« Ce n’est pas une question d’individus, il s’agit de la profondeur du groupe, de l’équipe. Et il y a beaucoup de facteurs qui entrent en compte ». Comme attendu, Brad Stevens n’a pas eu la tâche facile hier, lors de la conférence de presse organisée avec le nouveau propriétaire principal des Celtics, Bill Chisholm, pour tenter d’expliquer le départ inattendu de Jaylen Brown.
Face aux nombreuses questions, l’ancien coach des Celtics a d’abord rendu hommage à JB, saluant son implication sur et en dehors du terrain depuis son arrivée à Boston, à seulement 19 ans. Mais il a surtout répété que ce choix, aussi douloureux soit-il, répondait d’abord à une logique financière et sportive.
« Quand Jaylen et moi nous sommes assis début juin pour discuter d’un avenir possible, que ce soit à Boston ou ailleurs, je lui ai dit que si jamais on devait l’échanger, ce serait un jour vraiment triste pour moi », a-t-il déclaré. « Je partage ce sentiment avec nos supporters, et je pense que Bill dirait la même chose. Nos enfants l’ont ressenti aussi. Je pense sincèrement que nous comprenons à quel point cette situation est difficile. »
Mais pour Brad Stevens, les Celtics arrivaient au bout d’un cycle économique avec leur duo Jaylen Brown – Jayson Tatum.
« Quand j’ai regardé notre équipe, la direction que prenait la ligue, nos résultats ces deux dernières années et notre niveau incroyable en saison régulière, le chemin m’a semblé un peu plus difficile pour la suite. Je peux me tromper. Mais le parcours me semblait plus compliqué avec 70 % de notre masse salariale concentrée sur deux joueurs. Aujourd’hui, on l’a vu avec les derniers champions et les meilleures équipes de la ligue : il faut faire un excellent travail pour construire une vraie profondeur d’effectif, capable, espérons-le, de remplacer le joueur irremplaçable. »
Pour quelques tours de Draft de plus ?
L’explication se tient, même si elle tranche avec le discours tenu deux mois plus tôt par le même Brad Stevens, lorsqu’il assurait que son groupe avait tout pour gagner lorsqu’il évoluait au complet, et qu’il fallait surtout le bonifier par de petites retouches.
Le président des Celtics a également rappelé qu’en 2024, lors du titre NBA de Boston, Jaylen Brown et Jayson Tatum ne représentaient alors « que » 47% de la masse salariale de l’équipe. Une proportion qui permettait de conserver assez de flexibilité pour bâtir un effectif compétitif autour d’eux. « Et ça n’a fait que progresser depuis, et c’est dur », a-t-il reconnu.
Le problème, c’est que l’arrivée de Paul George ne règle pas immédiatement cette question. Avec son contrat à 57.7 millions de dollars en 2026/27, puis une « player option » à 56.5 millions de dollars la saison suivante, l’ancien joueur des Sixers maintient Boston dans une situation assez proche : une masse salariale toujours très concentrée sur deux gros contrats, au moins à court terme.
La vraie flexibilité ne pourrait donc arriver qu’à partir de 2028/29, soit la saison qui correspondait également à la dernière année de contrat de Jaylen Brown, à 65.6 millions de dollars. Difficile, dans ces conditions, de vendre ce transfert comme une simple opération d’assouplissement financier.
« C’est vrai qu’on en est toujours au même point », a admis Brad Stevens. « Je crois que le plus important, c’est l’arrivée de Paul, les choix de Draft, et aussi la flexibilité que nous avons avec son contrat plus court. Il aura son choix à faire avec sa « player option » l’année prochaine. J’en reviens au gamin que j’étais, qui se fichait des choix de Draft et des options. Malheureusement, à ma place aujourd’hui, ça compte. »
Bill Chisholm a fini par être « convaincu »
Autre difficulté : Jaylen Brown n’a pas été envoyé n’importe où, mais chez un rival historique. Une équipe qui venait en plus de battre Boston au premier tour des playoffs, et que les Celtics vont croiser six fois avant même d’éventuelles retrouvailles en postseason, en comptant la présaison.
Là encore, Brad Stevens n’a pas cherché à nier le problème.
« C’est difficile d’échanger un joueur auquel on tient énormément, et pour lequel on a tant de respect et d’admiration, à une équipe qui vient de nous battre en playoffs et qu’on va littéralement affronter six fois avant les playoffs », a-t-il reconnu. « Mais quand on conclut un accord, il faut d’abord penser à soi-même et aux possibilités que cela peut ouvrir. Pour être honnête, si cette même offre était venue d’une équipe de l’Ouest, on aurait probablement choisi l’équipe de l’Ouest. Mais ça ne s’est pas passé comme ça. »
À ses côtés, Bill Chisholm est apparu plutôt tendu, conscient de l’ampleur du choc pour les supporters des Celtics. Propriétaire principal depuis moins d’un an, il a expliqué avoir fait confiance à Brad Stevens et à son front office, même si le départ de Jaylen Brown l’a lui-même surpris.
« Il fallait vraiment faire confiance à notre processus. Je pense qu’on a le meilleur front office de la NBA. Ils ont fait leur travail et sont arrivés à la conclusion que c’était la meilleure façon pour nous de gagner », a-t-il déclaré. « Notre mission, c’est de gagner. Brad et son équipe nous ont présenté une recommandation, en nous disant que c’était ainsi qu’on allait gagner. J’ai eu la même réaction que beaucoup de gens : waouh. Le fan en moi a trouvé ça vraiment difficile. Mais ils m’ont convaincu que c’était la meilleure façon pour nous de gagner. »
Pas une question personnelle
Brad Stevens a aussi tenu à répondre à un autre point sensible : la relation entre lui et Jaylen Brown.
L’ailier a laissé entendre que le discours des Celtics avait évolué au fil du temps, mais le dirigeant assure de son côté que les échanges ont été réguliers et francs.
« Nous avons eu plusieurs discussions. S’il ressent les choses ainsi, alors j’en suis désolé. Sincèrement. C’est une personne importante dans nos vies à tous, et certainement dans la mienne », a-t-il expliqué. « Nous avons eu de nombreuses discussions franches, que ce soit pour qu’il reste ou pour qu’il parte ailleurs. Lui, et au moins son agent, étaient au courant des équipes qui manifestaient ne serait-ce qu’un intérêt superficiel. Donc cela a été communiqué, ou du moins essayé du mieux possible. »
La suite dira si Brad Stevens avait raison de sacrifier Jaylen Brown au nom d’une flexibilité financière relative. Mais une chose est sûre : pour Boston, le pari est immense. Sportivement, émotionnellement, et symboliquement.
| Jaylen Brown | Pourcentage | Rebonds | |||||||||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Saison | Equipe | MJ | Min | Tirs | 3pts | LF | Off | Def | Tot | Pd | Fte | Int | Bp | Ct | Pts |
| 2016-17 | BOS | 78 | 17:25 | 45.4 | 34.1 | 68.5 | 0.6 | 2.2 | 2.8 | 0.8 | 1.8 | 0.4 | 0.9 | 0.2 | 6.6 |
| 2017-18 | BOS | 70 | 30:45 | 46.5 | 39.5 | 64.4 | 0.9 | 4.0 | 4.9 | 1.6 | 2.6 | 1.0 | 1.8 | 0.4 | 14.5 |
| 2018-19 | BOS | 74 | 25:51 | 46.5 | 34.4 | 65.8 | 0.9 | 3.4 | 4.2 | 1.4 | 2.5 | 0.9 | 1.3 | 0.4 | 13.0 |
| 2019-20 | BOS | 57 | 33:56 | 48.1 | 38.2 | 72.4 | 1.1 | 5.3 | 6.4 | 2.1 | 2.9 | 1.1 | 2.2 | 0.4 | 20.3 |
| 2020-21 | BOS | 58 | 34:28 | 48.4 | 39.7 | 76.4 | 1.2 | 4.8 | 6.0 | 3.4 | 2.9 | 1.2 | 2.7 | 0.6 | 24.7 |
| 2021-22 | BOS | 66 | 33:38 | 47.3 | 35.8 | 75.8 | 0.8 | 5.3 | 6.1 | 3.5 | 2.5 | 1.1 | 2.7 | 0.3 | 23.6 |
| 2022-23 | BOS | 67 | 35:54 | 49.1 | 33.5 | 76.5 | 1.2 | 5.7 | 6.9 | 3.5 | 2.6 | 1.1 | 2.9 | 0.4 | 26.6 |
| 2023-24 | BOS | 70 | 33:28 | 49.9 | 35.4 | 70.3 | 1.2 | 4.3 | 5.5 | 3.6 | 2.6 | 1.2 | 2.4 | 0.5 | 23.0 |
| 2024-25 | BOS | 63 | 34:15 | 46.3 | 32.4 | 76.4 | 1.3 | 4.5 | 5.8 | 4.5 | 2.4 | 1.2 | 2.6 | 0.3 | 22.2 |
| 2025-26 | BOS | 71 | 34:25 | 47.7 | 34.7 | 79.5 | 1.1 | 5.8 | 6.9 | 5.1 | 2.7 | 1.0 | 3.6 | 0.4 | 28.7 |
Comment lire les stats ? MJ = matches joués ; Min = Minutes ; Tirs = Tirs réussis / Tirs tentés ; 3pts = 3-points / 3-points tentés ; LF = lancers-francs réussis / lancers-francs tentés ; Off = rebond offensif ; Def= rebond défensif ; Tot = Total des rebonds ; Pd = passes décisives ; Fte : Fautes personnelles ; Int = Interceptions ; Bp = Balles perdues ; Ct : Contres ; Pts = Points.




