Alors que la nuit prochaine, un
match nul entre l’Algérie et l’Autriche ferait les affaires des
deux équipes, les Fennecs ont été victimes en 1982 d’un match
honteux entre la RFA et l’Autriche.
Le stade El Molinón de Gijón fut le théâtre d’une des plus
grandes infamies de l’histoire de la Coupe du monde. La veille,
l’Algérie a battu le Chili (3-2). Le calcul est dès lors simple
pour la RFA et l’Autriche qui s’affrontent : une victoire allemande
par un ou deux buts d’écart qualifie les deux voisins européens,
éliminant les Fennecs algériens qui avaient pourtant terrassé la
RFA (2-1) au premier match.
À la 10e minute, Horst Hrubesch ouvre le score pour l’Allemagne
de l’Ouest. Ce qui suit ? Quatre-vingts minutes de néant. Les
passes latérales se succèdent, personne n’attaque. Le match s’est
transformé en une sinistre passe à dix.
Dans le stade, la stupeur laisse vite place à la rage. Espagnols
et Algériens présents hurlent leur dégoût. Le public scande : «
Fuera, fuera ! » (Dehors !) ou « Argélia, Argélia !
». Des billets de banque sont agités en tribune.
L’indignation est mondiale, à commencer par les commentateurs de
télévision des deux pays concernés. Robert Seeger, le commentateur
de la télévision autrichienne ORF, est hors de lui en plein direct.
« C’est le jour le plus noir du football autrichien,
éructe-t-il. Ce spectacle est une honte pour le sport. Éteignez vos
téléviseurs, je refuse de commenter ce simulacre. »
En Allemagne, l’ambiance est tout aussi lourde. « Ce que
nous vivons ici est lamentable et n’a rien à voir avec le football.
On peut appeler ça comme on veut, mais pas un match de Coupe du
monde », lance Eberhard Stanjek, pour la chaîne ARD.
Un supporter allemand outré va jusqu’à brûler son drapeau
national devant le banc des remplaçants de la RFA.
Les réactions des acteurs : Du cynisme au
malaise
Après le coup de sifflet final, les Algériens crient au complot.
« Nous étions à l’hôtel, devant la télévision. C’était
flagrant. Un scandale absolu, confiera plus tard Rabah Madjer,
star de l’équipe d’Algérie. Les deux équipes se marchaient
dessus sans aucune intention de marquer. Ils ont tué le football ce
jour-là. »
Du côté des coupables, le cynisme règne dans un premier temps.
Hans Tschak, le chef de la délégation autrichienne, aggrave son cas
avec une déclaration terriblement méprisante. « Bien sûr que
nous avons joué la sécurité. Si les Algériens voulaient qu’on joue
à fond, ils n’avaient qu’à pas se faire battre par l’Autriche. Et
puis, je me fiche de ce que pensent les spectateurs arabes »,
lâche-t-il en effet.
Le sélectionneur allemand, Jupp Derwall, balaie lui aussi
les critiques. « Nous voulions nous qualifier, pas jouer au
football », assène-t-il.
Un héritage gravé dans les règles
Pourtant, certains joueurs ressentent une profonde gêne. Des
années plus tard, le défenseur allemand Hans-Peter Briegel finira
par l’admettre à demi-mot. « L’Autriche savait que si nous
marquions le deuxième but, ils étaient dehors. Après le premier
but, il y a eu un accord tacite sur le terrain, sans se parler.
Nous n’avons plus pris de risques. Je m’en excuse auprès des
Algériens », souffle-t-il.
Ce match, rebaptisé le « Pacte de non-agression de Gijón » ou «
l’Anschluss du football », aura au moins servi à une chose :
pousser la FIFA à modifier ses règlements. Depuis ce jour maudit de
1982, tous les derniers matchs de poule des grandes compétitions
internationales se jouent strictement à la même heure, pour éviter
que le football ne redevienne jamais une vulgaire affaire de
comptables.




