rodman s’en agace publiquement. « C’est très injuste », réplique-t-il. « Il y a environ 25 clauses d’incitation là-dedans. J’ai 36 ans. Je ne peux pas faire ça. »
Le cas est toutefois différent de celui de Jalen Duren : le comportement de Dennis Rodman avait déjà donné aux Bulls de nombreuses raisons concrètes de se protéger. Mais le mécanisme était similaire. Le contrat ne servait plus seulement à déterminer un salaire car ses détails, rendus publics, matérialisaient toute la méfiance de la franchise.
Les clauses de poids ou de comportement sont loin d’être nouvelles en NBA. Mais lorsqu’elles filtrent en plein conflit contractuel, elles changent de nature : en exposant publiquement les défauts qu’une franchise entend contrôler chez son joueur, elles deviennent à la fois un mécanisme de contrôle et un levier dans le rapport de force.
Encore faut-il bien user de ce levier… sous peine de possiblement briser la relation avec le joueur.














