Pendant que la RD Congo s’apprête à jouer sa qualification en seizièmes de finale de la Coupe du monde dans la nuit de samedi à dimanche contre l’Ouzbékistan, son voisin tente lui aussi de se reconstruire. En pleine crise sportive et institutionnelle, le Congo-Brazzaville a décidé de rappeler celui qui demeure le dernier sélectionneur à avoir redonné de l’espoir au pays : Claude Le Roy.
À 78 ans, le technicien français effectue son retour sur le Pool Malebo avec un double rôle de « consultant expert sportif » et de sélectionneur national. Une mission dont les contours restent encore flous, mais dont l’objectif est limpide : qualifier le Congo pour la CAN 2027 et remettre sur pied une sélection tombée à la 132e place du classement FIFA.
Claude Le Roy, le dernier grand souvenir des Diables Rouges
Pour les supporters congolais, le nom de Claude Le Roy évoque immédiatement la CAN 2015.
À l’époque, les Diables Rouges retrouvaient enfin la Coupe d’Afrique des Nations, quinze ans après leur précédente participation. Le baroudeur du continent africain conduisait alors une génération emmenée par Prince Oniangué, Delvin Ndinga, Fodé Doré et un Thievy Bifouma au sommet de son art.
Le parcours restera dans les mémoires. Après avoir bénéficié du repêchage provoqué par le forfait du Rwanda – qui l’avait battu sur le terrain – le pays surprend l’Afrique en battant le Gabon puis le Burkina Faso en poules pour atteindre les quarts de finale. L’aventure s’arrêtera finalement face au voisin de la RDC dans un “derby du fleuve Congo” devenu mythique. Menés 2-0, les Léopards de Florent Ibenge renverseront totalement la rencontre pour s’imposer 4-2.
Depuis cette CAN, plus rien.
Le Congo-Brazzaville ne s’est plus jamais qualifié pour une phase finale continentale.
Dix années de crise
Le déclin sportif n’est pourtant que la partie visible de l’iceberg.
Depuis près de quatre ans, le football congolais est plongé dans une véritable guerre institutionnelle opposant le ministère des Sports à la Fédération. Le conflit a conduit la FIFA à suspendre temporairement la Fecofoot en 2025 pour ingérence gouvernementale, privant notamment la sélection de plusieurs rencontres des éliminatoires de la Coupe du monde.
À cela s’est ajoutée l’affaire Jean-Guy Blaise Mayolas. L’ancien président de la fédération a été condamné par la justice congolaise dans une affaire de détournement présumé de plus d’un million de dollars de fonds de la FIFA. Les autorités ont même sollicité Interpol afin d’émettre un mandat d’arrêt international à l’encontre de celui qui avait comparé le football au « jeu de dames ».
Autant d’affaires qui ont profondément déstabilisé et décrédibilisé un football déjà en manque de résultats.
Copier la recette… de la RDC ?
Face à cette situation, Claude Le Roy entend s’appuyer sur un levier qui a largement contribué au renouveau du voisin congolais : les binationaux.
La RDC, qualifiée pour cette Coupe du monde, compte 21 joueurs sur 26 ayant grandi à l’étranger. Une stratégie qui a permis à Sébastien Desabre de bâtir rapidement une sélection compétitive malgré les difficultés structurelles du football local.
Le Roy souhaite emprunter le même chemin en convainquant plusieurs profils évoluant en Europe de rejoindre les Diables Rouges.
La comparaison avec la RDC est presque inévitable. Les deux pays – bien que très différents – partagent des problématiques similaires : infrastructures insuffisantes, formation en difficulté et besoin de s’appuyer sur la diaspora pour retrouver de la compétitivité.
Mais même à court/moyen terme, le Congo pourrait, sur le papier, bâtir une équipe capable de figurer à la CAN. Les potentielles arrivées de Faitout Maouassa (Nancy, espéré de longue date), Chrislain Matsima et Han-Noah Massengo (Augsburg), l’ancien transfuge de Monaco Jordi Mboula (Leonesa), Junior Mwanga (Nantes), Bradley Locko (Brest) et surtout Dilane Bakwa (Nottingham Forest, également éligible pour la RDC) font, parmi d’autres, fantasmer les supporters.
Reste désormais à convaincre ces joueurs que le projet est vraiment crédible.
Une reconstruction encore incomplète
Car malgré le retour de Claude Le Roy, les voyants sont loin d’être tous au vert.
Le Ministre des Sports Hugues Ngouélondélé, considéré par une grande partie des supporters comme l’un des grands responsables de la crise actuelle, est toujours en poste. Plusieurs internationaux, parmi lesquels Thievy Bifouma, Antoine Makoumbou ou encore Gaius Makouta, ont publiquement affiché leurs désaccords avec sa gouvernance. Le premier cité ayant même pris sa retraite internationale suite à ses conflits avec celui qui fut également maire de Brazzaville. La présence de ce dernier pourrait donc continuer à refroidir certains candidats à un retour en sélection.
Autre interrogation : l’âge du technicien français. À 78 ans, Claude Le Roy devient l’un des sélectionneurs les plus âgés du continent. Si des exemples récents comme Dick Advocaat avec Curaçao ou Roy Hodgson en club montrent qu’il est encore possible d’entraîner à un âge avancé, la question de l’inscription dans la durée se pose forcément.
Cependant, le Breton ne revient pas seul. En fin de contrat à Amiens, Omar Daf occupera le rôle d’adjoint. L’ancien international sénégalais (89 sélections) vivra sa première expérience sur un banc africain, lui qui a entrainé Sochaux et Dijon en Ligue 2 française avant Amiens. Bien plus jeune que Le Roy (49 ans), l’ancien Lion de la Téranga devrait occuper un rôle particulièrement important, avec potentiellement Le Roy comme Manager « à l’anglaise » dans un rôle plus reculé. Sa grande expérience des compétitions et du football africain, tout comme européen, sera particulièrement utile dans la gestion des binationaux.
Mais l’urgence est ailleurs.
Avant de penser à construire un projet sur dix ans, il faut déjà réconcilier toutes les composantes du football national, retrouver une stabilité institutionnelle et redonner envie aux meilleurs joueurs de porter le maillot du pays.
Et la mission CAN ne sera pas aisée. Placés dans un groupe de qualifications avec le voisin camerounais, mais également la Namibie et les Comores – deux sélections régulièrement qualifiées à la CAN ces dernières éditions – les Diables Rouges ne partent pas favoris. Et il faudra montrer de la constance pour y arriver.
Pendant que les Léopards montrent actuellement à la planète football ce qu’une reconstruction en passe d’être réussie peut produire, Brazzaville espère désormais suivre le même chemin. Encore faudra-t-il que les changements ne se limitent pas au seul banc de touche.




