Au printemps 1996, Zinedine Zidane est au
sommet de son art. Après une campagne européenne éblouissante sous
les couleurs des Girondins de Bordeaux, le maître à jouer tricolore
est attendu comme le grand guide des Bleus d’Aimé Jacquet pour
l’Euro en Angleterre. Mais c’est sans compter sur un coup du sort:
à seulement quelques jours du coup d’envoi du tournoi, « Zizou »
est victime d’un accident de voiture dans les rues bordelaises.
L’impact est violent, mais les
conséquences restent longtemps minimisées aux yeux du grand public.
Pourtant, en coulisses, les doutes s’installent immédiatement sur
la capacité du futur Ballon d’Or à tenir son rang. L’anecdote frôle
parfois l’insolite, à l’image des révélations d’Éric Di Meco sur
les séquelles physiques visibles du Français. Le cuir chevelu
partiellement arraché sur le côté de la tête, le meneur de jeu doit
ruser lors des protocoles officiels : « Quand on avait fait la
photo d’équipe, il avait mis du scotch et au marqueur on lui avait
mis des cheveux », s’est souvenu l’ancien défenseur. Une astuce de
fortune pour masquer les stigmates du choc.
Au-delà de cette métamorphose capillaire
improvisée, c’est le corps tout entier de l’international qui est
meurtri. Le journaliste Vincent Duluc, qui l’a rencontré peu après
le drame, a décri par le passé un joueur grimaçant et marqué par
des contusions impressionnantes. « Il m’avait montré le haut de
sa cuisse, il était complètement bleu, vert. Il avait cassé son
levier de vitesse dans les rues de Bordeaux avec ses fesses. »
Une blessure profonde et douloureuse qui va lourdement handicaper
le milieu de terrain tout au long de la compétition anglaise.
« Un Euro assez moyen »
Conséquence directe de cet accrochage,
Zidane dispute l’Euro à 60 ou 70 % de ses capacités réelles. Bien
qu’aligné à cinq reprises par Jacquet, le Bordelais peine à imposer
son rythme et son génie habituels. L’équipe de France s’hisse
jusqu’en demi-finale avant d’être éliminée par la République
tchèque, mais la prestation globale de Zidane laisse une impression
d’inachevé. « Il n’est pas arrivé dans les meilleures
conditions […] en faisant un Euro assez moyen quand même »,
avait révélé son ami David Bettoni
Sans cet accident brutal au pire des
moments, l’explosion de Zinédine Zidane au sommet du football
international aurait probablement eu lieu deux ans plus tôt qu’à
l’été 1998. Cet épisode méconnu rappelle à quel point la carrière
des plus grands champions ne tient parfois qu’à un fil… ou à un
levier de vitesse brisé.




