À l’échelle de la Betclic Élite, Patty Mills est un monument. De loin recordman du nombre de matches NBA disputés (1 020) pour un joueur du championnat de France cette saison, l’Australien a signé à l’ASVEL, qui lançait cet été un nouveau projet.
Un projet désormais dirigé sur le banc par Tony Parker, avec qui Patty Mills entretient une relation de longue date. Les deux hommes ont disputé 429 rencontres ensemble dans la Grande Ligue et remporté le titre de champion NBA en 2014 avec les Spurs.
Mais leur histoire commune ne suffit pas à expliquer ce choix. La saison dernière, le natif de Canberra a découvert le basket européen du côté de Tenerife. Résultat : 18,6 points et 1,6 passe décisive de moyenne en championnat, avec 44% de réussite à 3-points.
Au-delà de sa longévité et de ses qualités de shooteur, Patty Mills est également très engagé en dehors des parquets. Issu d’une famille d’origine aborigène en Australie, il a notamment créé un programme destiné à accompagner les jeunes basketteurs des communautés autochtones.
Comment se passent vos premiers jours en France et votre adaptation à ce nouveau pays ?
C’est génial. C’est déjà exceptionnel pour moi de pouvoir être en Europe. J’ai déjà une carrière incroyable dont je suis fier et heureux. Mais je pense qu’il y a encore en moi, et qu’il y aura toujours, ce désir ardent de gagner, d’accomplir davantage et de vivre de nouvelles expériences. J’ai une opportunité exceptionnelle ici, à l’ASVEL, avec ce que Tony est en train de construire, de pouvoir participer à un projet qui s’inscrit dans une vision ambitieuse et à long terme. C’est quelque chose de très stimulant. J’en ai apprécié chaque instant jusqu’à présent et je pense que cette saison va être vraiment passionnante.
Comment est Tony Parker en tant que coach ?
Oui, il est formidable. Tony Parker reste Tony Parker : il a évidemment accompli énormément de choses au cours de sa carrière de joueur et je pense qu’il a simplement transposé toute cette expérience dans son rôle de coach. Il n’est pas différent aujourd’hui de celui qu’il était en tant que joueur. Le fait d’avoir passé dix ans avec lui à San Antonio et de comprendre tout ce qui l’a construit m’a permis de me sentir très à l’aise dans cet environnement. Je me suis intégré ici tout naturellement.
Vous qui êtes un spécialiste à la fois du basket FIBA et de la NBA, quelles sont les principales différences entre les deux ?
Eh bien, pour être tout à fait honnête, tout est différent. Ce sont presque deux sports complètement distincts, que ce soit dans la manière de jouer, d’arbitrer, d’entraîner ou dans les stratégies employées. Je pense que mes expériences avec les règles FIBA et en équipe nationale, lors des Coupes du monde et des Jeux olympiques, m’ont très bien préparé à cette aventure. Mais cela reste un défi. Le basket est un sport universel, apprécié dans le monde entier, mais il se pratique aussi différemment selon les régions. Il est donc important d’aborder une expérience comme celle-ci de manière globale, aussi bien mentalement que physiquement.
« Je reste un étudiant du jeu »
Quel est le secret de votre longévité ?
Lorsqu’on est sportif professionnel, il est important de comprendre ce qui convient le mieux à son corps et comment faire durer sa carrière. Il faut aussi prendre du plaisir et s’amuser. C’est la principale clé de la longévité : aimer ce que l’on fait. Et moi, j’adore ça. Je reste un étudiant du jeu : j’emmagasine toutes ces expériences et je les intègre à mon quotidien. Je pense que cela joue également un rôle, tout comme le fait de ne jamais perdre le goût du travail.
Ces derniers temps, on voit une prolifération de joueurs australiens en NBA (Dyson Daniels, Josh Giddey, Jock Landale…), qu’est-ce que cela vous inspire ?
C’est formidable. J’ai vu récemment un classement indiquant que l’Australie faisait partie des pays comptant le plus de joueurs en NBA. Cela montre le niveau de notre réservoir de talents, son évolution et la direction qu’il prend. Et je pense que cette progression va se poursuivre. La France est également très bien représentée en NBA. Le plus important, c’est de constater la croissance du basket de très haut niveau partout dans le monde. C’est formidable à voir, tout comme il est réjouissant de voir la NBA encourager et accueillir cette internationalisation. C’est excellent pour notre sport.
Quel est votre regard sur l’évolution de la NBL et le rôle qu’elle a pu jouer dans cette progression ?
De ce que l’on voit, elle s’améliore au fil des années. Je suis très intéressé à l’idée de voir jusqu’où elle peut aller.
Vous avez également créé un programme pour aider les jeunes basketteurs aborigènes en Australie. C’est un engagement que votre famille a beaucoup partagé. À quel point est-ce important pour vous d’avoir un impact sociétal sur votre terre natale ?
Vous me posez cette question, et nous nous trouvons dans l’un des lieux les plus emblématiques du monde, Roland-Garros. Juste derrière vous figurent (sur le mur des vainqueurs de Roland-Garros, ndlr.) les noms d’Evonne Goolagong et Ash Barty, deux fières femmes aborigènes qui ont chacune remporté ici le premier titre du Grand Chelem de leur carrière. Lorsque vous m’interrogez dans ce lieu sur l’influence que je peux avoir, je pense à celle que ces deux femmes ont eue sur moi et, j’en suis certain, sur beaucoup d’autres personnes fières de leurs origines autochtones. Cette influence est immense et elle alimente notre volonté d’accomplir de grandes choses au cours de notre carrière, notamment parce que nous savons combien de personnes cela peut toucher chez nous. À l’image d’Evonne Goolagong et d’Ash Barty, j’espère pouvoir, moi aussi, inspirer les gens de mon pays.
Propos recueillis à Roland-Garros




