De retour sur les parquets après la naissance de son petit garçon, Estelle Nze Minko retrouve progressivement ses sensations avec Győr. À 35 ans, la capitaine des Bleues avance sans brûler les étapes, portée par l’envie de retrouver son meilleur niveau. Alors que Sébastien Gardillou a annoncé son retour au contact du groupe France en Hongrie, l’internationale française se confie sur cette nouvelle étape de sa carrière, son plaisir de jouer et ses ambitions.
La reprise se construit pas à pas pour Estelle Nze Minko. Après plusieurs mois loin des terrains pour vivre sa maternité, l’arrière de Győr a progressivement retrouvé la compétition, jusqu’à renouer avec la Ligue des champions, notamment face à Metz. Avec un match nul acquis face aux championnes d’Europe en titre, ces retrouvailles avec les joutes européennes marquent une nouvelle étape dans son retour au plus haut niveau.
« Je ressens déjà beaucoup de reconnaissance. La réalité, c’est qu’on ne sait jamais vraiment comment le corps va réagir après une grossesse et un accouchement, encore moins quand on lui redemande ensuite de supporter les contraintes du sport de haut niveau. Chaque personne vit quelque chose de different. Mais à titre personnel, je mesure vraiment la chance que j’ai de voir mon corps bien répondre à cette reprise et de pouvoir retrouver progressivement ce niveau d’intensité.
Même si j’ai encore du chemin à parcourir, je suis aussi fière du travail accompli pour revenir.
Et surtout, la motivation est toujours là. J’ai envie de progresser, de retrouver mes sensations, de performer. Aujourd’hui, mon état d’esprit est vraiment celui-là : continuer à avancer, sans brûler les étapes, mais avec beaucoup d’ambition. »
« J’aime profondément jouer au handball »
Si son premier but depuis son retour revêt une dimension symbolique, ce n’est pourtant pas le souvenir qui l’a le plus marquée. Les retrouvailles avec le public de Győr ont davantage compté, témoignant du lien qui l’unit à son club hongrois.
« C’est vrai que c’est symbolique, mais bizarrement ce n’est pas forcément le moment qui m’a le plus marquée. J’ai davantage ressenti mon retour lors de la présentation de l’équipe, par exemple, quand le public a scandé mon nom. Là, ça m’a vraiment fait quelque chose.
Et même à l’entraînement, il y a parfois des petites séquences où je sens soudain que mon corps répond mieux, que je retrouve une capacité, une sensation que je n’avais plus quelques semaines auparavant. Ça peut paraître anodin de l’extérieur, mais ce sont presque ces moments-là qui me touchent le plus. Le premier but reste un joli symbole, évidemment, mais mon retour se construit surtout à travers toutes ces petites étapes. »
À 35 ans, après avoir remporté les plus grandes compétitions avec les Bleues et soulevé deux Ligues des champions, la Française n’a rien perdu de son envie de jouer. Elle voit même dans cette reprise un nouveau défi sportif, au sein d’un effectif qui lui permet de mesurer le chemin restant à parcourir.
« D’abord, tout simplement parce que j’aime profondément jouer au handball. Au-delà des titres, j’aime les sensations que ce sport me procure : courir, sauter, jouer, réfléchir, partager avec une équipe. J’aime le quotidien aussi, j’aime m’entraîner.
Mais aujourd’hui, j’ai également un vrai défi sportif : j’ai envie de redevenir une bonne joueuse de handball. Et pour ça, je pense que je suis au bon endroit. À Győr, je suis tous les jours au contact d’une grande partie des meilleures joueuses du monde. Aujourd’hui, je vois forcément l’écart qu’il peut y avoir entre leur niveau et le mien, mais c’est justement extrêmement stimulant, et ça m’oblige à progresser.
Et puis avoir déjà tout gagné ne veut pas dire qu’on n’a plus envie de gagner. On ne s’y habitue jamais, aucune victoire ne ressemble vraiment à une autre. Ce n’est jamais la même équipe, jamais la même histoire, et nous-mêmes, on n’est jamais exactement la même personne.
J’ai gagné certaines compétitions à des moments où, personnellement, je n’étais pas forcément très alignée. Aujourd’hui, l’idée de pouvoir gagner à nouveau en étant maman aurait forcément une saveur particulière. Je crois même que ça représenterait quelque chose d’encore plus fort pour moi. »
Sarah Bouktit, un renfort prometteur pour Győr
Dans cette quête de progression, Estelle Nze Minko entend avant tout avancer à son rythme. Elle ne souhaite pas se fixer d’échéance précise pour retrouver son meilleur niveau, préférant préserver son équilibre physique et mental. Une approche qui n’empêche pas Győr de nourrir de grandes ambitions, notamment avec l’arrivée de Sarah Bouktit, qui a rejoint le club hongrois après son sacre européen avec Metz.
« J’ai plus de mal qu’avant à avoir une vision globale de ma saison, parce qu’aujourd’hui j’ai surtout besoin de temps et de patience. Je pense même que ce serait contre-productif pour moi de me dire : à telle date, je dois être à tel niveau. Mon corps et ma tête ont besoin d’avancer à leur rythme.
Mon objectif, c’est donc surtout de progresser tout au long de l’année, de retrouver un très bon niveau et de réussir à le faire en restant en bonne santé, physiquement comme mentalement. »
La Française se réjouit par ailleurs de pouvoir évoluer aux côtés de la pivot tricolore, dont elle apprécie particulièrement le profil.
« Concernant Sarah, je suis vraiment contente de pouvoir jouer avec elle. On s’est croisées en équipe de France mais, finalement, elle avait encore peu de temps de jeu à cette période-là et on a assez peu joué ensemble. C’est exactement le style de pivot avec lequel j’adore évoluer : elle comprend très bien le jeu, elle lit les situations, c’est une joueuse intelligente avec laquelle on peut construire énormément de choses. Je pense qu’elle va beaucoup nous apporter. »
Les Bleues dans un coin de la tête
Après avoir mis l’équipe de France entre parenthèses pendant sa grossesse et sa maternité, Estelle Nze Minko a également appris à regarder les Bleues autrement. Une expérience nouvelle pour celle qui a longtemps été l’une des figures majeures de la sélection, dont elle est la capitaine.
« Ça m’a fait du bien de prendre du temps pour moi et aussi de vivre l’équipe de France autrement, de l’extérieur. Je suis notamment allée voir certains matchs dans les tribunes et c’était assez particulier parce que ça ne m’était plus arrivé depuis très longtemps.
À un moment, je me suis un peu retrouvée comme quand j’avais 15 ans et que je regardais l’équipe de France jouer en me disant : « mais c’est incroyable d’être sur ce terrain ». Le fait de redevenir simplement spectatrice, presque fan, m’a reconnectée à ça. Ça m’a refait rêver d’une certaine manière, et ça m’a fait du bien.
C’était aussi intéressant de regarder cette équipe avec un peu de recul. J’ai beaucoup d’admiration pour ce groupe, pour les joueuses et pour ce qu’elles sont en train de construire. »
L’envie de retrouver le maillot bleu demeure, même si la perspective de l’Euro 2026, prévu en décembre, reste encore lointaine au regard du chemin qu’il lui reste à parcourir. Ce jeudi 15 octobre, la Fédération française de handball a justement annoncé que Sébastien Gardillou profiterait du déplacement des Bleues en Hongrie pour intégrer Estelle Nze Minko aux séances d’entraînement, afin de la remettre au contact du groupe. Une étape qui ne constitue pas une annonce de retour en sélection pour les prochaines échéances, mais qui entretient le lien avec le collectif tricolore.
« Aujourd’hui, je pense que mon niveau est encore un peu loin de ce qu’exige le très haut niveau international, ça m’aide aussi à ne pas trop me projeter. J’ai encore beaucoup d’étapes à franchir : physiquement, dans la confiance, dans mes sensations sur le terrain, mais aussi tout simplement dans mon organisation quotidienne avec mon fils. Je n’ai, par exemple, encore jamais quitté la maison plus d’une nuit.
Mais est-ce que l’idée de reporter un jour le maillot bleu me trotte dans la tête ? Oui.
Après, il ne faut pas oublier l’essentiel : ce n’est pas moi qui sélectionne. Pour revenir en équipe de France, il faudra avant tout que je retrouve le niveau et que je fasse partie des meilleures joueuses à mon poste. »
Les deux rencontres face à la Hongrie, le 22 octobre à Győr puis le 25 octobre à Strasbourg, offriront ainsi l’occasion à la capitaine de retrouver le groupe dans un cadre familier. Pour la suite, aucune décision n’est encore arrêtée. Sous contrat avec Győr jusqu’à la fin de la saison, elle souhaite se laisser le temps de réfléchir à son avenir, sans perdre de vue ce qui compte désormais dans ses choix.
« La seule chose dont je suis certaine, c’est que j’ai encore envie de jouer !
Mais c’est effectivement encore un peu tôt pour savoir précisément ce que je veux faire. Beaucoup de choses peuvent évoluer au cours de la saison.
En revanche, je sais que j’aimerais prendre une décision assez rapidement, parce qu’aujourd’hui je ne décide plus uniquement pour moi. Le confort et l’équilibre de ma famille passent avant tout, c’est un élément central dans ma réflexion. »
Le retour d’Estelle Nze Minko ne se résume donc ni à un premier but ni à une date de reprise. Il s’écrit dans la patience, les sensations retrouvées et le plaisir de rejouer. Avec une certitude, malgré les interrogations qui entourent encore la suite : l’envie de poursuivre l’aventure est intacte.
Thomas Mathiot














