« Oui, bien sûr. » Interrogé après le Game 1 de la finale de conférence Ouest face au Thunder, Victor Wembanyama n’a pas vraiment cherché à cacher l’évidence. Voir Shai Gilgeous-Alexander recevoir son trophée de MVP juste avant l’entre-deux avait ajouté une couche de motivation à la rencontre.
Dans la foulée, le Français signait 41 points, 24 rebonds et 3 contres pour gâcher la fête d’Oklahoma City, pendant que le double MVP devait reconnaître que le Thunder devait « faire mieux », lui « en particulier ».
La scène a réveillé un souvenir précis dans l’imaginaire NBA. Même décor, ou presque : une finale de conférence Ouest, un MVP couronné à domicile, et un géant adverse contraint d’assister à la cérémonie au premier rang. Sauf qu’en 1995, le rôle du couronné appartenait à David Robinson, et celui du trouble-fête à Hakeem Olajuwon.
Le 24 mai 1995, à l’Alamodome, David Stern remet le trophée de MVP à « The Admiral » avant le Game 2 entre San Antonio et Houston. Le choix est logique : les Spurs ont terminé avec le meilleur bilan de la NBA (62 victoires – 20 défaites), David Robinson sort d’une saison immense, et les Rockets, champions en titre, n’ont arraché que la 6e place à l’Ouest. Hakeem Olajuwon lui-même dira plus tard que son adversaire « méritait » le trophée.
« Quelqu’un va avoir des problèmes »
Mais sur le moment, les Rockets ne le vivent pas comme une formalité. Clyde Drexler racontera qu’en playoffs, « on utilise tout comme motivation ». Robert Horry décrira un Hakeem Olajuwon avec de la vapeur qui lui sortait presque des oreilles. Mario Elie résumera l’ambiance d’une phrase : « Quelqu’un va avoir des problèmes. »
Le plus fort, c’est que « The Dream » n’a pas besoin d’en rajouter. Quand Clyde Drexler vient lui glisser que ce trophée aurait pu être le sien, Hakeem Olajuwon lui répond simplement : « Drex, ne t’inquiète pas. On aura le gros trophée. » Pas celui de la saison régulière, donc. Celui du titre.
La suite donne à cette phrase une dimension prophétique. Houston a déjà volé le Game 1 à San Antonio, sur un tir décisif de Robert Horry, mais le Game 2 devient la véritable scène de crime. Face au MVP tout juste couronné, Hakeem Olajuwon empile 41 points et 16 rebonds, avec une collection de feintes et de contre-feintes qui font danser David Robinson pendant tout le match. Clyde Drexler aura cette formule : « Il a fait une démonstration. »
Ce n’est pas que David Robinson défend mal. C’est presque pire : il défend souvent bien, mais Hakeem Olajuwon a toujours un coup d’avance, voire deux ou trois. La série devient une démonstration technique autant qu’un règlement de comptes symbolique. Sur l’ensemble de la finale de conférence, Hakeem Olajuwon tourne à 35.3 points, 12.5 rebonds, 5 passes et 4.2 contres de moyenne, tandis que Houston élimine San Antonio en six matchs.
Dans le Game 5, il claque encore 42 points. Dans le Game 6, il boucle l’affaire avec 39 points, 17 rebonds et 5 contres. Quelques jours plus tard, les Rockets balaient le Magic de Shaquille O’Neal en Finals, et Hakeem Olajuwon récupère bien « le gros trophée », avec un deuxième titre et un deuxième trophée de MVP des Finals.
Le vote pour Robinson, le duel pour Olajuwon
D’autres MVP ont déjà connu ce genre de soirée gâchée. Tim Duncan en 2002 face aux Lakers, Kevin Garnett en 2004 face aux Kings, LeBron James en 2010 face aux Celtics puis en 2013 face aux Bulls, Stephen Curry en 2015 face aux Grizzlies. Plus récemment, Nikola Jokic a vu les Suns gâcher sa soirée de MVP en 2021, malgré son triple-double, et Joel Embiid a vécu la même frustration en 2023 face aux Celtics, Jayson Tatum expliquant même que l’énergie de la cérémonie l’avait rendu « vraiment prêt à jouer ».
Mais l’épisode Olajuwon–Robinson reste le modèle le plus pur. Parce que le duel était direct. Parce qu’il opposait deux intérieurs, deux candidats naturels au trophée. Et parce que la réponse a duré toute une série.
C’est peut-être la vraie leçon pour Shai Gilgeous-Alexander et Victor Wembanyama. Une remise de MVP célèbre une saison mais elle peut aussi motiver un adversaire. En 1995, David Robinson avait gagné le vote. Hakeem Olajuwon avait gagné le duel. En 2026, c’est Shai Gilgeous-Alexander qui a reçu le trophée. Et Victor Wembanyama lui a immédiatement rappelé que la hiérarchie de la NBA ne se contemple jamais très longtemps sans être contestée.




