Perdu dans des montagnes de Chine, Victor Wembanyama y a trouvé une clarté qui a établi la direction de sa saison. Les résultats parlent d’eux-mêmes. Meilleur défenseur de l’année, troisième au classement du MVP, et avoir aidé les Spurs à finir la saison régulière avec le deuxième meilleur bilan de toute la ligue.
Au-delà des chiffres, Wemby continue toutefois de grandir. Depuis son arrivée en NBA, il est devenu le leader de facto de San Antonio. Tout comme il continue de développer son jeu, le prodige français doit cependant développer son propre style de leader. Lors de la NBA Cup à Las Vegas en décembre dernier, nous avions demandé à Mitch Johnson, son entraîneur, comment il pouvait aider son joueur à devenir le leader d’une équipe qui a pour ambition de gagner le titre.
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«Ce n’est pas quelque chose qu’on peut lui imposer. C’est un processus,» nous avait-il répondu. «Évidemment, c’est la star de l’équipe, on lui en demande beaucoup des deux côtés du terrain, il a beaucoup de pression extérieure sur les épaules également donc notre rôle c’est tout simplement de l’accompagner. D’être là pour lui, et de le guider pour qu’il puisse trouver sa voix en tant que leader.»
La franchise texane ne veut pas brûler les étapes. Elle travaille avec Wemby chaque saison pour aider son développement, consciente que la NBA et les médias l’ont positionné dès sa Draft comme l’avenir du basketball professionnel, l’héritier de LeBron James, Stephen Curry, et Kevin Durant.
Victor Wembanyama a cependant toujours été précoce et précis dans sa façon d’aborder sa carrière. Harrison Barnes, qui joue sa 14e saison NBA et qui a eu la chance de côtoyer des légendes comme Stephen Curry et Dirk Nowitzki, est impressionné par l’approche de son jeune coéquipier.
«Ce que j’admire avec Vic’, c’est qu’il n’essaie pas de forcer son leadership,» nous décrivait-il à la veille de la finale de la NBA Cup contre les Knicks. «Il donne l’exemple. Que ce soit son éthique de travail, son intensité pendant les matchs, mais aussi à l’entraînement.»
Un été axé sur la connaissance et le spirituel
Cet aspect est flagrant. Wemby se donne à fond quand il est sur le terrain. Il cherche à progresser en repoussant ses limites, n’hésitant pas à puiser des connaissances auprès de moines Shaolin mais aussi d’Hakeem Olajuwon ou de Kevin Garnett. Il est conscient de l’opportunité qui est devant lui, et met toute son énergie dans la maximisation de son potentiel.
Sa maturité le précède mais du haut de ses 22 ans, devenir un leader demande une certaine expérience qui ne peut venir qu’avec le temps. «Je pense qu’il est en train de trouver sa voix, de comprendre comment il veut mener l’équipe, comment il peut utiliser sa voix,» nous confirmait Barnes.
Lors de son passage à Golden State juste avant le All-Star Game, dans une rencontre qu’il avait dominée de la tête et des épaules, Victor Wembanyama, assis dans le vestiaire des Spurs, avait pris le temps de nous confirmer qu’il se devait de montrer l’exemple. C’est sa responsabilité en tant que leader défensif car toute la philosophie de jeu de San Antonio repose sur ça.
Devenir un leader dans l’instant
Comme il l’a confirmé après la défaite dans le Game 3 face au Thunder, Wemby sait qu’il doit rendre les autres meilleurs et se mettre au service de l’équipe. En clair, il n’est pas au-dessus du collectif. C’est la recette que David Robinson, Tim Duncan, Manu Ginobili, et Tony Parker ont utilisé pour construire la culture des Spurs sous les ordres de Gregg Popovich. Mitch Johnson et Wembanyama marchent désormais dans leurs pas.
Le Français est toutefois conscient qu’il a encore beaucoup à apprendre. «Le gros du travail pour moi, c’est de pouvoir reconnaître les situations sur le moment,» nous disait-il. «C’est facile de faire des commentaires pertinents après coup, ou pendant des séances vidéo. Mais sur le moment c’est toujours difficile d’être pertinent, et c’est sur ça que je trouve que j’ai progressé cette année mais c’est quelque chose sur lequel je dois encore travailler.»
La progression de Wemby n’est pas pour autant linéaire. Son expulsion contre Minnesota lors du Game 4 de la demi-finale de conférence en est peut-être l’exemple le plus flagrant. Un joueur de sa stature n’a pas le droit à l’erreur, mais la façon dont il a répondu à cette situation en dit long sur son caractère.
Une discussion avec Gregg Popovich, qu’elle ait été nécessaire ou non, et Victor Wembanyama était de retour dans le droit chemin, avec une attitude irréprochable. Montrant l’exemple comme il sait le faire, mais aussi donnant le ton pour son équipe face à la physicalité des Wolves.
Son propre style comme leader
À Oklahoma City lors du Game 1, il a continué sur cette trajectoire. Haranguant ses coéquipiers, rigolant au nez de ses adversaires mais aussi enchaînant les mots d’encouragement ou une main sur l’épaule de ses coéquipiers après des ballons perdus ou des actions décisives.
Si son exigence place la barre haute, De’Aaron Fox, All-Star à ses côtés cette saison, n’hésitait pas à remettre les choses dans leur contexte.
«Les gens oublient souvent que ce n’est que sa troisième saison… et il n’hésite pas à prendre la parole ! D’habitude les joueurs de son âge et même les joueurs qui ont le même statut que lui ne sont pas forcément aussi vocaux,» décrivait-il pour confirmer l’évolution de son coéquipier dans ce secteur. «Ce qui est le plus important c’est qu’il continue d’être lui-même, de trouver sa voie en tant que leader, de continuer d’étudier le jeu et la ligue, et je pense qu’on ne peut pas mettre de limite sur son potentiel que ce soit en tant que joueur ou en tant que leader.»
De la Chine à Vegas, de Los Angeles à Oklahoma City, en l’espace de quelques mois, Victor Wembanyama a posé son empreinte sur une ligue qui sera bientôt la sienne. À San Antonio, c’est son évolution en tant que leader qui rend Mitch Johnson le plus fier.
«En début de saison, c’était un de ses objectifs mais c’est un équilibre qui n’est pas évident à trouver. Il n’y a pas de moment parfait pour être ou pour devenir un leader… en particulier dans son cas,» disait l’entraîneur après la victoire lors du Game 1 en double prolongation. «Quand on vous demande de jouer certains rôles, ou quand vous avez les ambitions qu’il a en tant que joueur mais aussi en tant qu’homme, c’est difficile. Et je trouve qu’il a énormément évolué sur ce point pendant toute la saison. Petit à petit, il a trouvé sa voie, il a trouvé son style, et il le fait à sa façon.»
Propos recueillis à Las Vegas, San Francisco, et Los Angeles.




