Le litige de la CAN 2025 entre le
Sénégal et le Maroc pourrait avoir des conséquences financières,
notamment pour les partenaires commerciaux et les instances du
football africain.
Le dénouement est proche. En janvier dernier, le Sénégal
remportait la finale de la CAN face au Maroc (1-0).
Une rencontre marquée par une vive contestation des joueurs
sénégalais, qui avaient temporairement quitté la pelouse pour
protester contre un penalty accordé aux Lions de l’Atlas en toute
fin de partie. Mais coup de théâtre: la CAF a désigné le Maroc
vainqueur sur tapis vert, en mars dernier, estimant que les Lions
de la Teranga avaient déclaré forfait en quittant le terrain. Une
décision qui la Fédération sénégalaise de football (FSF) a décidé
de contester devant le Tribunal arbitral du sport. L’audience
décisive au TAS s’est tenue jeudi dernier à Lausanne, en Suisse.
Suite aux plaidoiries des deux fédérations, l’instance judiciaire a
annoncé que sa décision finale sera prononcée « dans quelques
jours, voire quelques semaines. »
Au-delà de l’enjeu sportif, le différend entre le Maroc et le
Sénégal autour de la finale de la CAN 2025 soulève d’importantes
questions financières et juridiques. Dans un entretien accordé à
LeBrief, Renaud Duchêne, avocat spécialisé en droit du
sport, analyse les répercussions possibles pour les fédérations, la
Confédération africaine de football (CAF) et les partenaires
commerciaux.
L’une des principales interrogations concerne les primes déjà
versées après la finale. Selon l’avocat, un éventuel remboursement
dépendrait notamment des clauses contractuelles. Si une prime de
sponsoring était explicitement conditionnée à l’obtention du titre,
sa restitution pourrait être demandée en cas de modification
officielle du résultat. Toutefois, une telle démarche paraît peu
probable, notamment en raison des enjeux d’image pour les sponsors.
« Si contractuellement ces primes étaient prévues en cas de
victoire finale et que la victoire est retirée sur tapis vert, cela
pourrait leur être réclamé en retour par le sponsor. (…) Moralement
et même éthiquement, je vois mal un sponsor effectuer ce type de
démarches », indique-t-il.
La CAF peut-elle être attaquée ?
La responsabilité des instances sportives constitue un autre
point sensible. Pour Renaud Duchêne, engager celle des fédérations
serait difficile. Une éventuelle action contre la CAF nécessiterait
de démontrer l’existence de dysfonctionnements graves. Les
possibilités d’indemnisation restent donc limitées et dépendront
des procédures engagées ainsi que des règles applicables.
Concernant les recours, le Tribunal arbitral du sport (TAS)
demeure l’instance centrale pour trancher ce litige. Une saisine du
Tribunal fédéral suisse pourrait également être envisagée en cas de
vice de procédure, sans permettre un réexamen complet de l’affaire
sur le fond. « À part le TAS dans le cadre de la présente
procédure ou le Tribunal fédéral suisse dans le cadre d’une
procédure relative à un vice procédural, il n’y a pas d’autres
juridictions ou tribunaux arbitraux internationaux compétents pour
traiter d’autres aspects de cette procédure, à ma connaissance
», explique Renaud Duchêne.
Enfin, cette controverse pourrait conduire à une évolution des
règlements de la CAF et des contrats de sponsoring. Des clauses
plus précises sur les primes, les interruptions de match et les
incidents pourraient renforcer la sécurité juridique des
compétitions africaines. « Il est probable que les
sponsors principaux modifient leurs contrats et prévoient des
clauses suspensives ou plus restrictives de primes dans le futur
», imagine l’avocat. Au-delà du verdict, l’affaire pourrait
ainsi laisser une empreinte durable sur l’organisation et
l’économie du football africain.













