Alors qu’ils mènent une campagne
inédite en vue du Ballon d’Or, Kylian Mbappé et Lamine Yamal
risquent de tomber de haut…
« Je mérite le Ballon d’Or », « Ceux qui regardent le
football savent quels sont mes arguments », « les statistiques
parlent pour moi »… Jamais la course au plus prestigieux des
trophées individuels n’avait semblé aussi bruyante. Dans un scrutin
2026 inédit par son indécision — où Lamine Yamal, Kylian Mbappé,
Khvicha Kvaratskhelia, Harry Kane ou Ousmane Dembélé estiment tous
avoir leurs chances —, la bataille d’influence a viré à la
surenchère.
Portés par la communication agressive de leurs clubs et de leurs
proches, les prétendants multiplient les sorties médiatiques où
l’humilité brille par son absence, flirtant dangereusement avec le
troisième critère officiel de la distinction : la classe et le
fair-play. Mais cette stratégie du forcing trouve une limite : la
réalité d’un collège électoral composé de 100 journalistes
spécialistes, représentants des 100 premières nations au classement
FIFA.
Et au sein du jury, l’exaspération commence ouvertement à
poindre face à ce « ramdam » orchestré. Après avoir contacté
plusieurs d’entre eux, le quotidien Le Parisien a mis en
lumière une étanchéité quasi totale des journalistes face à ces
offensives de séduction. Les jurés refusent de se laisser dicter
leur conduite par des opérations de relations publiques qu’ils
jugent au mieux inutiles, au pire ridicules.
Les jurés imperméables aux pressions de toutes parts
Juré pour l’Algérie depuis près de deux décennies, Yazid Ouahib
dresse le constat d’une dérive récente : « Je suis juré depuis
2007 et je dois dire que depuis deux ans, on assiste à des
campagnes qu’on n’avait jamais vues avant. Toutes ces interviews,
tous ces commentaires, ce me sont des distractions qui
n’influencent pas ma voix. Ça s’emballe mais ça ne change rien. On
suit ces péripéties de loin. » Un désintéressement partagé au
nord de l’Europe par Anders Bengtsson, le représentant suédois :
« Ces campagnes n’ont absolument aucune influence sur moi. […]
Si j’hésitais entre deux joueurs, certaines statistiques ou
certains arguments pourraient faire pencher la balance. Mais cela
n’arriverait que si je n’avais pas pris le temps de bien réfléchir
avant de soumettre mes votes. »
En cherchant à occuper l’espace à tout prix, les prétendants
prennent même un risque stratégique majeur : braquer les
professionnels censés juger leurs prestations sur la durée d’une
saison complète. C’est le rappel cinglant qu’adresse Pascal Ferré,
ancien directeur de la rédaction de France Football ayant voté au
nom de la France pendant sept ans.
« Les jurés ne sont pas des lapins de trois semaines. Ils
ont une expérience et une conscience qui leur permettent de juger,
de jauger un joueur sans avoir besoin d’entendre dix ou quinze fois
qu’il est le meilleur », a-t-il confié, ajoutant: « Quand
je dis qu’un Ballon d’Or peut se perdre sur le terrain de la
communication, c’est quand il occupe l’espace de manière maladroite
et donne au juré le sentiment qu’on veut lui forcer un peu la main.
Ce ramdam que certains orchestrent peut finir par agacer les
votants. Parce que la ficelle est grosse. »
À l’heure du choix final, la sérénité des bulletins en
conscience pourrait bien balayer des mois de vacarme
promotionnel.




