À quelques semaines du coup d’envoi de la saison 2026/2027, la Ligue des champions EHF se retrouve sans diffuseur en France. Un symptôme de plus d’un désintérêt télévisuel qui s’installe durablement autour du handball en général et de la compétition européenne phare sur le territoire français.
Il y a des silences qui parlent plus fort que n’importe quelle annonce. Celui qui entoure la diffusion de la Ligue des champions de handball pour la saison à venir en fait partie. Le contrat qui liait la fédération européenne de handball à Eurosport courait jusqu’à la fin de la saison 2025/2026, et il a été révélé en marge du tirage au sort de la nouvelle saison qu’aucun diffuseur n’avait signé de nouveau contrat. Résultat : plus une seule chaîne française ne portera la plus prestigieuse compétition de clubs du continent. Pour rappel, Eurosport avait acquis il y a 5 ans les droits du handball par défaut pour obtenir les droits de son sport roi, le biathlon. A cette époque, la chaîne du groupe américain HBO n’avait aucun intérêt particulier pour le handball et la ligue des champions. L’acquisition des droits de la compétition phare de l’EHF était la condition sine qua non pour obtenir les droits de diffusion du biathlon.
Une préférence pour le championnat national à défaut d’une équipe locomotive en Europe ?
Concrètement, cela signifie que les rencontres de Ligue des champions, faute de diffuseur trouvé, vont atterrir sur EHF TV pour le marché français — la plateforme de streaming propre à la fédération européenne à 7,99€ par mois. Fini le confort, même relatif, d’un abonnement Eurosport à quelques euros par mois pour suivre les clubs tricolores. Fini aussi la visibilité, même marginale, qu’offrait une chaîne installée dans le paysage audiovisuel. Direction un service propriétaire, avec ses propres contraintes : cette solution ne sera pas disponible sur les téléviseurs connectés ni sur les box internet, réservant de fait la compétition à ceux qui accepteront de la regarder sur un ordinateur ou un smartphone et bien évidemment avec des commentaires en anglais.
Un contraste qui interroge sur la stratégie des diffuseurs TV
Le plus frappant, c’est le contraste avec le reste du paysage. La Starligue, elle, ne bouge pas : les trois meilleures affiches de chaque journée continueront d’être diffusées en direct et en intégralité sur beIN Sports, diffuseur historique. Le championnat de France masculin garde donc sa vitrine aux côtés des quelques matchs de LBE également diffusés.
Ce grand écart n’est pas anodin. Il illustre une hiérarchie implicite dans l’intérêt porté au handball par les diffuseurs : un championnat national qui continue, tant bien que mal, à générer un peu d’audience, contre une coupe d’Europe qui n’intéresse visiblement plus personne assez pour sortir le chéquier. Une ligue des champions qui réunit pourtant les meilleurs clubs et les meilleurs joueurs du monde — de quoi s’interroger sur la valeur perçue du handball européen aux yeux des chaînes. Cela s’explique sans doute par l’absence de club majeur capable d’aller à Cologne chaque année pour tenter de décrocher le graal. Même si la marque PSG compte pour l’EHF, le constat est terrible : cela ne suffit pas à créer l’intérêt médiatique.

Le retour à la case abonnement forcé
Pour les suiveurs les plus assidus, l’addition risque d’être salée. Avant même la fin d’Eurosport, il fallait déjà parfois cumuler les abonnements : un abonnement à 7 ou 11 euros par mois pour voir au mieux deux matchs de clubs français, complété par un abonnement EHF TV à 8 euros par mois pour ceux qui voulaient voir les autres équipes. Aujourd’hui, la donne change de nature plus que de logique : place à un abonnement unique, mais imposé, sur une plateforme qui n’a jamais vraiment convaincu grand monde en dehors du cercle des passionnés déjà acquis à la cause.
On objectera que centraliser l’offre sur EHF TV a un mérite : celui de réunir tout le handball européen — Ligue des champions, European League et compétitions internationales — dans un seul et même abonnement. Mais ce mérite d’efficacité ne doit pas masquer l’essentiel : c’est un repli, pas une conquête. On ne convertit pas de nouveaux publics au handball avec une plateforme confidentielle et non disponible sur box ou TV connectée. On entretient, au mieux, le public existant et finalement uniquement les véritables passionnés de handball. Pourquoi pas ?
Une médiatisation qui s’effrite inéxorablement, saison après saison
Le sport le raconte à travers les chiffres eux-mêmes : la dernière édition de la Ligue des champions a réuni près de 600 000 spectateurs sur 128 matchs, soit une moyenne supérieure à 4 600 spectateurs par rencontre — une affluence en salle qui prouve que l’intérêt du public existe bel et bien. Mais cet engouement dans les arènes ne trouve plus d’écho à la télévision. Et c’est bien là que le bât blesse : un sport peut remplir des salles et rester invisible, faute de vitrine. Le Final4 à Cologne est la meilleure preuve que la compétition attire et intéresse un public fidèle et engagé. Malheureusement cela ne suffit pas à convaincre le marché télévisuel français.
La désertion des diffuseurs traditionnels autour du handball européen ne relève donc pas d’un désintérêt du public, mais d’un désintérêt commercial des chaînes, qui ne considèrent visiblement plus la discipline comme suffisamment rentable pour investir. Un mauvais signal, à l’heure où d’autres sports collectifs — féminins comme masculins — parviennent, eux, à sécuriser des contrats pluriannuels avec des diffuseurs premium. Les services de l’EHF précisent que pour le moment la compétition sera bien à suivre sur EHF TV en France mais que des négociations sont encore possibles avec un diffuseur sur le territoire national d’ici le 5 septembre et le coup d’envoi de la ligue des champions féminine. Croisons les doigts.




