Il a tout vu. Tout joué. Tout encaissé. À 37 ans, Marin Cilic ne parle pas pour faire du bruit — il parle parce qu’il sait. En quart de finale de l’ATP Dallas, le Croate savoure une seconde jeunesse. Les blessures appartiennent au passé, les jambes répondent, et le compteur affiche désormais plus de 600 victoires sur le circuit. Un club VIP. Une légitimité béton.
Et quand le débat éternel ressurgit — Big 3 vs nouvelle génération — Cilic ne fuit pas. Il démonte.
Même niveau, autre paysage
La question est simple, presque toxique : l’ère actuelle menée par Jannik Sinner et Carlos Alcaraz est-elle supérieure à celle du trio Novak Djokovic – Roger Federer – Rafael Nadal ? Réponse de Cilic : calmez-vous : “Si on compare niveau contre niveau, il n’y a pas énormément de différences.” La vitesse de balle ? Énorme. L’intensité ? Brutale. Le talent ? Partout.
Mais voilà le twist : la constance.
“Il y a dix ou douze ans, le Top 20 était rempli de joueurs capables d’enchaîner des semaines d’excellence.” Et il cite des noms qui claquaient chaque semaine : Tomas Berdych, David Ferrer, Jo-Wilfried Tsonga. « Des mecs qui ne disparaissaient pas après un bon tournoi. Ils revenaient. Encore. Et encore. Aujourd’hui ? Le niveau est là, dit-il. Mais la tranche mondiale entre la 5e et la 20e place manque de régularité. Le plafond est identique. La moyenne, elle, fluctue. En clair : gagner est peut-être un peu plus “accessible” quand la deuxième ligne n’est pas un mur permanent. » explique-t-il.
Un témoin des deux mondes
Cilic ne parle pas depuis les tribunes. Il a battu Federer pour aller chercher son unique Grand Chelem. Il a affronté Djokovic et Nadal au sommet de leur art. Il a senti l’impact de balle d’Alcaraz et la précision clinique de Sinner. Il connaît les deux vitesses du tennis moderne.
Djokovic, l’obsession du détail
Et puis il y a Novak. Toujours là. Toujours affamé. Pour Cilic, voir son contemporain lutter encore pour les Grands Chelems est “une inspiration totale”. Il admire son professionnalisme presque obsessionnel : alimentation, mobilité, récupération. “Il continue de croire, d’ajuster son jeu et c’est admirable” affirme-t-il.
Petit sourire du Croate : “Il a un an de plus que moi… peut-être que je peux le rattraper.” Ce n’est pas une blague. C’est un état d’esprit.
Le tennis n’est pas une bataille d’époques. C’est une évolution permanente. Le Big 3 a imposé un standard inhumain. La nouvelle génération joue plus vite que jamais. La différence ? La profondeur et la régularité du peloton.
Et Marin Cilic, lui, continue d’écrire sa propre ligne dans cette histoire. Prochain test à Dallas : le Britannique Jack Pinnington Jones.
Le débat, lui, ne s’arrête jamais. Mais au moins, quand Cilic parle, ça sonne juste.




