Ce lundi soir, sur la pelouse de Seattle, Mohamed Salah s’apprête à célébrer ses 34 ans d’une manière dont bien peu de footballeurs peuvent rêver : en guidant sa sélection sur la plus prestigieuse des scènes, la Coupe du monde. Face à la Belgique, dans le cadre du Groupe G, l’attaquant le plus iconique du continent africain aura une nouvelle opportunité d’écrire l’histoire. Une trajectoire unique, qui mérite d’être retracée dans toute sa complexité.
Un procès d’intention injustifié
En décembre 2025, l’ancien footballeur anglais devenu consultant Jamie Carragher jetait un pavé dans la mare en qualifiant le bilan international de Salah d’« échec », estimant que l’absence de titre majeur avec les Pharaons ternissait une carrière par ailleurs stratosphérique et pleine de records. Un argument qui a fait grand bruit, mais qui ne résiste pourtant pas à l’analyse.
Car pour apprécier à sa juste valeur l’héritage de Salah avec l’Égypte, il convient d’abord de mesurer l’état dans lequel il a trouvé la sélection nationale à ses débuts.
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L’avant et l’après-Salah
Lorsqu’il honore sa première sélection en 2011, l’Égypte est un géant aux pieds d’argile. Certes reine incontestée de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN), la sélection n’a pourtant disputé que deux Coupes du monde dans son histoire, la dernière remontant à l’édition italienne de 1990. Pire encore, les Pharaons s’apprêtent à s’enfoncer dans une crise sportive inédite, manquant successivement les éditions 2012, 2013 et 2015 de la CAN.
En arrière-plan, c’est toute une nation qui vacille. Les soubresauts politiques de la transition post-Moubarak ébranlent le pays, et le football est touché de plein fouet. En février 2012, la tragédie de Port-Saïd plonge le football égyptien dans l’effroi : 74 supporters perdent la vie lors d’affrontements en marge d’un match entre Al-Masry et Al-Ahly. Le championnat national est suspendu pendant deux ans, laissant l’avenir de l’équipe nationale en suspens.
C’est dans ce climat de reconstruction et d’incertitude que le jeune Salah, tout juste âgé de 18 ans, fait ses premiers pas sous le maillot national. À l’époque, personne ne lui demande de porter le pays sur ses épaules. C’est pourtant ce qu’il va faire.
Depuis, l’Égypte est redevenue une place forte du football africain, enchaînant les qualifications pour les CAN (2017, 2019, 2021, 2023, 2025) et retrouvant par deux fois la phase finale de la Coupe du monde. Salah, lui, a empilé les records : il est devenu l’unique joueur de l’histoire à trouver le chemin des filets contre 11 nations différentes à la CAN, ainsi que le meilleur buteur de l’histoire des éliminatoires africains pour le Mondial avec 20 réalisations. Avec 67 buts en 116 sélections, il ne lui manque plus que deux unités pour égaler le record mythique de Hossam Hassan – l’actuel sélectionneur national.
Mais au-delà des chiffres, ce sont les émotions qui restent gravées. Qui a oublié ce 7 octobre 2017 ? À la 95e minute d’un match irrespirable face au Congo, Salah prend ses responsabilités et transforme un penalty légendaire, libérant tout un peuple et validant le ticket pour le Mondial 2018 après 28 ans d’attente. Un de ces instants suspendus qui entrent directement au panthéon du football.
صافرة انطلاق مشوار الفراعنة في كأس العالم تأتي تماماً في يوم ميلاد القائد محمد صلاح الرابع والثلاثين
فهل ينجح المنتخب الوطني في تقديم الهدية الأجمل واقتناص أول ثلاث نقاط أمام بلجيكا؟
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— الشرق للأخبار – مصر (@AsharqNewsEGY) June 13, 2026
Bien plus qu’un simple joueur
Car Mohamed Salah est bien plus que le joueur le plus talentueux jamais enfanté par l’Égypte. Au fil des ans, il est devenu un repère identitaire et un symbole national qui dépasse largement le cadre du rectangle vert. Dans une Égypte en quête de repères, il a incarné l’espoir, la résilience et la preuve vivante qu’un enfant du pays pouvait régner sur le toit du monde.
Lui reprocher de ne pas avoir soulevé la CAN relève d’une forme d’ingratitude. C’est occulter les obstacles qu’il a dû surmonter pour replacer son pays sur la carte du football mondial. En 2018, alors qu’une terrible blessure à l’épaule contractée en finale de la Ligue des champions menaçait sa participation au Mondial, Salah s’était présenté en Russie. Blessé, diminué, mais debout pour les siens.
Lundi, une nouvelle page d’histoire à Seattle
Historiquement, l’Égypte réussit plutôt bien face à la Belgique, avec trois victoires en quatre confrontations directes. Mais ce lundi soir, l’enjeu dépasse le simple prestige d’un choc : un succès face aux Diables Rouges offrirait aux Pharaons la toute première victoire de leur histoire en phase finale de Coupe du monde. L’occasion idéale pour Salah d’écrire une nouvelle page glorieuse d’un livre déjà bien rempli.
À 34 ans, le jour même de son anniversaire, l’attaquant légendaire n’a plus rien à prouver. Malgré cela, c’est bien lui qui guidera l’attaque égyptienne à Seattle, habité par la même faim de vaincre et le même amour du maillot.




