Les académies de tennis vendent du rêve : soleil, courts impeccables, infrastructures dernier cri. Mais derrière les vitrines parfaites, il y a parfois une autre histoire. Et cette semaine, Anna Kalinskaya a décidé de raconter la sienne. Son passage à l’académie de Patrick Mouratoglou ? Une expérience marquante. Pas uniquement pour les bonnes raisons.
“Un million de courts… et une intensité extrême”
Kalinskaya ne remet pas en cause la qualité des installations. Elle parle d’un centre exceptionnel, d’un climat idéal, d’un gymnase impressionnant. Sur le papier, tout était réuni. Mais à 16 ans, son corps ne l’était pas.
“Je ne faisais pas de musculation. Si je faisais quelque chose, c’étaient différents types d’entraînements, mais je n’étais pas prête pour les machines ni pour ce genre de travail. Là-bas, tout était très intense et il n’y avait pas d’approche individualisée. On a commencé à m’imposer une grosse charge physique. Je n’étais pas prête.”
Elle décrit un système où elle pouvait répéter, derrière une joueuse confirmée comme Alizé Cornet, les mêmes exercices — certes allégés — alors que leurs réalités étaient opposées : Cornet déjà installée sur le circuit, Kalinskaya à peine au début de ses premiers tournois : » Par exemple, ce que faisait Alizé Cornet, je pouvais le répéter après elle, évidemment avec moins de charge. Elle jouait déjà sur le circuit, alors que moi je m’apprêtais à disputer mes premiers tournois, j’étais encore en train de tout découvrir «
Le résultat ? Une surcharge. Et sa première blessure au dos. Une blessure qu’elle traîne encore aujourd’hui.
Pas de plan sur mesure
Le reproche principal n’est pas l’exigence. C’est l’absence d’approche individualisée. Lors d’un retour plus tardif à l’académie, elle raconte avoir changé trois fois d’entraîneur en dix jours. Deux jours avec un coach, puis un autre. Puis encore un autre. Motif : un joueur professionnel venait d’arriver, et la priorité allait aux athlètes déjà sur le circuit : « La dernière fois que j’y suis allée, c’était pour dix jours. J’ai travaillé deux jours avec un entraîneur, mais dès le troisième jour, c’en était déjà un autre. On m’a dit qu’il s’occupait désormais d’un autre joueur, parce qu’un professionnel venait d’arriver et que la priorité était donnée aux joueurs du circuit. C’est pour cela que je ne suis pas revenue : en dix jours à peine, on m’avait déjà changé trois fois d’entraîneur. C’est pour ça que je ne suis pas revenue.”
Un contexte déjà électrique
Ces déclarations arrivent dans un moment délicat pour Mouratoglou, récemment au centre de débats houleux sur les comparaisons entre générations. Après ses propos plaçant Sinner et Alcaraz au-dessus du Big Four, il avait déjà essuyé des réponses appuyées de Rafael Nadal et de l’ancien numéro un mondial Boris Becker.
Cette fois, Becker a réagi autrement : un sobre “Words Anna” sur les réseaux sociaux. Deux mots, mais un soutien évident. Même Mark Petchey, ex-entraîneur d’Andy Murray, avait récemment critiqué Mouratoglou pour son “biais de récence” dans le débat sur les époques. L’atmosphère autour du coach français est donc déjà chargée.
La face cachée de la formation élite
L’histoire de Kalinskaya n’est pas un règlement de comptes. Elle ne nie pas la qualité de l’académie. Elle raconte simplement ce que cela fait d’être une jeune joueuse plongée trop vite dans un environnement calibré pour des athlètes déjà formés.
Le tennis moderne est plus physique que jamais. Mais la transition vers ce niveau demande timing et adaptation. Parfois, le talent a besoin de patience. Parfois, la structure va plus vite que le corps. Et parfois, il faut du courage pour le dire.




