Les occasions de voir Victor Wembanyama sur le sol français se font rares depuis qu’il est devenu l’une des superstars de la NBA. Celles de pouvoir discuter, calmement et longuement, avec lui le sont encore davantage.
Mais, lors du point presse organisé à l’AccorArena de Paris-Bercy, le meilleur défenseur de NBA s’est confié pendant une bonne vingtaine de minutes, prenant le temps de réfléchir à chaque question avant de développer ses réponses.
Victor, vous disiez en zone mixte à Orléans que vous aviez hâte de jouer à Bercy. Pourquoi ce retour à l’AccorArena est-il si important pour vous ?
Ça me fait plaisir de jouer à Paris avant tout, en France et particulièrement à Paris. Bercy, pour moi, c’est ancré dans ma mémoire comme LA salle de l’Équipe de France. J’ai vu pas mal de matchs en tant qu’amateur et j’y ai joué maintenant en pro. J’ai une vraie attache à cette salle.
On arrive aux matchs qui comptent à partir de demain. Sentez-vous une montée en pression de l’équipe dans sa globalité ?
Ces matchs seront totalement différents. L’intensité sera totalement différente. On travaille autant pour le futur mais plus pour le présent. Ça va être super fun.
Vous avez pris plusieurs tirs difficiles en fin de match sur ces deux confrontations face à la Serbie. Est-ce un choix individuel ou une initiative du nouveau capitaine des Bleus ?
Ce ne sont pas mes initiatives en tant que capitaine mais en tant que joueur à responsabilités. Ce sont des choses qu’il faut tenter parce que ça fait longtemps qu’on n’a pas joué. C’est le meilleur moyen de savoir ce qui marche et ce qui ne marche pas. Pour se décrasser, en quelque sorte.
« Se rapprocher chaque jour du capitaine que je veux être »
Vous avez évoqué la difficulté de s’adapter au ballon FIBA. Pouvez-vous nous en dire plus ?
L’adaptation n’est pas que pour les joueurs NBA. C’est aussi vrai pour les joueurs d’Euroleague ou du championnat français. Le ballon FIBA n’est pas du tout populaire auprès des joueurs, c’est la meilleure manière de résumer cette histoire.
La Slovénie se présentera demain sans Luka Doncic. Est-ce un regret de ne pas pouvoir l’affronter ou simplement une bonne nouvelle pour votre équipe ?
C’est le genre de discours qu’on tient globalement, mais de toute manière, ce n’est pas l’état d’esprit qu’on a en ce moment. Ou qu’on a tout court. Je ne me pose pas la question de savoir si c’est mieux ou moins bien. Il faut prendre les matchs comme ils sont, et les effectifs comme ils sont. La réalité est comme ça. Et c’est vrai que je suis un peu dégoûté qu’il n’y ait pas Luka, mais l’occasion se présentera dans ma carrière plus tard.
Quelles sont les valeurs que vous souhaitez mettre en application en tant que capitaine ?
Ce n’est pas une problématique pour moi car j’ai confiance en qui je suis et en ce que je peux apporter à un collectif, sportivement et en termes de philosophie. Dans un projet qui se compte en dizaines d’années, en Équipe de France, ça se fait avec le temps, et je pense que c’est important de ne pas sauter d’étape. L’objectif, c’est de se rapprocher chaque jour du capitaine que je veux être.
Vous avez souvent évoqué votre volonté de marquer l’histoire. Comment cela doit-il se traduire en Équipe de France ?
Les fans, la fédé, les joueurs, tout le monde veut des titres, donc c’est avant tout ça. Le basket français peut encore grandir car il a un énorme potentiel, que ce soit les Équipes de France A, les jeunes ou la formation. C’est un projet à long terme, sur lequel j’espère bien avoir un impact.
En quoi la prochaine Coupe du Monde est-elle importante pour vous ?
Elle est importante parce que c’est une compétition internationale qu’on n’a jamais gagnée. Et même si on l’avait déjà gagnée, je voudrais encore la gagner ! Et puis, tout simplement parce qu’elle est qualificative pour les JO.
Le fait de rejouer ici, à Bercy, ravive-t-il quelques souvenirs des Jeux olympiques ?
Franchement, pas vraiment. Parce que la salle semble totalement différente. L’éclairage, les tribunes, le terrain… Ça ressemble à une toute autre salle. On verra quand il y aura les fans.
Une construction qui « va prendre du temps »
Fred Fauthoux expliquait qu’il fallait trouver des joueurs capables de s’adapter à vous, et inversement, que vous puissiez vous adapter à eux. Cette construction du collectif avance-t-elle bien selon vous ?
C’est toujours difficile de construire une équipe mais tout le monde a la volonté de bien faire. C’est une chance qu’on ait ces quatre matchs [cet été], ça va grandement nous aider pour le futur. C’est quelque chose qui va prendre du temps. Il va falloir que je garde la communication ouverte avec Fred, avec le staff, avec mes coéquipiers, pour continuer à construire ça. Parce qu’il ne faut pas perdre tout ce qu’on fait maintenant.
Vous avez montré des qualités de leadership tout au long des playoffs NBA, et maintenant avec les Bleus. Quelles sont les erreurs à ne pas commettre, d’après votre expérience ?
Bien sûr, j’en ai commis. Après, ce serait une discussion qui pourrait prendre des heures. Je dirais que c’est un tout, mais le coaching est déjà un facteur prépondérant pour aller loin en playoffs, la qualité du coaching staff. La qualité des joueurs évidemment, mais surtout leur volonté de se sacrifier et d’exécuter le plan de match. Après, en fin de match, il y a toujours des situations qui se jouent à pile ou face mais où le talent des joueurs et leur capacité à gérer les moments chauds peuvent faire la différence. En playoffs, ça se présente beaucoup.
Quelle est votre relation avec Maxime Raynaud, l’autre jeune intérieur tricolore qui monte ?
Je ne réponds pas habituellement aux questions d’adversaires, mais comme c’est pour Maxime, que j’aime beaucoup, je vais le faire [sourire]. On se connaît depuis toujours ! On a joué l’un contre l’autre pour la première fois quand on devait avoir 13 ans. Il était un adversaire comme un autre à l’époque. Et, à 16 ans, on a passé plusieurs mois ensemble à s’entraîner et à jouer ensemble, et c’est là qu’il est devenu un de mes meilleurs amis. C’est un plaisir de suivre sa progression, d’abord à la fac, puis maintenant en NBA. Je suis très content qu’il soit là en Bleu.
Vous avez pu jouer au poste 4, aux côtés de Rudy Gobert. D’abord, est-ce que ça vous a plu ? Et, plus globalement, quelles sont les différences majeures entre les postes 4 et 5 ?
Les différences majeures sont assez évidentes. Le poste 4 est un peu plus passif, même si ça dépend du type de joueur et du personnel. Évidemment, ça me plaît de jouer avec Rudy, de jouer avec un intérieur de ce niveau-là défensivement.
Ça m’amène à des situations inhabituelles pour moi, comme de lancer des lobs, ce que je ne fais pas souvent mais que j’adore faire. C’est quelque chose qu’il faut continuer à expérimenter parce qu’on en aura besoin dans les années à venir.
Propos recueillis à l’AccorArena de Paris-Bercy
Propos recueillis à l’AccorArena de Paris Bercy – Crédit photo : Lenoir/FFBB




