« Je ne reviendrai pas en NBA. » En 2022, Mario Hezonja avait fermé la porte, estimant ne pas avoir reçu « le respect » qu’il méritait aux États-Unis. Quatre ans plus tard, le Croate a changé d’avis. À 31 ans, l’ancien cinquième choix de la Draft s’est engagé pour une saison avec Cleveland, six ans après son dernier match avec Portland.
Après 330 rencontres décevantes entre Orlando, New York et Portland, il ne revient plus avec l’étiquette de grand espoir. Devenu une référence au Real Madrid, il devra accepter un rôle plus ciblé : apporter du tir, de la taille et de la création en sortie de banc. Une transformation indispensable au regard des rares précédents concluants.
PJ Tucker, l’exemple absolu
Le modèle à suivre reste en effet PJ Tucker. Coupé par Toronto après seulement 17 matchs en 2006/07, l’ailier avait passé cinq ans à parcourir l’Europe, au point de ne plus envisager un retour. « Je ne me voyais pas revenir. Je n’avais pas d’intérêt à le faire », racontait-il ainsi.
Convaincu par sa femme et son agent de participer à la Summer League 2012 avec Phoenix, il y avait décroché un contrat, puis une place de titulaire. « J’ai fini par prendre la décision qui a changé ma vie », confiait-il. Il allait jouer 13 saisons supplémentaires, devenir un défenseur recherché et remporter le titre avec Milwaukee en 2021.
PJ Tucker n’était surtout pas revenu comme le même joueur. Scoreur et MVP en Europe, il avait accepté de devenir un spécialiste des tâches ingrates, capable de défendre sur plusieurs postes et de sanctionner depuis les corners.
Anthony Parker a suivi une trajectoire comparable. Après 55 matchs anonymes avec les Sixers et le Magic, il avait passé six ans loin de la NBA, devenant un double MVP de l’Euroleague au Maccabi Tel-Aviv. Revenu à Toronto en 2006, à 31 ans, il s’était immédiatement installé dans le cinq. L’arrière allait encore disputer 439 matchs entre les Raptors et les Cavaliers, avec 12,4 points de moyenne dès son retour, en misant sur son adresse et sa sobriété.
Beaucoup de retours ratés
Moins spectaculaire, Alan Anderson avait lui aussi réussi à retrouver une place dans la Grande Ligue. Parti en 2007 après deux saisons à Charlotte, il avait attendu près de cinq ans et multiplié les expériences en Europe et en Chine avant d’obtenir un contrat de dix jours avec Toronto en mars 2012.
« Il faut faire de son expérience européenne sa propre NBA », expliquait-il au Los Angeles Times. Il avait ensuite tenu cinq saisons dans différentes rotations, pour terminer avec 330 matchs NBA en carrière.
Pour d’autres, le retour n’a été qu’une très courte parenthèse. Sept ans après sa première expérience à Memphis, Andre Emmett n’avait ainsi disputé que six matchs avec les Nets en 2012. Absent de la Grande Ligue depuis 2013, Jeremy Pargo n’avait pour sa part obtenu que trois rencontres sous contrat de dix jours avec Golden State en 2020. Plus récemment, Nigel Hayes-Davis était pourtant revenu à Phoenix avec un tout autre statut, sept ans après ses neuf premiers matchs NBA. Champion d’Euroleague et MVP du Final Four avec Fenerbahçe, l’ailier n’a joué que 27 rencontres avec les Suns, pour 1,3 point en 7 minutes de moyenne. Transféré à Milwaukee à la « trade deadline », il a été immédiatement coupé avant de rejoindre le Panathinaïkos. La preuve que même une domination récente en Europe ne garantit pas de retrouver une place en NBA.
Sergio Rodriguez, James White ou Bobby Brown sont également revenus après de longues absences, sans parvenir à s’installer durablement. Même chose pour Guerschon Yabusele, qui, après une première saison prometteuse aux Sixers, a finalement choisi de rentrer en Europe après sa deuxième année de retour en NBA.
Pour Mario Hezonja, la réussite ne se mesurera donc ni à ses points ni à son ancien statut, mais sans doute à sa capacité à renoncer au rôle central qu’il occupait au Real Madrid. PJ Tucker, Anthony Parker et Alan Anderson ont retrouvé la NBA en devenant plus sobres et plus spécialisés. À Cleveland, le Croate devra suivre le même chemin.




