La blessure n’a pas seulement stoppé son élan. Elle l’a obligé à se regarder en face. Jack Draper revient de loin après des mois marqués par un œdème osseux qui a testé sa patience, sa compétitivité… et sa santé mentale. Ce n’était pas une blessure “classique”. Pas une déchirure avec un délai clair. Pas un compte à rebours précis avant le retour : « Le plus compliqué avec cette blessure, c’est qu’il n’y a pas de réponse claire sur le processus. Ce n’est pas comme une déchirure abdominale où tu sais que dans deux ou trois semaines tu seras de retour « , explique-t-il.
L’incertitude a été le vrai combat.
« Là, ça demande des mois, des mois et encore des mois… et tu ne sais jamais vraiment quand tu seras à 100 %. C’est difficile de rester positif et de continuer à regarder vers l’avant. »explique-t.il. Dans ces moments-là, le mental devient central. Draper ne le cache pas : certains jours ont été plus sombres que d’autres : « Beaucoup de personnes se sont rapprochées de moi pour m’aider, parce qu’il y a des jours où ça ne va pas. Il faut utiliser ces hauts et ces bas comme du carburant pour devenir plus fort. «
À 24 ans, il refuse cependant de céder à la panique : « Je veux penser que je suis jeune et que j’ai encore une très longue carrière devant moi. C’est important de ne pas précipiter les choses. «
Son choix de faire l’impasse sur l’Open d’Australie s’inscrit dans cette logique. Comme Arthur Fils avant lui avec ses soucis de dos, Draper a privilégié le long terme plutôt que l’urgence du calendrier. Un pari sur l’avenir. Et le temps loin du circuit lui a appris autre chose : mieux gérer son corps : « Mes habitudes en dehors du court ont un peu changé. J’essaie de dormir plus, de mieux récupérer. Je comprends beaucoup plus la valeur de mon corps. J’ai appris à ne pas devenir fou en travaillant de manière excessive tout le temps : c’est un marathon, pas un sprint. » Un message mature. Presque philosophique.
Djokovic comme modèle
Mais Draper ne se nourrit pas seulement de patience. Il se nourrit aussi d’inspiration. Et quand il parle de modèle, un nom revient immédiatement : Novak Djokovic. Le Serbe, qui l’avait accueilli dans le grand monde à Wimbledon Championships en 2021 (Draper lui avait pris un set pour ses débuts), reste une référence absolue : « Pour moi, c’est le plus grand de tous les temps. Rien de ce qu’il accomplit ne peut me surprendre. C’est un exemple de longévité et de grandeur. Le fait qu’il ait gagné dix fois en Australie et qu’il atteigne encore la finale en cherchant une onzième… c’est inspirant pour moi. C’est une inspiration, quelqu’un à qui j’aspire ressembler.«
Avec ce mindset, et accompagné désormais par son nouvel entraîneur Jamie Delgado — ancien coach d’Andy Murray et de Grigor Dimitrov — Draper s’apprête à relancer la machine, prudent, mais confiant : « Je suis encore à la fin du processus de récupération. Est-ce que je me sens assez en forme pour jouer semaine après semaine ? Sans aucun doute. » confie-t-il.
Pendant ce temps, Djokovic prépare lui aussi son retour sur le circuit. Après son forfait à Doha, le Serbe disputera le Masters 1000 d’Indian Wells Open, son deuxième tournoi de l’année après sa finale à Melbourne. Un rendez-vous spécial, puisqu’il reste sur deux éliminations surprises au premier tour en Californie.
Deux trajectoires, deux générations, un même moteur : la résilience. Draper reconstruit. Djokovic prolonge. Et au milieu, une vérité que le Britannique a comprise dans la douleur : le talent ouvre des portes, mais c’est la gestion du corps et du mental qui construit une carrière.




