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Penny Hardaway, le fils caché de Magic Johnson et Michael Jordan

NISPORT STAFF Par NISPORT STAFF
18 juillet 2026
dans Basketball
Temps de Lecture :19 min de lectures
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Penny Hardaway, le fils caché de Magic Johnson et Michael Jordan
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Il était le nouveau Magic Johnson pour les uns. Le nouveau Michael Jordan pour les autres. Au milieu des années 1990, Anfernee Hardaway, qui fête ses 55 ans ce 18 juillet, fait rêver tous les jeunes Américains.

Son duo avec Shaquille O’Neal doit placer la NBA sous le joug du Magic d’Orlando. Penny semble même être le seul à pouvoir regarder « MJ » dans les yeux. Son règne est annoncé. Il prendra pourtant fin avant même d’avoir commencé, entre le départ du Shaq chez les Lakers en 1996 et les blessures qui vont progressivement lui retirer son explosivité.

Trente ans plus tard, Penny Hardaway est toujours à Memphis. Reconduit à la tête de son ancienne université malgré une saison 2025-2026 conclue avec 13 victoires et 19 défaites, il s’apprête à entamer sa neuvième campagne sur le banc des Tigers. Une nouvelle vie pour celui qui fut, l’espace de quelques saisons, le visage du futur de la NBA.

Un pistolet sur la tempe deux ans avant la Draft

Printemps 1991. Anfernee Deon Hardaway et son cousin rendent visite à un parent. Ils sont à proximité de la maison quand une voiture bleue s’arrête à leur niveau. Juste le temps de se dire qu’il s’agit du même véhicule qu’ils ont déjà croisé trois fois sur leur chemin que les quatre occupants de l’Oldsmobile sont sur eux.

La joue écrasée contre le trottoir humide, Anfernee sent la froideur d’un revolver sur sa nuque. Une minute plus tard, privé de ses baskets, de sa bague et de sa chaîne en or, le jeune homme n’en revient pas : il est toujours vivant.

La voiture des braqueurs s’éloigne pendant que l’un d’entre eux tire trois coups de feu. La dernière balle ricoche sur le sol et vient se loger dans la cheville d’Anfernee.

« Depuis cette nuit-là, j’ai arrêté de penser à l’avenir pour me contenter du présent. Tout peut s’arrêter si vite… »

Après avoir passé sa première saison universitaire sur le banc en raison de résultats scolaires insuffisants, dans le cadre de la « Proposition 48 » de la NCAA, la petite merveille de Memphis voit une nouvelle fois sa carrière mise entre parenthèses. Heureusement, la balle n’a pas causé de dégâts irrémédiables.

Quatre mois plus tard, Anfernee peut mener le jeu de Memphis State University, devenue depuis l’université de Memphis. L’Amérique et la NCAA vont bientôt entendre parler de Penny et de ses Tigers.

Né dans la ville d’Elvis Presley le 18 juillet 1971, Anfernee est élevé par sa grand-mère, Louise. Son père n’a fait que « passer ». Sa mère, quant à elle, a dû quitter Memphis pour rejoindre son futur mari. L’enfant était si mignon que « Gran’ma » le surnomma « Pretty ». Déformé par l’accent du Sud, le surnom devint « Penny », soit une pièce d’un centime.

Louise, consciente des dangers du quartier, se donne une priorité : préserver son petit-fils.

« Il était hors de question que je sèche les cours. Je devais être rentré tous les soirs à 19 heures. Aujourd’hui, je comprends pourquoi. »

Les enfants qu’il voyait traîner dans la rue tard dans la nuit ont déjà, pour certains, leur vie derrière eux. Le seul message de Louise qui ne passe qu’à moitié concerne l’importance de l’école.

« Je ne pensais qu’à une chose en me rendant à l’école tous les jours : le basket. J’y jouais à la moindre occasion, sans penser au fait que mes mauvaises notes pouvaient freiner ma carrière. »

Comme beaucoup de jeunes sportifs américains, Penny rêve d’abord de devenir joueur de football américain. Mais « Gran’ma » dit non. Elle redoute les blessures liées à un sport aussi violent. Pour le basket, en revanche, aucun interdit.

Sa notoriété s’étend très vite au-delà de son quartier de Binghampton. Repéré par George Lapides, journaliste sportif réputé à Memphis, lors d’un tournoi de lycéens, Penny devient une gloire locale. Lapides s’était déplacé pour observer Elliott Perry, un senior de Treadwell High School qui jouera en NBA entre 1991 et 2002. Mais c’est Hardaway qui lui tape dans l’œil.

« Il ne voulait pas faire d’ombre aux autres »

« Nous étions là pour Perry. Et, tout à coup, nous avons aperçu ce gamin avec une tête de joueur de poker… Penny était beaucoup plus jeune que les autres, mais il possédait un sens inné du placement. Il était toujours au bon endroit au bon moment. Physiquement, il ressemblait à n’importe quel garçon un peu maigrichon, mais on voyait qu’il avait du talent. Le plus étrange, c’est qu’il avait toujours tendance à vouloir masquer ses aptitudes, comme s’il était gêné et ne voulait pas faire d’ombre aux autres. Il était clairement meilleur que n’importe qui sur le parquet, à l’exception d’Elliott. »

Le nom d’Anfernee dépasse bientôt les frontières du Tennessee. Pour sa dernière saison au lycée, il est élu meilleur lycéen du pays par « Parade Magazine ». Ses statistiques donnent le vertige : 36,6 points, 10,1 rebonds, 6,2 passes, 3,9 interceptions et 2,8 contres par match.

Problème : ses notes lui interdisent de fouler immédiatement les parquets de NCAA. Seule Memphis State, l’université la plus proche puisqu’il a grandi à une dizaine de minutes du campus, prend la responsabilité très controversée de lui offrir une bourse. Privé de compétition, Hardaway met un point d’honneur à redresser ses résultats. Il obtient même les meilleures notes de l’équipe.

« Miraculé » après sa frayeur du printemps 1991, Penny conduit les Tigers jusqu’à l’Elite Eight dès sa première saison sur les terrains. Memphis s’incline lourdement contre Cincinnati (88-57), à une victoire du Final Four.

« Anfernee est devenu notre go-to-guy le jour même où il a mis les pieds sur le campus », raconte Tony Madlock, alors senior chez les Tigers. « Nous savions dès le départ qu’il avait quelque chose de spécial. Un arrière de 2,01 mètres capable de passer, de marquer et de défendre… C’est l’un des joueurs les plus élégants que j’aie vus à l’œuvre. »

« Vous ne voyez qu’un seul Penny Hardaway toutes les quelques années, même dans les plus grandes universités », poursuit George Lapides. « Les supporters venaient à la Pyramid à chaque match en espérant découvrir quelque chose qu’ils n’avaient jamais vu auparavant. Souvent, c’était le cas. »

Les 17,4 points, 7 rebonds et 5,5 passes de moyenne de Penny, ajoutés à son gabarit – les meneurs de 2,01 mètres pour 92 kilos ne courent alors pas les rues –, ne laissent pas indifférent le comité de sélection de la « Dream Team ».

Il est retenu avec quelques-unes des meilleures vedettes universitaires pour servir de partenaire d’entraînement aux stars appelées à représenter les États-Unis aux Jeux olympiques de Barcelone en 1992. À ses côtés figurent notamment Chris Webber, Jamal Mashburn, Rodney Rogers, Grant Hill, Allan Houston et Eric Montross.

En plus de ses contres sur Clyde Drexler et Karl Malone, de ses interceptions face à Charles Barkley et Scottie Pippen ou de ses 15 points en 12 minutes avec Michael Jordan sur le dos, Anfernee rencontre un certain Magic Johnson.

« Quand je l’ai surnommé “le roi des triple-doubles”, il a souri et m’a dit : “Tu peux en faire autant. Fais-en ton objectif à chaque match et concentre-toi là-dessus.” Depuis, je ne pense qu’à cela. »

De retour sur Terre, Penny envisage d’aller chercher le titre NCAA. Mais la grave blessure au genou de l’ailier David Vaughn, avec lequel il formait un magnifique duo, empêche les Tigers d’aller au bout.

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Ses statistiques durant la saison 1992-1993 – 22,8 points, 8,5 rebonds, 6,4 passes, 2,4 interceptions et 1,2 contre – en font l’un des prospects les plus convoités de la prochaine Draft. À son crédit également, deux triple-doubles, une ligne statistique encore rare à l’époque dans le basket universitaire.

En tournant dans le film « Blue Chips » avant la Draft 1993, Penny fait la connaissance de Shaquille O’Neal, premier choix de la cuvée 1992 sous les couleurs d’Orlando. Entre les prises, les deux hommes tuent le temps en jouant ensemble.

« J’ai très vite vu qu’il était spécial. J’ai appelé plusieurs dirigeants du Magic pour leur conseiller de prendre Penny », se remémorera le Shaq.

Le soir de la Draft, il est hué par 10 000 fans

Hardaway renonce à effectuer sa dernière année universitaire pour se présenter à la Draft en juin 1993. Un an plus tard, Memphis retirera son maillot numéro 25. Plusieurs médias spécialisés le considèrent encore comme l’un des meilleurs joueurs de l’histoire de l’université.

« Autant je déteste voir des basketteurs quitter l’université trop tôt, autant je devais me rendre à l’évidence : Hardaway était prêt pour la NBA à cet instant précis », explique George Lapides.

Détenteur du premier choix de la Draft 1993, Orlando sélectionne Chris Webber avant de l’échanger contre Anfernee Hardaway, choisi en troisième position par les Golden State Warriors. Les 10 000 spectateurs réunis à l’Orlando Arena pour suivre la Draft sur écran géant accueillent l’échange par des huées.

« Je savais que je pouvais conquérir les supporters avec mon jeu », confiera le rookie non désiré. « Memphis State n’était pas une équipe qui passait souvent à la télévision, comme Michigan ou Kentucky. Même si j’avais été élu dans la First Team All-American, ils ne savaient pas vraiment qui j’étais et ils ne faisaient pas confiance au jugement du Magic. »

Penny règle très vite ses comptes avec le public local. Quelques bonnes prestations, notamment à l’extérieur, confirment son potentiel. Pour son dixième match de saison régulière, face à Golden State et Chris Webber, le numéro 1 du Magic met tout le monde d’accord avec 23 points, 8 rebonds, 5 passes et 2 contres.

À 22 ans, Anfernee rejoint le Shaq dans le cœur des supporters d’Orlando. Le staff a la bonne idée de le faire débuter au poste d’arrière afin de lui éviter la pression qui pèse sur les épaules d’un rookie immédiatement bombardé meneur titulaire. À ce poste, son adresse, sa vitesse, sa vivacité, sa densité physique et sa détente explosive lui donnent de faux airs de Michael Jordan.

Mais Penny prend progressivement les commandes. Il dribble comme on joue avec un yoyo et passe comme un magicien. C’est un authentique joueur complet, capable de dépasser les 20 points et les 5 passes de moyenne tout en shootant à plus de 50 % entre 1994 et 1996.

Au début des années 1990, un basketteur présentant un tel profil est extrêmement rare. Manieur de balle hors pair, doté d’une vision du jeu exceptionnelle et d’un QI basket largement supérieur à la moyenne, il n’a pas peur de prendre les tirs décisifs ni de trouver un coéquipier démarqué. Avec sa taille, sa vélocité et sa polyvalence, Hardaway met les arrières adverses au supplice. Il est également un intercepteur redoutable.

Il rappelle tantôt Michael Jordan par la précision de ses frappes, tantôt Magic Johnson par son gabarit et sa dextérité balle en main. Surdoué de la balle orange et prototype de l’arrière moderne, le jeune prodige du Magic deviendra une source d’inspiration pour toute une génération de basketteurs, parmi lesquels Tracy McGrady, qui reprendra son numéro à Orlando, Gilbert Arenas ou LeBron James.

Une marionnette synonyme de gloire

En matière de médiatisation et de marketing, le Penny du milieu des années 1990 n’a rien à envier aux plus grandes icônes qui lui succéderont. Il ne possède pas encore les titres, mais sa popularité est immense.

Anfernee est l’idole des adolescents. On s’arrache les Air Penny. La campagne « Lil’ Penny » fait un carton grâce à une marionnette représentant son alter ego, doublée par l’humoriste Chris Rock. Tous les enfants américains de cette génération garderont ces publicités en tête. Les marionnettes à l’effigie de LeBron James et Kobe Bryant, utilisées bien plus tard, n’étaient donc pas une idée entièrement nouvelle.

De cette période dorée pour Orlando, Dwight Howard nous avait confié ne garder en mémoire que les publicités consacrées à la vedette du backcourt floridien.

Avec les superstars, les bonnes idées publicitaires ne manquent généralement pas. Pour Penny, golfeur à ses heures perdues, ce sera notamment le logo « 1 Cent », décliné par Nike sur plusieurs modèles emblématiques.

La firme au swoosh se frotte les mains : l’après-Jordan semble assuré. La NBA également. En 1995, le Magic accède aux Finales après avoir éliminé les Bulls d’un Michael Jordan tout juste revenu de sa parenthèse dans le baseball. La Ligue découvre qu’il peut y avoir une vie après « MJ ».

En s’appuyant sur le duo Hardaway-O’Neal, Orlando veut croire qu’il pourra régner durablement. Si c’est le cas, Anfernee ne risquera plus de se retrouver face contre terre.

Durant l’été 1996, il a le monde à ses pieds. Le balayage subi contre Houston au printemps 1995 en Finales ? Le prix à payer pour apprendre. Le 4-0 infligé par Chicago en finale de Conférence Est en 1996 ? La prime à l’expérience et à l’excellence.

Michael Jordan est au sommet, mais il ne sera pas éternel. Penny fête ses 25 ans le 18 juillet. Il compte déjà deux sélections au All-Star Game et deux apparitions dans la All-NBA First Team. Avec la « Dream Team III », il décroche également l’or olympique à Atlanta.

L’avenir lui appartient. Forcément.

Sauf que Shaquille O’Neal claque la porte. La carrière du numéro 1 bascule à jamais à cet instant précis, tout comme la destinée d’une franchise où le fantôme du « Diesel » rôdera encore longtemps.

Retour en 1993. Penny Hardaway commence sa saison de rookie au poste 2 avant de récupérer la mène, précédemment confiée à Scott Skiles. MVP du premier Rookie Game de l’histoire, disputé à Minneapolis en 1994, il aide le Magic à dépasser pour la première fois la barre des 50 victoires en saison régulière.

Avec 57 succès, Orlando se qualifie pour les playoffs, une autre première pour une jeune franchise qui souffle alors ses cinq bougies. Le Magic ne fait pas le poids face à Indiana, vainqueur 3-0 au premier tour, mais Penny, auteur de 16,6 points, 5,4 rebonds et 6,6 passes de moyenne, intègre le meilleur cinq des rookies.

Peut-être vexé par l’attribution du trophée de Rookie de l’année à Chris Webber, Hardaway muscle son jeu et évolue dès la saison suivante dans une autre dimension : 20,9 points, 4,4 rebonds, 7,2 passes et 1,7 interception par match.

Lors de cette saison 1994-1995, il est le seul joueur de la Ligue à inscrire plus de 20 points et distribuer plus de 5 passes tout en shootant à plus de 50 %. Titulaire au All-Star Game, sélectionné dans la All-NBA First Team et membre de la meilleure équipe de la Conférence Est, il fait l’unanimité après seulement deux saisons.

Adoré par les supporters, adoubé par les spécialistes, il est peut-être arrivé trop haut, trop vite. Hardaway est encore un jeune homme impatient. On lui a promis la Lune. Croit-il son heure déjà venue ?

Au lendemain du 4-2 infligé aux Bulls en demi-finales de Conférence, peu doutent de l’avènement imminent du duo le plus excitant de la Ligue. O’Neal et Hardaway retrouvent les Rockets, champions en titre, en Finales NBA. Orlando est alors la deuxième équipe la plus jeune de l’histoire à atteindre ce stade.

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Penny et Shaq, c’est l’association de la grâce et de la force brute. Penny frappe à distance, O’Neal démolit et déblaye la raquette.

Mais une Finale NBA peut basculer sur un exploit venu de nulle part comme sur un détail en apparence anodin. Le détail en question, ce sont les quatre lancers francs manqués par Nick Anderson dans les dernières secondes du premier match. Cet effondrement précipite la défaite d’Orlando et hantera longtemps l’arrière du Magic. Houston remporte finalement la série en quatre manches.

À titre personnel, Penny n’a pas grand-chose à se reprocher : 25,5 points, 8 passes et 4 rebonds de moyenne. Mais quelque chose commence déjà à se fissurer en Floride.

Shaq étant blessé au début de la saison 1995-1996, Hardaway doit prendre davantage de responsabilités au scoring. Il livre une nouvelle année pleine avec 21,7 points, 4,3 rebonds et 7,1 passes de moyenne, et termine troisième du vote pour le trophée de MVP derrière Michael Jordan et David Robinson.

Pour la deuxième année consécutive, Penny dépasse les 20 points et les 5 passes tout en shootant à plus de 50 %. Orlando aborde les playoffs avec le troisième meilleur bilan de la Ligue derrière Chicago et Seattle, grâce à 60 victoires.

Mais la vérité éclate en finale de Conférence Est : une classe d’écart sépare le Magic des Bulls, auteurs avec 72 victoires du meilleur bilan de l’histoire de la saison régulière à l’époque. Chicago pulvérise Orlando en quatre manches.

Penny-Shaq, divorce consommé

La paire Penny-Shaq participe encore aux Jeux olympiques d’Atlanta et remporte la médaille d’or, mais le divorce est consommé.

Agent libre, O’Neal menace de partir. Les raisons invoquées se multiplient. Orlando ne propose pas assez d’argent. Penny prendrait trop de place. Le cinéma et la musique offriraient d’autres perspectives au pivot.

La nouvelle tombe finalement pendant les Jeux : le « Diesel » file à l’Ouest après avoir reçu des Lakers le plus gros contrat jamais proposé à un basketteur NBA à l’époque, soit 121 millions de dollars sur sept ans.

Le divorce est prononcé avec fracas. Les explications du nouveau Laker demeurent confuses. La question de l’ego occupe forcément une place importante. Shaq a-t-il mal vécu le partage de sa gloire naissante avec un jeune joueur aussi talentueux et populaire ? Il rejette surtout la responsabilité de son départ sur la direction, coupable à ses yeux d’avoir trop longtemps hésité à le payer à sa valeur, et sur le staff, accusé d’avoir progressivement confié les clés de l’équipe à Penny.

Ce scénario se reproduira en partie lors du départ de Shaq de Los Angeles en 2004. Jerry Buss sera accusé de compter son argent et Kobe Bryant de monopoliser le ballon. Avec le recul, la répétition des événements entretient le doute.

O’Neal n’était peut-être pas seulement le pivot exceptionnel bêtement laissé libre qu’il décrira. Peut-être avait-il aussi estimé, en son âme et conscience, que son association avec Hardaway était arrivée au bout de son histoire.

La suite lui donnera raison sur un point : Shaq remportera quatre titres NBA. Penny, lui, n’en gagnera aucun.

Au début de l’année 2005, alors qu’il a déjà côtoyé Hardaway, Kobe Bryant et Dwyane Wade, O’Neal utilise la trilogie du « Parrain » pour comparer ses trois associations avec des arrières d’exception.

« Je crois que la réponse se trouve dans la trilogie du “Parrain”. L’un est comme Sonny. Il veut conserver le contrôle à tout prix et serait prêt à vendre son âme. L’un est comme Fredo. Vous ne pouvez pas vraiment lui transmettre le pouvoir parce qu’il n’est pas aussi intelligent qu’il le croit. Le dernier est Michael Corleone. C’est un gars humble et vraiment mature. C’est à celui-là que vous transmettriez le pouvoir. »

Michael Corleone désignait Dwyane Wade. Pour les deux autres rôles, les interprétations varieront entre Kobe Bryant et Penny Hardaway. Une comparaison aussi drôle que cruelle.

Penny et Shaq étaient deux « rising stars », deux étoiles montantes auxquelles rien ne semblait pouvoir résister. L’année 1996 restera à jamais une date noire pour Orlando. O’Neal part chez les Lakers, avec lesquels il sera champion quatre ans plus tard. Hardaway, lui, vient peut-être de manquer son rendez-vous avec l’histoire.

Au début de la saison 1996-1997, Penny se retrouve seul maître à bord. L’effectif est limité, avec Rony Seikaly, Dennis Scott, Nick Anderson ou Gerald Wilkins.

C’est une expérience éprouvante connue par beaucoup d’autres superstars. Tracy McGrady y aura droit à Orlando, Kobe Bryant à Los Angeles et LeBron James à Cleveland. Tous comprendront que la présence d’un intérieur dominant comme Shaquille O’Neal simplifiait considérablement les choses.

Sans son pivot commence la longue complainte du scoreur solitaire. Hardaway manque 23 rencontres sur blessure, mais il débute tout de même le All-Star Game pour la troisième fois. En cours de saison, il obtient le départ de Brian Hill, épisode à l’origine de sa réputation de « coach killer » et de joueur gâté.

Avec 20,5 points, 4,5 rebonds et 5,6 passes de moyenne, Penny conduit Orlando à 45 victoires et intègre la All-NBA Third Team.

Au premier tour des playoffs, il signe un immense morceau de bravoure. Alors que Miami mène 2-0, Hardaway inscrit successivement 42 et 41 points pour ramener le Magic dans la série. Il ajoute 33 unités lors du cinquième match, mais l’équipe de Pat Riley finit par s’imposer.

Sur l’ensemble de la série, Hardaway tourne à 31 points, 6 rebonds et 3,4 passes de moyenne.

Le « Backcourt 2000 » fait pschitt

Une grave blessure au genou gauche nécessite une intervention chirurgicale et limite sa saison 1997-1998 à 19 rencontres.

Preuve de sa popularité intacte, l’arrière du Magic est désigné titulaire du All-Star Game pour la quatrième année consécutive. On lui reproche toutefois d’avoir précipité son retour. Une semaine après le week-end des étoiles, il doit mettre un terme à sa saison.

Ce genou gauche sera opéré à plusieurs autres reprises durant le reste de sa carrière. Peu à peu, le bistouri aura raison de son explosivité, de sa vitesse et de sa détente.

Au sortir du lock-out de 1998, le Magic affiche le meilleur bilan de la saison régulière dans la Conférence Est, à égalité avec Miami et Indiana, mais se fait surprendre par Philadelphie au premier tour des playoffs.

Penny vient de porter pour la dernière fois le maillot d’Orlando. Durant l’été 1999, il est envoyé à Phoenix contre Danny Manning, Pat Garrity et deux premiers tours de Draft.

Dans l’Arizona, les esprits s’échauffent. Pour beaucoup, le duo formé par Jason Kidd et Penny Hardaway constitue le backcourt de l’an 2000. Ce « Backcourt 2000 » doit révolutionner la NBA.

Dans un premier temps, les deux hommes doivent se contenter de 45 rencontres ensemble : Kidd est blessé à la cheville et Hardaway au pied. En 60 matches, Penny, désormais âgé de 28 ans, tourne à 16,9 points, 5,8 rebonds, 5,3 passes et 1,6 interception. Phoenix remporte 53 rencontres et se classe cinquième de la Conférence Ouest.

L’absence de Kidd fait craindre le pire avant le premier tour face au champion en titre, San Antonio. Mais le numéro 1 des Suns signe un triple-double lors du troisième match – 17 points, 12 rebonds et 13 passes – et contribue à la qualification de Phoenix en quatre manches.

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En demi-finales de Conférence, Shaquille O’Neal se dresse sur sa route. Phoenix touche alors ses limites et s’incline 4-1 contre les Lakers. La campagne de Penny reste superbe : 20,3 points, 4,9 rebonds, 5,7 passes, 1,6 interception et 1 contre de moyenne en neuf rencontres.

Le retour de Jason Kidd semble annoncer des jours meilleurs. Mais Hardaway doit repasser sur la table d’opération pour réparer le cartilage de son genou gauche. Sa saison 2000-2001 se limite à quatre rencontres.

La saison suivante, il peut tenir sa place pendant 80 matches, mais l’arrivée de Stephon Marbury, échangé contre Jason Kidd, restreint son influence. Faire circuler le ballon n’est pas la priorité de « Starbury », et son partenaire du backcourt est le premier à en faire les frais.

Plus grave encore pour Penny : l’arrivée de Joe Johnson en février 2002 le relègue sur le banc. Sa production chute à 12 points, 4,4 rebonds et 4,1 passes. Phoenix atteint péniblement les 36 victoires et manque les playoffs.

Au début de la saison 2002-2003, l’irrégularité de Joe Johnson permet à Anfernee de retrouver le cinq majeur. Blessé à la main, il manque 24 rencontres, mais son expérience est précieuse au sein d’un groupe en reconstruction autour de Shawn Marion et Amar’e Stoudemire.

Au premier tour des playoffs, Phoenix pousse le futur champion, San Antonio, jusqu’à un sixième match perdu de deux points dans l’Arizona.

Le 5 janvier 2004, Isiah Thomas pense réussir un grand coup en faisant venir Stephon Marbury à New York. Penny Hardaway et Cezary Trybanski sont également du voyage. En contrepartie, les Suns récupèrent Howard Eisley, Maciej Lampe, Antonio McDyess, Charlie Ward, Milos Vujanic et deux premiers tours de Draft.

La discussion entre Isiah Thomas et Antonio McDyess, qui vit une situation intenable à New York, est passée à la postérité.

– Antonio, j’ai une bonne et une mauvaise nouvelle pour toi. Tu es transféré. Mais tu pars à Phoenix…

– C’est quoi, la mauvaise nouvelle ?

Il retrouve le Shaq onze ans après

Marbury et Hardaway, auteur de 9,6 points, 4,5 rebonds et 1,9 passe de moyenne, ramènent New York en playoffs. Mais les voisins du New Jersey remportent quatre matches consécutifs et se qualifient facilement pour le tour suivant.

Trahi par ses genoux, Penny ne dispute que 41 rencontres entre 2004 et 2006. Le 22 février 2006, il est transféré à Orlando dans l’échange qui envoie Steve Francis à New York. Deux jours plus tard, la franchise de ses débuts le coupe.

Anfernee sait que la fin est proche. Les occasions d’accrocher enfin un titre ne seront plus nombreuses.

Le 9 août 2007, à 36 ans, il accepte le salaire minimum réservé aux vétérans pour rejoindre le Heat, champion un an plus tôt. Pour la première fois de sa carrière professionnelle, Hardaway porte un autre numéro que le 1 : le 17.

Et pour la première fois depuis onze ans, il retrouve Shaquille O’Neal sous le même maillot. L’histoire pourrait-elle connaître une fin heureuse ?

Non. Le 12 décembre, Penny est coupé après 16 rencontres sans relief, conclues avec 3,8 points, 2,2 rebonds et 2,2 passes de moyenne.

Hardaway doit se faire une raison. Jusqu’au bout, il attendra pourtant un signe du destin. En juillet 2008, en marge d’un match de charité organisé à Miami par Alonzo Mourning, il espère encore qu’une franchise lui tendra la main.

« Je veux une dernière chance dans cette Ligue. Je n’ai pas aimé la façon dont les choses se sont terminées à Miami. Croyez-moi, j’ai encore de beaux restes. »

Cette dernière chance, Anfernee Deon Hardaway ne l’obtiendra pas.

Comme LeBron James durant ses premières années à Cleveland, Kobe Bryant au lendemain du fiasco des Finales NBA 2004 ou tant d’autres surdoués livrés à eux-mêmes, d’Allen Iverson à Tracy McGrady, Penny aura expérimenté la difficile condition du soliste sans orchestre.

Il attribuera par ailleurs la dégradation de son image publique à ses blessures à répétition.

« Ma carrière a incroyablement mal tourné comparée à celle de Grant Hill, par exemple. Il ne doit pas essuyer autant de critiques négatives que moi. Grant et moi sommes amis, mais j’observe cela avec du recul et je pose une question : en quoi sa situation est-elle si différente de la mienne ? »

Icône avant l’heure, promis prématurément à tous les honneurs, « le nouveau Jordan » eut peut-être le tort d’approcher les étoiles trop jeune. Après seulement 24 mois en NBA, il comptait déjà parmi les meilleurs joueurs de la planète.

Orlando ruminera longtemps l’incroyable échec d’un duo qui semblait avoir tout pour régner durablement sur la Ligue. Shaq y parviendra ailleurs, aux côtés de deux autres arrières surdoués, Kobe Bryant et Dwyane Wade.

Immaturité ? Égoïsme ? Trop-plein d’amour-propre chez les deux jeunes coqs du Magic ? À chacun de trancher.

Fallait-il attendre autre chose d’une franchise émergente, emportée par la frénésie d’une décennie dorée et qui se voyait déjà en haut de l’affiche à peine installée sur la carte de la NBA ? À chacun de juger.

En août 1999, lorsqu’on lui demande si réussir à nouveau aurait davantage de valeur à ses yeux, Anfernee livre une réponse révélatrice.

« Je le pense. J’étais si jeune à l’époque… J’étais d’abord là pour jouer. Quand nous sommes allés en Finales NBA en 1995, nous ne savions pas exactement pourquoi nous étions là. Aujourd’hui, je sais ce que cela coûte d’atteindre ce stade. Si j’avais encore cette opportunité, je ferais les choses différemment. Nous étions jeunes, nous étions vraiment talentueux, mais nous ne savions pas encore jouer juste, collectivement. Les Rockets avaient une équipe de vétérans et leur expérience a surclassé notre talent. »

Talent foudroyé, Penny appartient au panthéon des perdants magnifiques, avec plus de 120 millions de dollars gagnés en carrière, 64 matches de playoffs, quatre sélections au All-Star Game et trois apparitions dans une équipe All-NBA.

Le souvenir du fabuleux joueur qu’il fut ne saurait masquer le malaise qui imprègne le moindre portrait. Pas plus que ces déclarations prononcées en 2008, après le don d’un million de dollars à l’université de Memphis, ne sauraient effacer l’impression amère laissée par ses 14 années en NBA.

« Aujourd’hui est un grand jour. C’est un rêve devenu réalité pour moi, qui ai grandi à dix minutes d’ici. Aller à l’université de Memphis m’a donné l’opportunité de jouer en NBA, de mener une grande carrière, de jouer avec de grands coéquipiers, d’avoir des supporters formidables et de grands entraîneurs. Beaucoup de gens m’ont dit que je ne pourrais pas faire ceci ou cela. Je ne les ai pas écoutés. J’ai continué de rêver en grand, j’ai continué d’avoir des objectifs élevés et j’ai accompli beaucoup de choses que beaucoup de gens ne me croyaient pas capable d’accomplir. Vivre mon rêve et revenir ici pour faire quelque chose en faveur de l’université qui a permis tout cela, c’est inestimable. »

Reste également cette déclaration de John Gabriel, ancien dirigeant du Magic :

« Nous avions Shaq et Penny. Nous pensions qu’il faudrait venir prendre nos mesures pour les bagues de champions tout au long de la décennie suivante… »

Échec et mat.

STATISTIQUES EN CARRIÈRE

14 saisons

704 matches, dont 558 comme titulaire

15,2 points, 4,5 rebonds, 5,0 passes, 1,6 interception et 0,4 contre

45,8 % aux tirs, 31,6 % à 3-points et 77,4 % aux lancers francs

PALMARÈS

All-Star : 1995, 1996, 1997 et 1998

All-NBA First Team : 1995 et 1996

All-NBA Third Team : 1997

NBA All-Rookie First Team : 1994

Champion olympique : 1996

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