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Bob McAdoo, le premier des pivots modernes

NISPORT STAFF Par NISPORT STAFF
25 septembre 2026
dans Basketball
Temps de Lecture :10 min de lectures
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Bob McAdoo, le premier des pivots modernes
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Si aujourd’hui, la plupart des intérieurs sont capables de s’écarter du cercle pour shooter, rares étaient les grands disposant d’une palette offensive aussi fournie dans les années 70. Bien avant Dirk Nowitzki, Karl-Anthony Towns ou encore Victor Wembanyama, un « big man » avait déjà tout compris : Bob McAdoo.

À l’époque déjà, son talent était reconnu. En 1976, Sports Illustrated lui consacrait sa une et se montrait dithyrambique. « Le plus rapide des intérieurs, le meilleur shooteur et la plus incroyable machine à scorer à l’extérieur que le basket ait jamais connue », écrivait le journaliste Curry Kilpatrick pour décrire le pivot.

Une formule aussi élogieuse soit-elle ne suffit pourtant pas à résumer une carrière qui a dépassé les frontières de la NBA et valu à Bob McAdoo une intronisation au Hall of Fame. Également membre du Top 75 de l’histoire de la NBA, le natif de Greensboro, en Caroline du Nord, fête ses 75 ans ce vendredi.

Basket, saxophone et saut en hauteur

Très tôt, Robert « Bob » McAdoo est initié par son père à la balle orange. Alors que les autres enfants américains rêvent devant Cendrillon ou Peter Pan, le futur intérieur est biberonné aux exploits d’Al Attles. L’un des premiers joueurs afro-américains de l’histoire de la Grande Ligue est passé par North Carolina A&T, où Robert McAdoo Sr. officiait comme concierge.

Ce dernier emmène également son fils voir jouer un certain Earl Monroe, meneur de Winston-Salem State en NCAA. Il n’en faut pas beaucoup plus au jeune Bob pour prendre goût au basket. « J’allais voir jouer Earl Monroe quand il était à l’université », témoigne le futur Hall of Famer. « Il tournait à 40 points par match, et c’était fantastique de le voir virevolter et marquer tous ces paniers. Je me suis dit : “J’aimerais devenir basketteur.” »

Une inspiration qui influence son style de jeu avant-gardiste, qu’il adopte dès le lycée. Si la plupart des pivots de cette époque dominent sous les cercles par leur taille et leur puissance, lui se distingue déjà par sa finesse et sa justesse. Notamment saxophone en main, puisqu’il est membre de la fanfare de la Smith High School et d’un groupe local de Rhythm & Blues.

Mais il n’oublie pas pour autant de travailler ses qualités athlétiques. Du haut de ses 2,06 m, il excelle notamment au saut en hauteur. Une discipline dans laquelle il est sacré champion de Caroline du Nord en franchissant une barre placée à 2,02 mètres. Dans ce même concours figurait également Bobby Jones, lui aussi futur personnage marquant de la NBA des années 70.

Un athlète donc, mais pas le plus assidu des élèves, ce qui lui joue des tours au moment de choisir son université. North Carolina lui ferme d’abord ses portes en raison de ses résultats académiques. Après deux ans au Vincennes Junior College, il rejoint finalement UNC en 1971 et n’y reste qu’une saison. Cela suffit pour se faire repérer. Malgré l’élimination en demi-finale du tournoi universitaire et des rumeurs autour d’un accord avec l’ABA, McAdoo est sélectionné en deuxième position de la Draft 1972 par les Buffalo Braves.

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Quand il arrive, la franchise n’a que deux saisons d’existence et pas encore de véritable visage. Sa saison rookie est pourtant contrastée. À une époque où les équipes s’articulent autour de géants au poste de pivot, son coach Jack Ramsay le repositionne ailier-fort, dans un rôle plus traditionnel : prendre des rebonds et scorer près du cercle. Cela ne l’empêche pas de remporter largement le trophée de Rookie de l’Année.

Un ouragan débarque en NBA

Entre un registre qui ne lui plaît pas et une équipe clouée à 21 victoires, Bob McAdoo se frustre. À force de réclamer, le jeune intérieur obtient gain de cause lorsque Jack Ramsay accepte enfin de l’installer au poste de pivot pour terminer une saison qui n’a déjà plus grand intérêt sportif pour les Braves.

Résultat ? Sur les trois matches qu’il dispute à son poste de prédilection, Bob McAdoo crève l’écran avec 41 points et 19 rebonds de moyenne. Suffisant pour convaincre définitivement les dirigeants des Braves, qui se séparent de leur pivot Elmore Smith à l’intersaison pour libérer de l’espace à leur nouveau prodige.

Avec davantage de libertés, Bob McAdoo s’impose rapidement comme un joueur quasiment indéfendable. Face aux intérieurs traditionnels comme Wilt Chamberlain ou Nate Thurmond, son gabarit de 2,06 m pour 96 kilos lui permet de prendre son vis-à-vis de vitesse, tandis que son shoot à cinq mètres devient une arme redoutable.

« J’aime jouer contre les grands », explique-t-il. « Ils me laissent toujours m’écarter pour tirer. Ils ne s’attendent tout simplement pas à ce que je tire autant, et aussi bien, de loin. Bien sûr, ils commencent à le comprendre, mais ils pénalisent leur équipe lorsqu’ils viennent me défendre à l’extérieur car ils ne sont plus au rebond. »

Dès sa deuxième saison, il devient la première option offensive de Buffalo. Et les défenses n’arrivent pas à cerner ce joueur capable de dominer au rebond tout en sanctionnant loin du cercle. Il tourne ainsi à 30,6 points et 15,1 rebonds à 54,7% au tir en 43 minutes, terminant à la fois meilleur scoreur et joueur le plus adroit de toute la NBA.

« Je ne crois pas avoir déjà vu meilleur tir, la manière dont il déclenche est incroyable », admire Don Nelson. « Ce type ne rate jamais », résume de son côté l’entraîneur des Celtics Tom Heinsohn.

Depuis sa saison 1973-74, aucun joueur n’a d’ailleurs de nouveau dépassé les 30 points et 15 rebonds de moyenne sur un exercice.

Dans son sillage, les Braves progressent et Bob McAdoo passe tout près du trophée de MVP. Récompense qu’il décroche finalement l’année suivante en portant sa moyenne à 34,5 points. À 23 ans et 189 jours, il reste encore aujourd’hui l’un des plus jeunes MVP de l’histoire.

« Le basket, c’est facile pour lui, c’est le joueur le plus talentueux à avoir rejoint la ligue depuis très longtemps », clamait alors Bill Bridges. « Peut-être qu’Oscar Robertson et Jerry West avaient eux aussi donné l’impression que c’était aussi simple, mais c’est tout. Il marque 30 points face à Jabbar, Thurmond, Cowens. Et il n’a même pas encore atteint son meilleur niveau. »

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Mais malgré la domination individuelle de leur intérieur, les Braves plafonnent. Trop esseulé avec Randy Smith comme principale arme à ses côtés, Bob McAdoo donne du fil à retordre aux Celtics sans jamais dépasser les demi-finales de conférence. Les frustrations s’accumulent et les tensions gagnent le vestiaire.

Le pivot souffre notamment du dos, une douleur que les médecins de la franchise ne parviennent pas à identifier. Suspendu un match, il perd surtout confiance dans son équipe.

De MVP à paria

À l’été 1976, Buffalo aurait pourtant pu relancer la machine en ajoutant les jeunes Adrian Dantley et Moses Malone. Mais le second est envoyé ailleurs après seulement deux rencontres afin de laisser davantage de responsabilités au premier, futur Rookie de l’Année.

Le divorce avec Bob McAdoo devient inévitable. En décembre, quelques heures après avoir inscrit 42 points et capté 29 rebonds face à Indiana, le triple All-Star est transféré aux New York Knicks.

Il y retrouve Walt Frazier, Spencer Haywood et surtout Earl Monroe, son idole de jeunesse. Mais après avoir été au centre de tout à Buffalo, il doit apprendre à partager le ballon. « C’était parfois difficile de récupérer le ballon avec Walt et Earl, mais j’ai quand même réussi à scorer et faire de belles choses aux Knicks », se souvient-il.

Malgré une adaptation parfois laborieuse, Bob McAdoo continue de tourner à plus de 26 points par match lors de ses deux premières saisons à New York. Mais l’équipe ne dépasse toujours pas le deuxième tour et l’instabilité s’installe.

En février 1979, son départ est à l’image du désordre ambiant : ce n’est pas un dirigeant des Knicks qui lui apprend son transfert, mais son jeune coéquipier Michael Ray Richardson. Direction Boston, où son arrivée n’avait même pas été validée par le coach Dave Cowens et le GM Red Auerbach.

Le passage tourne court. « Je ne voulais pas aller à Boston, j’y étais détesté et je détestais moi-même cette ville. À l’époque, tous les joueurs noirs considéraient Boston comme un cimetière », expliquera-t-il.

Après quelques mois, il est envoyé à Detroit. Entre blessures au pied et reconstruction des Pistons, il ne dispute que 64 matches en deux saisons. « Ce furent deux années perdues, je n’ai pu en tirer qu’un chèque », résumera-t-il.

Une courte pige aux Nets suit, et au début des années 80, celui qui était encore MVP quelques saisons auparavant semble doucement disparaître du paysage NBA.

Se revisiter pour gagner

Mais les Los Angeles Lakers, confrontés à l’absence de leur pivot remplaçant Mitch Kupchak, lui offrent une dernière chance le 24 décembre 1981.

Dans la Cité des Anges, Bob McAdoo sait que son statut a changé. « J’ai obtenu toutes les récompenses individuelles qu’un joueur NBA peut désirer. Maintenant, je veux être la bonne pièce du puzzle, celle qui fera fonctionner l’ensemble », explique-t-il.

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Exactement ce qu’attendent les Lakers.

Après quelques semaines d’adaptation au collectif de Pat Riley, il trouve sa place comme scoreur de luxe en sortie de banc. « Je n’avais jamais fait partie d’une équipe aussi talentueuse », se réjouit-il. « On a très faim. Ils ont à cœur de se rattraper après avoir été surpris par Houston au premier tour la saison dernière, et moi, je regardais les matches à la télé, donc j’ai tout aussi faim qu’eux. »

Il n’est plus la superstar autour de laquelle tout tourne, mais son talent offensif reste intact.

« C’est notre arme secrète. Chaque fois qu’on a besoin de points, on disait : ‘Doo, va nous en chercher quelques-uns’, et il les met immédiatement », raconte Magic Johnson.

Les Lakers atteignent les Finals sans perdre le moindre match. Face aux Sixers, Bob McAdoo compile 16,3 points et 5 rebonds à 56,9% au tir en moins de 28 minutes. Dans le match du titre, il ajoute encore 16 points, 9 rebonds et 3 contres. Quelques mois après avoir frôlé l’oubli, il devient champion NBA.

Il s’épanouit dans ce rôle de sixième homme, au point de devenir une référence. « Pour nous, Mac est un titulaire », assure Pat Riley. « Dans notre cheminement de pensée, c’est comme si on avait neuf titulaires. Bob a un rôle bien spécifique, ça fait partie du plan de jeu. »

Avec lui, les Lakers disputent quatre finales NBA consécutives. En 1985, à 33 ans, Bob McAdoo goûte une nouvelle fois au titre, cette fois contre les Celtics. Dans le Game 3, alors que la série est à égalité, il inscrit 19 points et capte 6 rebonds pour aider Los Angeles à faire basculer ces Finals finalement remportées 4-2.

Double champion NBA et non conservé par les Lakers, il pense une nouvelle fois que sa carrière touche à sa fin. Mais après quelques mois aux Sixers, il choisit encore une voie inattendue : l’Europe.

À Milan, il retrouve le rôle de première option offensive qui lui manquait. « Mes années en Italie ont compté parmi les plus agréables de toute ma vie de basketteur, j’étais de nouveau l’une des plus grandes vedettes », raconte-t-il.

Il y remporte deux fois l’Euroleague et est élu MVP du Final Four en 1988. Passé ensuite par deux autres clubs italiens, il raccroche définitivement en 1992, à 41 ans, après plus de 200 matches dans le championnat italien.

En 2008, l’Euroleague le nomme parmi ses 50 contributeurs les plus importants. Une reconnaissance qui rappelle que son impact aura largement dépassé les frontières américaines.

Après sa carrière de joueur, Bob McAdoo retrouve encore Pat Riley, qui l’embauche comme assistant à Miami. Un poste qu’il occupera pendant 19 ans, ajoutant trois nouveaux titres NBA à son palmarès en 2006, 2012 et 2013.

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