Après bientôt deux mois de compétition, c’est déjà l’heure du premier grand rendez-vous de cette saison WNBA 2026 : la finale de la Commissioner’s Cup. Et l’affiche avait tout pour faire saliver, entre New York et Las Vegas, deux des équipes les plus fournies de la ligue, qui ont déjà remporté le trophée une fois chacune : en 2022 pour les Aces, en 2023 pour le Liberty, déjà face à Las Vegas.
Ce sont également les deux dernières formations sacrées championnes WNBA, New York ayant décroché le premier titre de son histoire en 2024, avant de voir Las Vegas lui succéder l’an dernier. Le tout avec une cagnotte de 500 000 dollars à se partager entre les joueuses de l’équipe victorieuse.
Sauf que cette finale a changé de dimension avant même l’entre-deux. Touchée à la cheville droite face à Chicago, A’ja Wilson a finalement été déclarée forfait. Un immense coup dur pour les Aces, privées de leur meilleure joueuse, meilleure marqueuse de la ligue et point d’ancrage de tout leur système.
Forcément, l’équilibre du match n’est plus le même. Car si Las Vegas arrive au Barclays Center avec le statut de championne en titre, New York reçoit une équipe privée de sa principale arme offensive et défensive. Pour un Liberty encore en quête de certitudes, l’occasion est belle. À condition de ne pas laisser passer sa chance.
Le Liberty, un colosse aux pieds d’argile
Même si le noyau dur est toujours présent, avec notamment Sabrina Ionescu, Breanna Stewart, Jonquel Jones ou encore Marine Johannès, qui en est à sa cinquième saison au sein de « Big Apple », le Liberty a alterné entre le bon et le moins bon depuis la reprise. Le bilan actuel de la franchise new-yorkaise (12 victoires – 8 défaites) l’illustre bien.
Il s’explique par plusieurs facteurs, au premier rang desquels l’arrivée d’un nouveau coach, Chris DeMarco, qui n’avait encore jamais entraîné en WNBA et qui tente d’insuffler une nouvelle identité à ce groupe. Le sélectionneur de l’équipe nationale des Bahamas prend encore ses marques, et il fait déjà face à ses premiers choix forts, notamment depuis le retour de Sabrina Ionescu.
Car, paradoxalement, la réintégration de la shooteuse n’a pas été si simple à gérer. Blessée à la cheville en présaison puis touchée au dos, ce qui lui a encore coûté trois semaines d’arrêt jusqu’à mi-juin, Sabrina Ionescu peine encore à donner sa pleine mesure. Et c’est toute l’équipe qui en paie le prix, avec quatre défaites enregistrées sur les sept derniers matchs depuis son retour.
Encore loin d’être à 100%, Sabrina Ionescu affiche pour l’instant ses pires statistiques en carrière : 9.5 points, 3.8 rebonds et 3.4 passes décisives en moyenne sur huit matchs, avec surtout une adresse à 3-points tombée à 27% de réussite en 4.6 tentatives.
« Je n’avais jamais manqué autant de temps au cours d’une saison, en dehors de ma saison rookie », a-t-elle rappelé. « C’est clairement une expérience enrichissante pour moi. Je n’ai jamais manqué autant de temps, surtout en début de saison, quand on essaie de trouver son identité en tant qu’équipe et de créer une cohésion avec des joueuses avec lesquelles on n’a jamais joué. Il y a un nouvel entraîneur, un nouveau système. Tout ça est nouveau. »
S’il n’est pas question de s’inquiéter de son rendement sur le long terme, son retour au meilleur niveau pourrait encore prendre du temps. On peut y ajouter le début de saison en mode diesel de Jonquel Jones, l’absence de Leonie Fiebich en début d’exercice, et trois revers sur le fil (98-96 à Portland, 86-83 face à Washington et 98-97 à Los Angeles) qui font que le Liberty n’est pas à la place que son potentiel devrait lui permettre d’occuper.
« Je crois que j’en suis à ma dixième saison. Parfois, quand on s’attend à ce que ça se passe bien, ça se passe mal, et inversement », a glissé Breanna Stewart. « Le message le plus important que je peux continuer à faire passer à l’équipe, c’est de ne pas s’emballer ni de se laisser abattre. Bien sûr, ces défaites comptent. Mais on veut vraiment continuer à donner le meilleur de nous-mêmes. Concentrons-nous sur le présent, c’est tout ce que nous pouvons faire. »
Sans A’ja Wilson, Las Vegas change de visage
À l’inverse, les Aces pouvaient aborder cette finale avec le plein de confiance. La formation coachée par Becky Hammon n’a presque pas bougé, et cette cohésion fait la différence, au-delà du talent intrinsèque de son noyau dur composé de Chelsea Gray, Jackie Young et A’ja Wilson. Mais sans cette dernière, tout devient plus compliqué.
Sur la lancée de sa deuxième partie de saison 2025, A’ja Wilson était encore impressionnante cette saison : meilleure marqueuse de la ligue, loin devant la concurrence (25.7 points), meilleure contreuse (2 contres par match) et quatrième meilleure rebondeuse (9.4 prises), elle sortait d’une nouvelle démonstration face à Chicago, avec 30 points et 15 rebonds.
Son forfait retire donc à Las Vegas sa première option offensive, sa meilleure protectrice de cercle et son principal point de fixation. Face à une raquette new-yorkaise capable d’aligner Breanna Stewart et Jonquel Jones, c’est tout sauf un détail.
La pression se déplace donc sur les épaules de Chelsea Gray et Jackie Young. La première devra contrôler le tempo, créer davantage pour les autres et compenser par son adresse extérieure, elle qui tourne à 42.7% à 3-points en 5.1 tentatives par match. La seconde devra sans doute assumer encore plus de responsabilités balle en main, entre sa capacité de percussion, son agressivité vers le cercle et son rôle de scoreuse principale par séquences.
Autour d’elles, Becky Hammon aura besoin de tout le monde : Jewell Loyd pour apporter du tir et du scoring, NaLyssa Smith pour tenir le poste 4, Stephanie Talbot pour densifier les ailes, ou encore Chennedy Carter, de retour après deux semaines d’absence et capable d’amener du déséquilibre en sortie de banc.
Consciente que cette finale ne résume pas toute une saison, Becky Hammon avait déjà pris soin de relativiser l’importance du résultat, tout en rappelant que New York était venu s’imposer 87-76 à Las Vegas il y a une semaine.
« Ce n’est pas la fin du monde, qu’on gagne ou qu’on perde », avait-elle prévenu. « On les a affrontées la semaine dernière. On devrait bien les connaître. J’ai trouvé qu’on avait très mal tiré lors de ce match. C’était en partie à cause de leur défense, et en partie à cause de nous. Il faut donc qu’on apprenne à se débrouiller dans ce genre de situations. Mais ça donne quand même un avant-goût de ce à quoi ça pourrait ressembler d’ici la fin de la saison. »
La clé du match : le Liberty doit punir l’absence de Wilson
Avec A’ja Wilson sur le parquet, le duel face à Jonquel Jones aurait constitué l’une des grandes clés de cette finale. Sans elle, la question devient différente : le Liberty est-il capable de profiter pleinement de son avantage intérieur ?
Jonquel Jones fait partie des rares intérieures de la ligue capables de peser des deux côtés du terrain face aux meilleures raquettes. Elle l’avait notamment démontré lors de la finale de la Commissioner’s Cup en 2023, terminée avec le trophée de MVP après un double-double à 16 points et 15 rebonds face aux Aces. Son profil de poste 5 robuste près du cercle, mais également capable de s’écarter et d’être adroite de loin, peut poser de sérieux problèmes à Las Vegas en l’absence de sa meilleure protectrice de cercle.
Breanna Stewart, elle aussi, doit voir dans ce forfait une opportunité. New York n’a pas toujours trouvé son rythme depuis le début de saison, mais cette finale lui offre un cadre idéal pour retrouver une hiérarchie claire : imposer sa taille, attaquer la peinture, forcer les aides, puis ouvrir les tirs extérieurs pour Sabrina Ionescu, Marine Johannès, Leonie Fiebich ou Pauline Astier.
Le danger, pour le Liberty, serait de se reposer uniquement sur l’absence d’A’ja Wilson. Las Vegas reste une équipe expérimentée, championne en titre, dirigée par Chelsea Gray et Jackie Young, deux joueuses capables de transformer une finale sur quelques possessions. Les Aces ont perdu leur meilleure joueuse, pas leur culture de la gagne.
Qui sera le facteur X de la finale ?
Au-delà du rendement des cadres, plusieurs joueuses peuvent faire basculer cette finale. Côté Las Vegas, Jewell Loyd a le profil évident. Capable de prendre feu de loin et de produire beaucoup en peu de temps, elle devient encore plus importante sans A’ja Wilson. Si les Aces veulent compenser les points perdus dans la raquette, elles auront besoin d’une adresse extérieure supérieure à la normale.
Chennedy Carter peut aussi changer le rythme du match. Son agressivité balle en main offre une alternative aux créations de Chelsea Gray et Jackie Young, surtout si New York verrouille les premières options de Las Vegas.
Côté Liberty, les deux Françaises Pauline Astier et Marine Johannès ont également le profil parfait pour incarner cette joueuse capable de changer le cours d’un match. Pauline Astier a montré depuis le début de saison qu’elle n’avait pas froid aux yeux pour sa grande première en WNBA. Elle l’a encore prouvé le 21 juin à Los Angeles, où elle aurait pu être la grande héroïne de la fin de match sans le 3-points au buzzer de Nneka Ogwumike.
On se souvient aussi du rôle joué par Marine Johannès lors de la finale de la Commissioner’s Cup 2023, lorsqu’elle avait planté 17 points en 14 minutes, à 5/7 à 3-points, soit le parfait facteur X de ce match.
L’arrière française sera-t-elle en mesure de rééditer une pareille performance trois ans plus tard ? New York n’a en tout cas plus vraiment d’excuse. Face à une équipe de Las Vegas privée d’A’ja Wilson, le Liberty a l’occasion de gagner un trophée, de se rassurer et de rappeler qu’il reste l’un des grands favoris de la saison.
Réponse ce soir, à partir de 01h00 du matin, en direct sur Prime Video.




