L’Éthiopie a officiellement déposé sa candidature pour organiser la CAN 2028. Sur le papier, voir l’un des berceaux historiques du football africain accueillir à nouveau la compétition aurait du sens.
Mais derrière le poids démographique, la passion populaire et l’histoire des Walya, une réalité beaucoup plus brutale apparaît : le pays ne dispose actuellement que d’un seul stade homologué par la CAF.
L’Ethiopie, un géant africain qui aurait toute sa place comme hôte de la CAN
Il faut d’abord mesurer ce que représente l’Éthiopie.
Avec environ 135 millions d’habitants, elle est aujourd’hui le deuxième pays le plus peuplé d’Afrique derrière le Nigeria, et son économie connaît une croissance rapide.
Politiquement et historiquement, son poids est également considérable. Addis-Abeba accueille entre autres le siège de l’Union africaine, tandis que le pays conserve une place symbolique en Afrique en raison de son histoire millénaire et sa résistance à colonisation européenne, plus particulièrement de l’Italie.
Surtout, le football y est extrêmement populaire.
L’Éthiopie faisait partie des trois participants à la première CAN en 1957, avec l’Égypte et le Soudan, et compte parmi les membres fondateurs de la CAF. Elle a d’ailleurs remporté la CAN 1962 à domicile et organisé le tournoi à deux autres reprises, en 1968 et 1976.
Ethiopia has formally submitted its bid to CAF to host AFCON 2028.
Backed by the FDRE government, the EFF presented the official Bid Handbook addressing all requirements and reaffirming the nation’s full readiness to host Africa’s biggest footballing event. pic.twitter.com/zqEKkvANwf
— Ethiopian Football Federation (@EthiopiaFF1) August 24, 2026
Mais depuis, le déclin est spectaculaire…
L’Éthiopie n’a retrouvé la CAN qu’en 2013 après 31 ans d’absence, puis en 2021, sans parvenir à s’extraire des poules. Aujourd’hui 144ème au classement FIFA et 44ème en Afrique , l’équipe sous-performe clairement au regard du potentiel démographique du pays.
Paradoxalement , les Walyas ne sont pas désagréables à voir jouer. La sélection affiche une volonté de jouer au sol, une certaine qualité technique et des transitions intéressantes. Lors de la CAN 2021, elle avait donné du fil à retordre au Cameroun malgré sa défaite 4-1.
Le problème vient notamment du déficit physique et tactique dans la formation locale face aux meilleures nations africaines et du très faible nombre de joueurs qui s’exportent pour se confronter à un football différent. L’immense majorité des internationaux joue, et reste dans le championnat local. Le pays a, ponctuellement, réussi à produire des individualités de haut niveau sur le continent, dont l’ancien capitaine Getaneh Kebede mais trop rarement.
Dans un pays aussi grand et aussi passionné, cela donne forcément un sentiment de potentiel insuffisamment exploité.
Un seul stade homologué : le véritable problème à 2 ans de la CAN
La candidature à la CAN pourrait justement être pensée comme un accélérateur de développement. Mais à moins de deux ans de l’échéance, le chantier paraît colossal…
Le Bahir Dar Stadium, enceinte d’environ 52 000 places située dans le nord du pays, est actuellement le seul stade éthiopien répondant aux exigences de la CAF.
Cela explique pourquoi la sélection faisait partie des équipes ayant dû disputer ses dernières rencontres « à domicile » à l’étranger, notamment au Maroc ou au Rwanda.
Et pourtant, jouer en Éthiopie peut constituer un véritable avantage. La Côte d’Ivoire l’avait appris à ses dépens en 2019 en s’inclinant 2-1 à Bahir Dar devant un public bouillant à plus de 1 800 mètres d’altitude.
Bahir Dar Stadium Gets Temporary CAF Approval
Bahir Dar Stadium has received temporary CAF Category 3 approval to host Ethiopia’s 2027 AFCON qualifier.
CAF noted major improvements but says some issues still need to be addressed.
Ethiopia will play an AFCON qualifier at… pic.twitter.com/jMtNtVni4v
— Micky Jnr (@MickyJnr__) August 15, 2026
Un deuxième stade majeur est toutefois en construction : l’Adey Abeba International Stadium d’Addis-Abeba, annoncé autour de 62 000 places, dont l’achèvement est attendu en 2027.
Ce serait déjà une belle avancée. Mais deux enceintes restent très insuffisantes pour une CAN à 24 sélections, qui nécessite plusieurs sites capables d’accueillir simultanément entraînements, groupes, médias et supporters.
Trois autres stades envisagés nécessiteraient encore d’importants travaux avant de pouvoir répondre aux standards internationaux.
Et construire des tribunes ne suffit pas. Il faut des terrains d’entraînement conformes, des hôtels, des centres médicaux, des infrastructures médias, des transports fiables entre les villes et une logistique capable d’absorber plusieurs centaines de milliers de visiteurs.
C’est là que l’immensité même de l’Éthiopie devient un problème : Addis-Abeba s’est énormément modernisée, avec une offre hôtelière et des infrastructures de haute gamme, mais les écarts restent importants avec certaines régions du pays.
La sécurité, l’autre interrogation de la candidature de l’Ethiopie
Même si les stades constituent probablement le premier obstacle, la situation sécuritaire pourrait être tout aussi décisive.
Le conflit du Tigré a causé plusieurs centaines de milliers de morts entre 2020 et 2022, et les séquelles sont toujours vives dans le pays.
Début août, de nouveaux affrontements ont éclaté dans l’ouest du Tigré entre les forces fédérales et des combattants liés au TPLF.
Addis-Abeba reste relativement sûre, mais une CAN ne peut pas être pensée uniquement autour de la capitale.
Comme pour la candidature de l’AES à l’édition 2032, la CAF devra forcément prendre en compte la stabilité générale et la capacité à garantir les déplacements des délégations et supporters.
Une candidature impossible pour 2028 ? Pas forcément, mais…
L’Éthiopie a donc une vraie légitimité historique.
Un pays de cette importance, aussi passionné par le football, qui fut l’un des pionniers de la CAF et champion d’Afrique dans les années 1960, mérite sans doute de retrouver un jour l’organisation d’une CAN.
Et précisément parce que son football peine à exploiter son grand potentiel, accueillir le tournoi pourrait servir de catalyseur : modernisation des stades, amélioration des centres de formation, professionnalisation du championnat et regain d’intérêt autour des Walya.
Mais pour 2028, le calendrier est particulièrement serré.
Face notamment à la candidature commune du Botswana, de la Namibie, de l’Afrique du Sud et du Zimbabwe, qui peut déjà s’appuyer sur davantage d’infrastructures existantes, l’Éthiopie part avec un sérieux retard.
Pour convaincre la CAF, il faudra désormais transformer tout cela en stades.




